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de temps en temps


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16 avril 2019
[Souviens-moi, et cætera —
De ne pas oublier… la suite.]

Les premiers Souviens-moi sont nés à l’automne 2011 sur archyves.net, déposés comme à tâtons sur mon pense-bête, puis collationnés en un semblant de volume sur le site, dans l’incertitude d’une suite livresque à donner… ou pas. Et puis la série s’est mise à prendre consistance, rendez-vous d’évidence avec d’intimes sédimentations, perdurant bien au-delà du pari stupide de sa contrainte initiale : entamer chaque début de phrase par «De ne pas oublier…» – ce qui n’est pas une mince affaire syntaxique. Cette dénégation liminaire m’a sans doute aidé à accepter le piège inquisitoire de l’aparté, cette confidence en circuit-fermé, soudain mise à nu, hors de soi, sans plus aucun masque de fiction.
Et voilà que ça m’a repris un an ou deux après la sortie du livre en 2014, quelques oublis marquants remontés à la surface, des Souviens-moi qui manquaient à l’appel, par-ci par-là. Ravivements de braises éphémères, petites lueurs mentales, vite retombées en sommeil, sans lendemain ni goût envie de risquer l’auto-parodie. Sauf qu’à la longue, remis bout à bout, ça redessinait quelque chose en pointillé, la radiographie d’autres dents creuses excédentaires. Un nouveau rébus de rebuts.
Alors, plutôt que les laisser en friche, déshérence ou lévitation, autant les mettre en partage là où tout a commencé, sur archyves.net, non pour préméditer une quelconque réédition augmentée, juste pour laisser ce chantier entr’ouvert et quelques raies de lumière sortir de ma boîte noire mémorielle sans chercher à prévoir ou post-méditer, comme au tout premier jour, ce qu’il en adviendra…

De ne pas oublier que j’ai longtemps confondu la Belle au bois dormant et Blanche Neige, l’amont et l’aval, roboratif et bourratif, l’abscisse et l’ordonnée, rutabaga et topinambour, automne et printemps, et qu’il m’arrive encore de confondre sur un arbre généalogique cousin et neveu, ou sur un relevé bancaire débit et crédit, ou en marche arrière automobile la gauche et la droite, de même que sur la scène d’un théâtre côté cour et côté jardin, ou en terme de navigation bâbord et tribord, ces pertes de repères reconduisant une propension enfantine à la libre association des contraires.

De ne pas oublier que, du temps où abondaient les cinémas classés X, parmi les films porno dont je collectionnais mentalement les titres en sortant du collège, il m’en est resté un – Fermeture pour travelo –, dont je me demande s’il a réellement existé ou s’il s’agit d’un commentaire graffité sur le rideau de fer, au terme des années 70, après la faillite en série de ces salles obscures.

De ne pas oublier que, pour nourrir au plus près du réel un roman en cours d’écriture, j’avais arraché quelques pages du cahier dévolu, dans l’église Notre-Dame-de-Lorette, aux intentions de prières à Sainte-Rita, et que, ni fier ni honteux de cette profanation, chaque fois que le hasard me conduit à passer dans les environs en scooter, il me revient à l’esprit des bribes de vœux dont ces deux-ci : Seigneur, enlève-moi le mal dans ma tête et j’espère que à bientôt, dont je me sens tenu de porter les désespérants messages quelques centaines de mètres plus loin, en continuant ma route jusqu’au carrefour suivant, rarement au-delà.

De ne pas oublier que, suite à une panne de voiture, ayant échoué avec un couple d’amis à Gaeta, une ville portuaire au sud de Rome, puis erré en pleine nuit le long des hauts portails d’un quartier résidentiel, leur fils d’à peine 6 ans, Arthur, effrayé par les aboiements pavloviens d’un molosse aux aguets de l’autre côté de la grille l’avait mis en fuite en le traitant d’une voix nette et sans réplique de «Fasciste!»

De ne pas oublier que je n’ai jamais connu à mes parents qu’une seule voiture: une 4CV gris souris dont la production à l’usine de Renault Billancourt avait cessé l’année précédant ma naissance, avec son moteur à l’arrière et une roue de secours qui occupait une bonne partie du coffre avant, véhicule devenu totalement folklorique à la fin des années 70 et qu’il fallait parfois démarrer à la manivelle, tâche qui m’incombait désormais et provoquait aussitôt un attroupement de piétons hilares qui finissaient, pour ma plus grande honte, par m’applaudir au premier vrombrissement du moteur.

De ne pas oublier les affiches qui, en ce printemps 1975, recouvraient les murs de mon quartier, alignant comme sur des étagères trois fois trois têtes au cou tranché, avec écrit en énorme caractères rouge sang: 60 ANS D’INJUSTICE, et en sous-titre: 1915, les Turcs exterminent un million et demi d’arméniens, vision d’horreur qui succédait à ma visite en famille, l’été précédent, de l’Ossuaire de Douaumont, où j’avais traversé une cave voûtée dont les parois étaient jonchés de crânes humains, ceux des milliers de soldats inconnus exhumés dans la campagne environnante depuis 1918, et dont «personne ne [savait] s’ils [étaient] Français ou Allemands», selon la réponse de la guide à mon insistante curiosité.

