Pour etre tenu au courant
de temps en temps


@ffinités





































































































































































































































































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31 juillet 2014
[Images arrêtées & idées fixes —
Décollations, nouvelle collection (3).]

Pièces détachées du mannequinat précaire.



23  juillet 2014
[Manifester contre la terreur coloniale
du gouvernement israélien
est plus que jamais la meilleure façon
de combattre l'antisémitisme.]

Ce soir, j’irai donc manifester contre les politiques du pire de Tsahal & du Hamas, ces fauteurs de guerre cyniques qui sacrifient la survie des populations alentour à leur maintien au pouvoir au nom d’un nationalisme messianique qui confine chaque jour un peu plus à un fanatisme xénophobe. D’où la pancarte que je me suis confectionnée :

Mais s’il est nécessaire de renvoyer dos à dos les pompiers pyromanes des deux bords (ainsi que les sinistres François Hollande et Manuel Valls), il ne faudrait pas oublier l’asymétrie fondamentale du conflit en cours, et l’obscénité d’un usage disproportionné de la force et du meurtre à distance par drones interposés. C’est pour cela qu’au verso de ma pancarte je collerai cette seconde affichette :

Post-scriptum du 29 juillet : Et comme il est parfois utile de lever certains malentendus tout en enfonçant le même clou, j’ai rajouter deux affichettes recto-verso pour manifester encore et encore mon dégoût des exactions homicides qui endeuillent chaque jour plus durement les habitants de Gaza & les protestataires palestiniens de nationalité israélienne, sans céder aux débordements fascisants des quelques poignées de fans de Dieudonné ou de la fatwa anti-juive.



1er juillet 2014
[Deux milliards d’économie sur le dos des chômeurs :
enfumons les enfumeurs, abusons des abuseurs —
roman-photos, résumé des épisodes à venir.]

Quand les gouvernants
font crever la dalle
à des millions de précaires
tous les moyens sont bons
pour annuler leur Festival
d’arnaques à plein temps
& de promesses en l’air.



26 juin 2014
[Images arrêtées & idées fixes
Hasards de la circulation alternée.]

Se faufiler entre quelques métaphores automobiles.



19 juin 2014
[Les sous-fifres occupent la Philharmonie de Paris —
mouvement des précaires, chantier à ciel ouvert.]

Hier matin, dès l’aube, 150 intermittents de l’emploi & chômeurs partiels (du Spectacle, mais pas seulement) ont occupé par surprise l’immense auditorium en construction de la Philharmonie de Paris. Vers 6h30, le tour était joué. Tandis que trois issues étaient bloquées, un groupe grimpait aux étages supérieures, réussissant à accrocher d’immenses banderoles sur les poutrelles à claire-voie de l’édifice.

Réclamer de «nouveaux droits sociaux», ça avait de la gueule dans ce haut-lieu symbolique de la gabegie culturelle. En l’occurrence, un projet mégalo de salle de concert, conçu par Jean Nouvel, à 118 millions d’euros lors de sa signature en 2006 et qui, au final, va coûter plus du triple, au bénéfice de son opérateur BTP, l’empire Bouygues. Comme quoi, de l’argent il y en a, et l’on sait où en trouver dès qu’il s’agit de construire des Mausolées, c’est-à-dire dépenser le fric public pour financer à fonds perdu le secteur du Bâtiment, même si ce genre de lubie totalement disproportionnée (dixit les équipes bossant à la Cité de la Musique, juste à côté, qui ont déjà du mal à remplir leur jauge) va assécher pour des années le budget culture de la Ville et sert déjà de prétexte (avec le CentQuatre et la Gaité Lyrique) à la réduction drastique des micro-subventions aux associations, compagnies, festivals & espaces jouant dans la cour des trop-petits, quantité négligeable. Désormais, le «soupoudrage» auprès des initiatives locales (souvent à but non-lucratif) c’est de «l’Assistanat bas-de-gamme», tandis que là, au Philharmonie, c’est du «bétonnage avec retour sur investissement global» qui aide à relancer l’usine à gaz (et à Gattaz) économique. D’où l’idée vertigineusement édifiante d’investir quelques heures durant un de ces gouffres financiers (près de 400 millions) dont le montant dépasse justement celui du prétendu déficit annuel du régime (encore un peu mutualisé) des intermittents. La suite en photos in situ et brèves de mémoire.

Une façon de montrer aussi sur quel pacte de stabilité policière repose l’harmonie sociale concertée (dans les coulisses) entre MEDEF et CFDT.

Tenir des piquets de blocage sur une zone de plusieurs centaines de mètres en contre-bas du périph, ça ne pouvait pas durer longtemps. L’ultimatum policier fut lancé vers 10h15. Une grille entrouverte, et hop, charge furtive et gazage sporadique, arrosant au passage une dizaine d’employés en sous-traitance ayant décidé de rejoindre les manifestants extérieurs. Plusieurs issues aussitôt reprises en main et tonfa par les Robocops appointés.

À la jonction des boulevards Serrurier et Macdonald, les flics se positionnent non loin de la rampe d’accès réservée aux employés. Mais déjà l’arrivée de l’armada policière brouille les cartes. Face aux lignes d’uniformes, ça tape la discute, fraternise, s’échange de clopes ou des photos, entre précaires en lutte disséminés à tous les étages et ouvriers avec casques et tenues fluorescentes : soit intérimaires (avec ou sans papiers), soit CDI jetables des petites PME de sous-traitance, et pas mal de Polonais surexploités (payés à 4 euros de l’heure, expliquent-ils).