De ne pas oublier que l’inséparable ami de mon grand frère, quand il partageait nos vacances d’été, occupait chaque matin la salle de bain une heure entière, non pour se savonner, récurer, rincer plus intensément que la moyenne, mais pour simuler cette toilette intime en laissant couler l’eau de la douche dans le vide sans jamais se mouiller le moindre centimètre de peau, simulacre rituel qui m’inspirait indistinctement admiration et dégoût.

De ne pas oublier que, depuis le temps que je me plaignais d’avoir «des étoiles dans le ventre», on avait fini par prendre au sérieux ma métaphore puérile en m’envoyant à l’hôpital pour un examen plus poussé: soit un «touché rectal» commenté en direct par celui qui, avec son doigt ganté de latex dans mes entrailles, se servait de mon cas supposée de «colite spasmodique» pour blablater doctement auprès d’une dizaine d’étudiants placés en arc de cercle dans mon dos, me rappelant soudain la fessée déculottée, dont j’avais écopé en Primaire, et la leçon de morale de l’institutrice, résolue à soigner ma nature «colérique».

De ne pas oublier que, après avoir travaillé un mois et demi comme veilleur de nuit dans un hôtel de l’Ouest parisien, j’ai été viré du jour au lendemain pour sommeil abusif sur mon lit de camp et tapage nocturne un soir de beuverie tardive avec des amis de passage, et que vu ces deux fautes lourdes, je n’ai touché que les deux tiers de ma paye, amputés du reste dès la semaine suivante, pour aider un pote dans le besoin, le dandy irlando-bamiléké Jimmy, qui faute d’avoir pu me rembourser de son vivant, m’a offert quelques années durant son inestimable complicité.

Ce deuxième volume, en sédimentation provisoire,
est également en libre consultation ici même.



4 février 2019
Images arrêtées & idées fixes
Onze nuances de rouge…



1er janvier 2019
Tout ce que tu vœux…
en 19 fois plus miœux.



26 décembre 2018
Images arrêtées & idées fixes
Ni dedans ni dehors,
par-dessous les bords.

Lien distinctif de cette mini-expo pour la faire visiter ici même.



17 décembre 2018
Bloqueurs de tous les ronds-points,
rions jaune… et ne cédons rien.

Pour la première fois depuis des lustres, l’exécutif au pouvoir a reculé face à un rapport de force auto-organisé hors les vieux cadres paritaristes de la lutte syndicale. On ne doit ni minorer ni surestimer cette victoire, obtenue malgré l’enfumage des gouvernants et le recours à une armada répressive délirante. La peur a changé de camp, samedi après samedi, c’était palpable dans les arrondissements de l’Ouest de Paris. Mieux encore, dans ce mouvement ambivalent, c’est le charbon ardent de la « justice sociale » qui a brûlé dans les cœurs et les esprits, et si les relents xénophobes, anti-assistanat et national-poujadiste ont brouillé les pistes sur les réseaux sociaux, dans la rue l’émotion populaire ne s’est pas trompée d’ennemis ni de cibles, les rouages et têtes de gondoles du « système », autrement dit du capitalisme, et des stratégies « libérales autoritaires » mises au point à partir des années 80, et dont Macron n’est qu’un avatar technoïde parmi tant d’autres (R. Reagan, M. Thatcher, puis B. Clinton, T. Blair, G. Schroder, M. Renzi, etc.).


Cette victoire éclatante, comme un soleil noir, n’a pourtant quasiment rien gagné, sinon le plaisir décloisonnant de lutter ensemble – son gaz hilarant face aux lacrymos, son entraide protectrice face aux grenades de désencerclement – pour tant de gilets jaunes atomisés chacun chacune dans leur zone de relégation géo-sociale. Bref, nous sommes toutes et tous les gouttes d’eau qui ont fait déborder le vase, et pourtant, en retour, le verre est aux trois-quarts vide, et cela, disons-le à la louche, pour deux raisons.


La première, elle est déjà dans toutes les têtes. Les quelques reculs (sur la CSG des retraités entre 1200 et 2000 euros) ou sur la hausse des hydrocarbures (essence, mais surtout gaz et électricité pour le chauffage) ou la hausse de la prime d’activité (majorant d’une centaine d’euros quatre ou cinq millions de gens touchant le Smic et un peu plus), sans parler des heures supplémentaires sans cotisations patronales, ne coûteront rien (ou presque) aux employeurs, gros possédants, actionnaires, exilés fiscaux, multinationales du pétrole, de la bagnole, de l’aviation ou du bâtiment (ayant racheté les autoroutes à bas prix pour racketter les usagers captifs de leur bagnole). Bref, c’est l’Etat qui nous fera payer ce surcoût d’une douzaine de milliards à travers un prochain chantage à la dette, dans un an ou deux, ou à l’occasion d’une alternance austéritaire du pouvoir avec la droite (et ses extrêmes)  en charge de nous faire payer très cher cet effort national.


La seconde arnaque de cette victoire quasi sans contrepartie tient au corps social pris en compte par ces mesures. Si, parmi les gilets jaunes, on compte depuis le début pas mal d’indépendants et artisans ayant du mal à joindre les deux bouts, un paquet de smicards à temps complet et de contractuels maltraités par la Fonction Publique, tous les reportages médiatiques n’ont pu masquer l’évidence : cette mobilisation comprend bien sûr une masse de working poors, d’employées à temps très partiel, de chômeur.e.s ou de personnes au RSA. Mais si l’on a pu entendre dans le poste ou lire dans les journaux leur colère individuelle, on a exclu d’emblée cette masse de précaires en tous genres – victimes depuis des décennies d’un saucissonnage statutaire du marché de l’emploi, de la non-indemnisation des périodes de chômage et de la stigmatisation pour les bénéficiaires des minimas sociaux –, de toute possibilité d’y gagner eux aussi ne serait-ce que des miettes en terme de survie. Et c’est là que ça devrait coincer, renouveler la colère commune, dans cette mise à l’index des plus pauvres qui n’auront aucune part du gâteau, punis d’être comptabilisés comme des improductifs, au même titre que les rebuts du minimum vieillesse (dont les pensions ne sont même pas indexées sur l’inflation). Et cette ligne de partage, si elle passait inaperçue sous prétexte d’on ne sait quel Référendum d’Initiative Citoyenne, serait mortelle pour le mouvement en cours. Si la lutte a déjà un tout petit peu payé, elle n’a rien apporté aux plus appauvris, reproduisant ainsi les pires stéréotypes contre les faignants d’assistés.

D’où l’urgence à faire émerger dans les cahiers de doléances, les actions, les banderoles, les tags, les slogans, toutes les parts maudites de ce mouvement : ceux qui n’ont eu que silence et mépris, moins que rien. Et pourtant ils existent, ces bouche-trou vacataires, ces CDD à perpétuité, ces chômeurs en fin de droits, ces bénéficaires du RSA sous contrôle humiliant, ces stagiaires interchangeables à 400 boules le taff de 35 heures, ces intérimaires et saisonniers hyper-corvéables, ces employées en sous-traitance du nettoyage payées au lance-pierre, ces auto-entrepreneurs au rabais sans retraite ni chômdu, ces esclaves ubérisés par le challenge hyperconcurrentiel, ces privés d’allocs pour trop perçu, ces locataires insolvables en baisse d’APL, ces étudiants extra-européens qui voient augmenter de 1500% leurs frais d’inscriptions, ces travailleurs immigrés légaux qui ne toucheront pas la prime d’activité faute de prouver 5 ans d’activité en continu, etc. Tant que la multitude des précaires n’y aura rien gagné, on aura perdu une chance historique de nous débarrasser de certains leurres (« le Peuple », par exemple, ce mot passe-partout qui laisse passer entre les trous les plus massacrés de la domination économique) et de ne pas attendre le retour fantoche du plein-emploi stable pour repenser ensemble les questions du travail utile, de la propriété collective, du partage égalitaire et de la décroissance durable.

Quant aux dommages économiques des blocages, autoréductions & manifs sauvages,  on a bien vu que c’était la seule méthode pour faire plier (un peu) nos gouvernants, mais n’oublions pas que c’est aussi une façon anticipée de consommer moins pour vivre plus, bref d’agir collectivement pour une authentique écologie politique, ici et maintenant.

Lien distinctif de l’article pour le faire circuler ici même.



3 décembre 2018
La façade du triomphalisme macronien
ravalée à l’aérosol par quelques bons-à-rien.

Aux pouvoirs médiatiques et exécutifs qui s’offusquent devant cet Arc de Triomphe « souillé » et « dégradé » samedi dernier par des gilets jaunes, rouges & noirs – sinon « martyrisé » selon la vieille phraséologie des gardiens de l’ordre patrimonial – ce petit rappel historique. Ledit portique crypto-kitsch devait initialement, lors de sa conception en 1806, défigurer par sa mégalomanie césariste les alentours de la Bastille, avant d’être finalement implanté dans un coin plus huppé de l’Ouest parisien (la colline de Chaillot servant de lieu de promenade très en vogue), puis mis en sommeil durant la Restauration, et parachevé sous Louis-Philippe en 1836.
À l’époque, il s’agit d’un monumental hommage à l’impérialisme bonapartiste, pour devenir dans les décennies suivantes un memorial fourre-tout, honorant la Révolution de 1789 et l’esprit de conquête du défunt Napoléon, l’idole de la bourgeoisie aristocratique du XIXe siècle. En 1852, le baron Haussmann, chargé par Napoléon III du réaménagement urbanistique de la capitale (avec des objectifs hygiéniques, anti-barricadiers, mais aussi spéculatifs), programme, avec l’architecte Hittorf, douze artères formant une étoile autour de l’Arc, pour y établir des hôtels particuliers de grand luxe, travaux d’envergures achevés en 1869, soit deux ans avant la Commune.
Aujourd’hui, au milieu de cette place rebaptisée Charles de Gaulle un an après le printemps 68, on ravive tout autant la flamme de l’illustre empereur Napoléon que d’un soldat inconnu mort en 14-18, selon un rituel républicain confus ayant écarté de son récit national la moindre part d’ombre (escalavagiste, militariste, paupérisatrice, inégalitariste, coloniale, etc.). Bref, ce gros machin triomphant (remis en perspective, au milieu des années 1980, par une Arche de la Défense dédiée aux holdings de la Haute Finance (et donc à la contre-révolution libérale alors en vogue) est, outre son intérêt architectural quasi nul, d’un symbolisme patriotico-belliciste confus, oublieux et toujours empreint de néo-bonapartisme. Il y a donc un heureux hasard objectif à ce qu’il soit devenu, samedi dernier, l’épicentre de toutes sortes de tags anti-macronistes.

On en a recensé la plupart des graffitis en recoupant les photos sous différents angles :

LES GILETS JAUNES
TRIOMPHERONT !

MAI 68
DÉCEMBRE 2018

on a coupé des têtes
pour moins que ça

AUGMENTER
LE RSA

MACRON
DÉMISSION

VIVE LE VENT
VIVE LE VENT
VIVE LE VANDALSIME

PAS DE GUERRE ENTRE LES PEUPLES
PAS DE PAIX ENTRE LES CLASSES

On veut un président
des pauvres !

ON A RAISON
DE SE RÉVOLTER

ANONYMOUS FRANCE
ON A L

MANU
M’A TUER

Justice
pour
ADAMA

L’ultra-droite
Perdra

NIKE
L’ETAT

Quant à l’intérieur de l’espace muséologique (reservé à la grand-messe touristique), il a logiquement fait les frais de la confrontation, plus de douze heures durant, entre gilets de diverses couleurs et forces de l’ordre surarmées (ayant tiré en une seule journées près de quinze mille lacrymos, flashball et grenades en tous genres) dans trois arrondissements de Paris (le VIIIe, le XVIIe et le Ie).


Les belles âmes qui, émues par l’orbite béantes causée par quelques barbares iconoclastes dans une moulure de la Marianne nationale, n’ont en revanche pas eu un mot pour les nombreux mutilés chez les manisfestants (au bras, au pied ou à l’œil) suite à l’usage disproportionnés d’armes soi-disant “peu létales” du côté des CRS, Gardes Mobiles et civils de la BAC.

Quant aux graffitis photographiés par mes soins dès le lendemain matin, ils ornaient pour leur immense majorité les parages du boulevard Haussman, ce baron de la première gentrification parisienne. Retour à l’envoyeur donc.

Faute d’avoir pu être sur place, ce samedi de révolte tous azimuts, j’ai pas mal arpenté, lu, décrypté dans le grand flux numérique et trouvé, à rebours du bruit de fond général, sur Paris-luttes.infos un récit de l’intérieur conjuguant nuances circonstanciées et enthousiasmes sur le vif. A lire pour se désembrumer le cerveau disponible, c’est ici même.

Lien distinctif pour faire circuler juste là.



22 novembre 2018
Loin des camisoles pub-liminales,
petit patchwork d’affichisme mural
.

Aujourd’hui, en rase-campagne, en zone d’activité périphérique ou en hyper-centre-ville, la pub tient partout le haut de l’affiche, avec ses encarts XXL en surplomb et autres réclames vitrifiées sur les trottoirs (qui, à Paris intra-muros, ont connu un chouette passage à vide au printemps dernier). On est cernés par les Beaux-Arts de la propagande : natures mortes marchandes, mots d’ordre citoyens et signes de piste culturels. Sitôt qu’on sort de chez soi, à pieds, en vélo, en bus, en métro ou sur quatre roues à réservoir pétrolivore ou à batterie au lithium, on entre dans leur ligne de mire, rétines ciblées en plein dans le mille. Et à force de se faire obstruer chaque perspective du paysage urbain ou de la ligne de l’horizon champêtre, entre racolage promotionnel et caméras de bienveillance, ça prend la tête…
en étau.
Du coup, au moindre hectare zadifié, espace urbain en friche, il suffit d’emprunter tel passage dérobé, de s’aventurer au-delà d’une palissade de chantier, de pousser un peu plus loin la curiosité. Et lorgner du côté des imageries iconoclastes, des posters encollés de traviole, des incitations au farniente visuel. Le temps de se reposer les yeux, hors champ…
Histoire de partager mes trouvailles récentes, ci-dessous, un rapide panorama de quelques posters hors normes photographies par mes soins ou quelques comparses, à mi-chemin du ready-made loufoque & de l’attentat poétique, du coup de gueule & de l’ironie contondante mais sans œillères militantes ni égotisme arty. Aux limites fluctuantes d’une tradition subversive sérigraphiées. À ces rares occasions où, entre sensibilités disparates, parfois incompatibles, ça se met à coller vraiment.

En attendant que s’auto-organise un mouvement de SANS-GILETS, prenant toute la place d’une vraie discorde et sortant des alliances ambiguës avec nos pires faux-amis: les notables & autres profiteurs de la rengaine anti-fiscaliste. D’accord pour critiquer frontalement la taxation, par essence inégalitaire, des esclaves malgré eux de la bagnole (à ne pas confondre avec les pseudo-révoltés en 4X4 flambant neuf). De même, faudrait se demander si la hausse aveugle de la TVA sur le tabac sauve vraiment des vies ou n’asphyxie pas surtout de pauvres fumeurs pauvres, tout en multipliant contre eux les injonction culpabilisantes et anxiogènes, sans d’ailleurs que cette hausse du paquet fasse tousser pareil les fumeurs de Havane des quartiers chics. Ultime détail à prendre en compte, les taxes sur les clopes (14 milliards) plus celles sur les carburants (67 milliards) dépassent à elles deux le montant de l’impôt sur le revenu (73 milliards), celui qui justement tient compte des revenus et patrimoines de chacun, bref comporte un garde-fou social d’esprit mutualiste et coopératif. A ruminer à tête bien reposer, non?

Lien distinctif pour faire circuler ici même.



31 octobre 2018
Face à la glu du libéralisme autoritaire,
quelques Adages Adhésifs & autres stickers.

Avec l’ami graphiste Philippe Bretelle, on a conçu une vingtaine d’autocollants, de dix centimètres sur quinze, en noir sur blanc… et inversement. Ça s’appelle des «Adages adhésifs», par goût de l’euphonie dadaïste. Avec trois quatre cinq mots maximum dessus, et pas mal de sous-entendus en suspens, puisque ces bribes de phrases n’attendent que ça, se glisser discrètement dans le décor urbain, pour y semer la discorde textuelle ou générer d’infimes associations d’idées.



Ces messages express n’ont rien à promouvoir, aucun blaze à mettre en relief, ni logo à faire buzzer. Ils ne prennent leur sens qu’in situ, en plein air (de rien), au moindre recoin de la rue, n’importe où mais pas n’importe comment… Avant de les ficher quelque part, faut repérer que ça colle vraiment entre brève de style et fragment de réalité. Histoire d’inventer de petites légendes à la vie quotidienne, de la sous-titrer à rebours de la routine consensuelle, de lui trouver des raccourcis scotchants, incongrus, subliminaux, et de délimiter par-ci par-là des zones de polysémie clandestine, des lapsus visuels, bref, très littéralement des lieux-dits.
Alors, pour donner le mauvais exemple, ci-dessous, quelques photos de ces aphorismes urbains & autres parasites verbaux pris en flagrant délit de dégradation sur la voie publique, cet espace commun aujourd’hui privatisé par tant de placards municipaux ou publicitaires.

Pour suivre à la trace la dissémination urbaine de ces stickers, il suffit d’aller mater le diaporama complet, c’est ici même.

Pour terminer en beauté, quelques stickers photographiés au de mes flâneries, avec ou sans scooter. Ces trouvailles très attachantes n’ont sont garanties sans but lucratif ni nombrilisme geek ni message de délation ou de duplicité nationale-populiste – si si, ça existe encore. Petit passage en revue, en attendant de remettra à jours mes autres collections d’affiches et de pochoirs.

Et après avoir dévoré Sorcières, la puissance invaincue des femmes de Mona Chollet (éd La Découverte), précipitez-vous sur La société ingouvernable, une généalogie du libéralisme autoritaire de Grégoire Chamayou (éd. La Fabrique).



23 octobre 2018
Faurisson, piège à cons ! —
Retour aux sources « littéraires »
d’un pseudo-historien faussaire.

Bien avant de devenir l’éminence grise du négationnisme, l’ancien  élève du petit séminaire de Versailles puis khâgneux au lycée Henri IV Robert Faurisson a commencé par défrayer la chronique… littéraire au début des années 60. Et, malgré les apparences, ses coups d’éclat en ce domaine étaient loin d’être anodins ; ils portaient en germe une torsion du raisonnement qui annonce, dans son hiatus logique initial, ses dénis ultérieurs concernant le gazage massif des Juifs sous le IIIe Reich ainsi que l’idée même d’une planification génocidaire du régime hitlérien. D’où l’intérêt de revenir plus en détail sur ces premiers travaux, sur leur axiome méthodologique, pour mieux comprendre la suite.


En 1961, l’agrégé de lettres, alors enseignant dans le secondaire à Vichy, sort de l’anonymat en publiant dans la revue Bizarre, éditée par Jean-Jacques Pauvert, un long article polémique, A-t-on lu Rimbaud ?, censé renouveler de fond en comble la lecture du sonnet « Voyelles ». Sans jamais dévier de sa ligne interprétative, Faurisson prétend démontrer que ce poème, renouant avec les arts du blason corporel hérités du Moyen-Âge, a très consciemment caché dans ses vers un mode d’emploi symbolique qui indiquerait la disposition dans l’espace de chaque lettre (après rotation d’un demi-tour ou d’un quart de tour). Ainsi, une fois remise dans le bon sens, la forme typographique des cinq voyelles épouserait successivement les zones érogènes et d’expositions sensibles d’une femme nue : A renversé du triangle pubien ; E couché des deux seins ; I couché de la bouche; U renversé de la chevelure; quant à l’oméga final… une paire d’yeux extasiées. Et puisque ces cinq clefs héraldiques semblent ouvrir un même trou de serrure, on peut enfin y reluquer le secret si bien gardé du texte : un tableau vivant, reconstitué pièce par pièce, du plaisir au féminin… Et pourquoi aucun glosateur n’en avait eu l’idée auparavant ? Pour la bonne raison, toujours selon Faurisson, que cet insoupçonnable poème orgasmique était crypté à dessein… par Arthur Rimbaud lui-même.
Cette analyse univoque, censée mettre au jour le sens caché que l’auteur aurait enfoui au plus profond de son sonnet, reçoit hélas l’élogieux soutien d’André Breton et  de Pierre de Mandiargues, tous deux sans doute fascinés par l’aspect érotico-transgressif de cette révélation, tandis que le rimbaldien émérite Etiemble, traité dans « sorbonagre » dans le texte, y décèle déjà une tendance « aux interprétation paranoïaques-critiques si chères à Salvador Dali ». Toujours à l’affût du scandale, et de sa rentabilité possible, au printemps 1962, J.-J. Pauvert consacre le numéro suivant, L’Affaire Rimbaud, aux pièces à conviction de cette polémique relayée par la presse nationale.

Au mois de mars de cette même année, Faurisson est interpelé à Riom, pour « offense au chef de l’État », en l’occurrence la général de Gaulle, accusé d’avoir lâché l’Algérie française et traité de traîtres au même titre que Léon Blum et Ferhat Abbbas. Cet anti-gaulliste de droite ne s’en cache donc pas. D’ailleurs, c’est dès 1964 qu’il entame une correspondance régulière avec le transfuge Paul Rassinier –pacifiste intégral, passé par la SFIO et la Fédération Anarchiste, avant d’écrire sous pseudo dans Rivarol et de rallier la cause dite alors « révisionniste » du néofasciste Maurice Bardèche. Dans Le Mensonge d’Ulysse, édité en 1950 puis réédité en 1961, Rassinier, qui a été prisonnier une année à Buchenwald, relativisait le rôle répressif des SS dans les camps pour mieux charger les pires responsables à ses yeux : les kapo communistes. Mais plus grave encore, il semait le trouble en déclarant : « des chambres à gaz, il y en eut, pas tant qu’on le croit. Des exterminations par ce moyen, il y en eut aussi, pas tant qu’on ne l’a dit. » Et cette prétendue mystification se met soudain à passionner le donneur de leçon littéraire, Faurisson, exerçant depuis 1963 dans un lycée de Clermont-Ferrand. Sa traque unilatérale du sens caché dans le sonnet « Voyelles » ne lui suffit plus, c’est aux vérités sacrées de l’Histoire qu’il veut désormais s’attaquer avec les mêmes outils méthodologiques. En 1968, la publication au PUF de la thèse de Doctorat d’Olga Worsmer – Le Système concentrationnaire nazi (1933-1945) – attire son attention. Sans rien nier, bien évidemment, de l’ampleur et des modes opératoires de l’extermination des Juifs par les hitlériens, elle émet des doutes sur l’usage avéré des chambres à gaz à Mauthausen et Ravensbrück – erreurs d’analyse corrigées dans un ouvrage de Pierre Serge Choumoff dès 1972, mais puisque le diable gît dans le détail, ce doute va être le premier os à ronger de l’autoproclamé pourfendeur de mensonges Faurisson, qui va bientôt rendre visite à Olga Worsmer, fonder ses premières arguties sur ses recherches malgré les démentis de l’intéressée, qui le traitera d’ailleurs de « falsificateur » et « d’esprit perverti » dans Le Monde en août 1974.

Entre-temps, une décennie après L’Affaire Rimbaud, Robert Faurisson, devenu maître assistant de littérature française à Censier (Paris III), publie un premier article dans la NRF sur les « Divertissements d’Isidore » en janvier 1971, avant de soutenir l’année suivante,  son Doctorat d’État sur La Bouffonnerie de Lautréamont, sous la direction de Pierre-Georges Castex, en 1972. Le redresseur de tort s’attaque aux Chants de Maldoror, où il ne voit qu’un montage parodique de références potaches, bref un vaste canular indument pris au sérieux par ses pairs académiques, pauvres dupes de quelques pastiches sans aucun intérêt poétique. Le scandale fait long feu. Pierre Albouy n’y voit que « poujadisme intellectuel », mais sa thèse obtient cependant la consécration suprême sous la griffe Gallimard.

Sans lâcher son autre fer au feu – prouver l’inexistence des chambres à gaz et de la « solution finale » en instrumentalisant quelques lacunes et contradictions annexes dans les témoignages des survivants –, il ajuste dans sa ligne de mire une autre figure du poète fin-de-siècle : Gérard de Nerval. Son manuel de docte décryptage, publié par le boutiquier récidiviste Pauvert, s’intitule : La clé des Chimères nervaliennes, où il réduit les célèbres oxymores du génial mélancolique à un pur et simplifié  sous-texte ésotérique. De prime abord, l’érudition du déchiffrage a de quoi bluffer. On se laisserait presque gagner par le défi maniaque qu’offre ce puzzle géant à reconstituer, tel le rébus parcheminé d’une chasse au trésor. Bref, on risquerait tout bêtement de se prendre au jeu, si ce casse-tête n’était piégé d’avance, miné dès l’origine par d’étranges présupposés.

Premier postulat de Faurisson : un texte ne saurait vouloir dire qu’une seule chose à la fois, à l’exclusion de toute autre signification, rangée au magasin de l’accessoire. Face à ceux qui s’attachent à faire surgir d’un objet littéraire des possibles hétérogènes, des contradictions intestines, des ambivalences profondes, des zones d’indécidabilité, des rapports de force ou de fragilité, et même une dissolution du sens dans sa pure musicalité, l’exégète fait l’hypothèse d’une univocité absolue. Sa démarche part de ce principe aussi naïf que retors : tel poème ou telle prose porte en soi un message qu’il suffit ensuite de distinguer parmi d’autres niveaux de lecture bientôt rendus à leur quantité négligeable au regard de le résolution définitive de l’énigme.
Un deuxième postulat découle du précédent : si chaque œuvre recèle un sens unique, c’est parce qu’un démiurge en a ajusté la cible, coordonné les énoncés. Autrement dit, l’écrivain serait maître en tout points – et virgule – du but à atteindre ou du message à délivrer. En lui, prime une intentionnalité absolue. Et là encore, sous-entend Faurisson, on se tromperait à imaginer tel poète débordé par sa plume, sinon pire encore, à demi inconscient de ce qui se trame dans le flux en cours d’élaboration. Pas de work in progress, à tâtons ou à l’aveuglette, ni de confusion brouillonne en son esprit – surtout pas de « ça ». Non il est seul concepteur et responsable de ses causes et effets. Rien ne lui échappe ni n’outrepasse sa pensée. Le contenu livresque ne fait qu’appliquer un programme préconçu d’avance. Du coup, notre ressenti subjectif n’a plus aucune raison d’être, puisque l’important c’est de traquer entre les lignes des indices tangibles, les pièces éparses de la conviction initiale de l’auteur.
Mais à ce stade-là, un troisième postulat vient aussitôt compliquer la tâche de l’investigateur littéraire. Car par nature, l’écrivain avance masqué, d’autant qu’il doit parfois déjouer la censure ou réserver sa science occulte à quelques initiés et plus généralement prendre plaisir à tromper son monde. D’où cette ruse de la raison littéraire : ne dévoiler jamais ses intentions sans avoir au préalable brouillé les pistes et codé ses énoncés. Comment faire pour s’y retrouver? D’abord en se méfiant du contenu trop manifeste, tout ce qui est mis en évidence est suspect. Pour Faurisson, il y a invisibilité a priori de la nature profonde d’un texte, non parce qu’il serait polysémique ou que son auteur ignorerait partiellement où il veut en venir, mais bien au contraire parce que l’œuvre est forcément le tombeau muet d’une intention inavouable, cachée dans le jeu de miroir du fond et de la forme, travestie pour faire illusion, mise sous clefs symboliques. Et tout le reste n’est que mensonge du ressenti subjectif.
Avec de telles œillères, c’est la littérature elle-même qui est tarie à la source et son imaginaire réduit à sa plus simple expression : un leurre émotif qui camouflerait la transmission d’un message secret. Comme si la fameuse invocation de Rimbaud à «être voyant» renvoyait aux prophéties cryptées d’un Nostradamus ; et son «La vraie vie est ailleurs » se confondait avec le slogan de la série X files : «La vérité est ailleurs…» Quand les légendes séculaires de l’ésotérisme rejoignent les modes opératoires des services de renseignement… et surtout les traits dominants du complotisme, ce faux ami de toute pensée réellement critique, son ersatz le plus trompeur.

Inutile d’insister, dira-t-on, cette grille d’analyse sentait, dès 1961, la parano psychorigide à plein nez, aucun intérêt. Et le précoce goût du scandale de Faurisson, cantonné à des cercles académiques assez restreints, aurait dû finir aux oubliettes.  Sauf que le 29 décembre 1978, Le Monde – qui savait pourtant depuis 1974 à quoi s’en tenir sur ce personnage, manipulateur et procédurier – lui offre ses colonnes – « Le problème des chambres à gaz » ou « la rumeur d’Auschwitz » – et s’en justifie dans un incroyable préambule : « Aussi aberrante que puisse paraître la thèse de M. Faurisson, elle a jeté quelques troubles parmi les jeunes générations notamment peu disposés à accepter sans inventaire des idées reçues. Pour plusieurs de nos lecteurs, il était indispensable de juger sur pièces. Nous publions donc le texte qui diffuse inlassablement le maître de conférence de l’université de Lyon-II, avec son titre et ses notes. » Bien sûr, la rédaction précise :  « Il ne pouvait être question de le faire sans contrepartie. Aussi avons-nous demandé à deux éminent spécialistes de l’histoire de la déportation de mettre les choses au point : M Georges Wellers, maître de recherches honoraire au CNRS (…) et Mme Olaga Wermer-Migot [qui] a soutenu une thèse et publié un ouvrage sur les camps de concentration qui font autorité. ».

Paroles d’un « maître de conférence » contre paroles d’un « maître de recherche » ou d’une thésarde, et le tour est joué : le petit procureur des Lettres modernes est consacré historien iconoclaste par le grand quotidien du soir. D’où cette mise en regard tronquée : « cinq minute pour les Juifs, cinq minutes pour Hitler », comme le disait Jean-Luc Godard à propos de la démocratie médiatique.

Ça y est, le vers solitaire Faurisson est dans le fruit, et ses chiens-loups négationnistes dans la bergerie. De fait, quelques rares idiots utiles de l’utra-gauche se laissent berner par aveuglement bordiguiste, avant de se rétracter pour la plupart, à l’exception de Pierre Guillaume, libraire-éditeur de la Vieille Taupe et son comparse Serge Thion, sociologue anticolonialiste émargeant à l’université Paris-8. Reste un cas à part, le transfuge du PCF converti à l’islam rigoriste Roger Garaudy qui a hélas popularisé la fausse révélation négationniste dans le Moyen-Orient. Pour le reste, les faurissoniens se recrutent en leur immense majorité dans toutes les branches de l’extrême-droite : suprématiste, catho intégriste, païenne, skin oï, identitaire, etc. Et si, une génération plus tard, l’ex-parrain de SOS racisme Dieudonné et l’ancien boxeur stalinien Soral le promeuvent en sous-main, ce n’est pas au nom d’un quelconque « islamo-gauchisme », mais comme les nouveaux poissons pilotes des eaux troubles de la fachosphère.

En guise d’épilogue, notons que Faurisson, entame sa carrière de négationniste officiel par la publication en 1980 à la Vieille Taupe, aussitôt traduit en anglais, d’un nouveau scandale para-littéraire : Le Journal d’Anne Frank est-il authentique ? Pauvre petit traité de graphologie amateur, conjugué à une contestation de l’emplacement de « l’annexe » où se cachait la gamine.

Ici, on voit comment les deux obsessions convergent : dénoncer telle supercherie littéraire ou telle duperie historique. Et cela en usant d’une méthodologie similaire : comme on doit soupçonner une vérité cachée derrière les leurres ambivalents d’un poème, on doit déchirer le voile mensonger du «génocide» et remonter aux intentions secrètes du peuple juif, censé avoir usé de ce leurre victimaire pour créer et consolider l’État d’Israël. Il aura donc suffi à Faurisson de considérer les faits historiques comme de pures fictions pour remettre en branle ses vieux réflexes d’inquisiteur lettré. Partir en quête d’un secret inavouable, supposer un démiurge à cette œuvre au noir (le complot «judéo-sioniste») et inventer de toute pièce une lecture rétrospectivement auto-satisfaisante… réfutant d’un tour de passe-passe sophistique la solution finale mise en œuvre par la machine d’extermination nazie.

Difficile de ne pas ajouter à cette modeste antidote aux balivernes de l’imposteur Faurisson, une drôle de coïncidence qui m’est arrivé en 2011 et que j’ai consigné dans mon livre Souviens-moi.

Le hasard fait que j’ai retrouvé depuis un enregistrement dudit colloque, dont j’ai extrait l’altercation mentionnée ci-dessus.

colloque Celine Beaubourg-2fevrier2011-QuestionFaurisson

Et comme les réminiscences s’attisent l’une l’autre, il me revient aussi qu’en mai 1980, alors que, jeune lycéen perturbateur, je participais à la grêve sur le campus de Jussieu – (à moins que ce ne soit en novembre-décembre 1986 lors du mouvement contre la loi Devaquet, impossible de trancher sur la date) j’ai surpris un certain Pierre Guillaume (qui s’est en tout cas prétendu tel) et deux trois complices (dont le plus âgé était peut-être Faurisson, mais comment aurais-je pu le savoir), en train de tracter leur prose négationniste devant l’entrée de la fac. Leur ayant demandé d’aller « fourguer ces saloperies ailleurs », avec l’aide active de quelques éléments incontrôlés (comme on appelait alors les autonomes & libertaires), de jeunes syndicalistes de l’UNEF, alertés par l’esclandre, ont fait barrage et offert leur protection non pas amicale, mais de principe, au nom de la liberté d’expression. Vieux débat qui fut tranché à mains nus, sans coups portés, mais par la fuite de ces imposteurs militants et ennemis mortels de tout esprit critique.

Pour faire circuler cet article, lien distinctif  ici même.



17 octobre 2018
[Images arrêtées & idées fixes
Huit clichés raccords
avec leur temps mort.]



10 octobre 2018
[Souviens-moi, et cætera —
De ne pas oublier… la suite.]


Et voilà que ça continue, quatre ans et demi après la sortie de
Souviens-moi, d’autres lacunes fragmentaires qui me reviennent en mémoire, alors autant mettre en partage ces pièces manquantes quelque part, là où tout a commencé, sur ce pense-bête, non pour préméditer un tome 2, juste pour laisser ce chantier à ciel ouvert…

De ne pas oublier que plus de trente ans après la catastrophe de Tchernobyl, les gros mammifères (élans, cerfs, sangliers, loups) ont proliféré, donnant à cette zone d’exclusion radioactive, un faux air de réserve naturelle, même si, à y regarder de plus près, outre la raréfaction des hirondelles au printemps, décimées par les effets du césium 137, on observe que les toiles d’araignées d’ordinaire tissées selon la distribution homogène de leurs fils de soie suivent désormais une trame décalée, irrégulière, incomplète, comme dans les expositions d’Art Brut ces dessins reproduisant à l’infini un certain désordre psychique.

De ne pas oublier que j’ai attendu plusieurs décennies avant de me pencher sur le sens du mot procrastination qui m’avait toujours fait penser, selon une intuition homophonique, au bruit d’une mâchoire mastiquant une crevette non décortiquée.

De ne pas oublier que, posé sur la chaudière trônant au milieu de la cuisine, le petit tonneau en céramique où gisait une mer de vinaigre m’a inspiré depuis la nuit des temps de mon enfance un effroi mêlé de fascination face à ce semblant de méduse sanguinolente flottant en surface, sitôt le bouchon ôté, spectacle qui par association de hantises s’apparentait à mes yeux au reliquat d’une fausse couche maintenue là, au secret.

De ne pas oublier que lors d’un voyage familial au Mexique, l’ingestion d’un tacos renfermant des huîtres déjà mortes sous une sauce suspecte m’avait valu huit jours de tourista carabinée et allégé de quelques kilos au retour de ce périple archéologique d’une toilette l’autre.

De ne pas oublier qu’écrire ça revient à interrompre son propre flux de conscience pour mieux en imiter le cours détourné.

De ne pas oublier que lors du même séjour familial à Mexico, nous avions été contraints de suivre toutes les étapes d’un pèlerinage politico-muséal, devant telle fresque de Diego de Rivera, puis tel tableau de Frida Kahlo, puis face à la maison rouge de Trotski , ce fameux exilé bolchevique assassiné d’un lâche coup de piolet par un ignoble agent double missionné par l’odieux despote Staline, etc., alors que partout sur les murs je voyais fleurir des affiches ou des slogans majuscules vantant les mérites d’un Partido Revolucionario Institucional qui semble-t-il monopolisait ici le pouvoir depuis des décennies, d’où cette question posé à notre guide suprême, alias mon père, si fier d’avoir été dissident trotskiste au début des années 40 : « Ben dis, papa, ça a l’air super-chiant ta révolution permanente ? »




5 octobre 2018
[Images arrêtées & idées fixes
Ni fleurs ni couronnes…
se préparer à l'automne.]



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