Pendant ce temps-là, les alpinistes de la Préfecture se tiennent près à intervenir, ou du moins, pour l’heure, repérer les conditions d’un éventuel assaut.

Aux abords du chantier, les contremaîtres de Bouygues mobilisent ldes agents de sécurité en nombre, souvent moqués par leurs collègues préférant mater le spectacle (bras croisés et sourires en coin), ravis de cette matinée de congés-payés imprévus.

Surtout ceux qu’on pousse à jouer les supplétifs de la maréchaussée.

Ailleurs, des maîtres d’œuvre et autre petits chefs se concertent dans les bureaux ou improvisent une réunion en plein air.

Les caméras, elles, surveillent ce désœuvrement inhabituel, entre les lignes d’Algeco.

Une banderole vient de piquer du nez, les casqués relèvent la tête.

Tiens, y’a un interluttant, plutôt mutin, tout seul, là-haut.

Et bientôt cinq, avec une nouvelle banderole qui se met en place.

Acclamation générale et bruyante de la petite foule disséminée tous azimuts. Mon voisin de parapet, un sous-traité en CDI qui vient d’Orléans me confie, hilare : «C’est ma première grève, merci les gars, c’est super. comme c’est parti, on va gagner une journée entière.» Apercevant trois-quatre civils derrière une palissade, il ajoute : «Et là, t’as vu les pitbulls de la BAC, ils ont pas aimé que je me fasse un Selfie devant leur gueule!»

Cent cinquante mètres plus loin, un vigile signale, sans pouvoir s’y opposer, l’intrusion d’autres manifestants à l’intérieur.

Peu avant midi, les médias commencent à se pointer, FR3, puis RTL, puis BFM..

Ensuite, ça va palabrer et menacer, en vain. BFM fera son reportage en direct sur le toit. Et les officiels refuseront d’y monter pour négocier sous l’œil des caméras & micros. Le contact direct avec la «base» et devant témoins, c’est pas la tasse de thé des décideurs. Et vers 18h, sous le cagnard, faute d’ombre et de provisions d’eau (même si malgré l’embargo policier, un téméraire grimpeur en rappel leur avait apporté quelques ressources), décision collective de repartir groupé. Par le grand escalier d’honneur, sous escorte, mais sans contrôle d’identité. À plus de deux cents désormais.

Et les voilà qui traversent les pelouses de La Villette en manif sauvage : « Chômeur, Précaires, Intermittents, Intérimaires, avec ou sans papiers! Solidarité!» Ce slogan résumant bien ce qui fait l’unité du mouvement : la conquête de droits & contreparties pour tous ceux concernés par l’emploi discontinu. Bref, l’envie d’améliorer les annexes 8 & 9, de sauver du désastre l’annexe 4 des intérimaires (dont ne parlent jamais les journalistes aux ordres), mais surtout de défendre l’extension de ce régime solidaire à l’ensemble de ces embauchés en contrat court, soit plus de 1,5 millions de personnes (sans compter les stagiaires sous-indemnisés et autres CDD ad æternam). Bref, tout le contraire d’un mouvement corpo-artiste, juste le renouveau d’une coagulation combative au sein de ce Précariat ignoré, méprisé, stigmatisé le système de négociation paritaire. Ceci dit, sans naïveté triomphaliste, mais en contre-point d’une résignation mortifère qui n’a que trop duré. En contre-point aussi aux adeptes aveuglés du retour au plein-emploi stable, chez les idéologues fossilisés de la gauche de la gauche (là aussi, y’aurait pas mal d’idoles à déboulonner…) Trêve de commentaires, ce départ groupé a permis de laisser au parking le fourgon qui attendait les occupants.

En guise d’épilogue, ce dernier détail. Tandis qu’une assemblée nombreuse se tenait sous la Halle de La Villette, quelques pandores (en heures sup’ sans doute) peinaient à décrocher les banderoles du site déserté.

Pour se tenir au courant, jour par jour, et parfois heure par heure, c’est sur la site de la Coordination des Précaires et Intermittents Ile-de-France ici même.



16 juin 2014
[Sommets de l’urbanisme en Seine-Saint-Denis —
De quelques tours (et détours) à fronts renversés :
de la ruineuse Pleyel aux Twin’s not dead de Bagnolet.]

Issue d’un projet initié dans les années 60 et censé faire contre-point au quartier d’affaires de La Défense, la tour Pleyel sort de terre entre 1969 (un an après le fameux mois de Mai) et 1973 (un an avant le fameux choc pétrolier). Sa structure métallique de 125 mètres renforcée avec du (mauvais) béton devra d’ailleurs être entièrement rénovée une décennie plus tard. Initialement, l’immense gratte-ciel de l’Est parisien ne devait être que la tour Ouest d’un ensemble figurant les points cardinaux au milieu d’un parc de 4 hectares, mais non, faute d’investisseurs, pas de petites sœurs à l’horizon. Néanmoins jusqu’aux abords de l’An 2000, ça turbine de bas en haut, en col blanc & tailleur standard, sur plus 40 000 m2 de bureaux, chacun son siège social en open space. Sauf qu’avec la coupe du monde foot, le Grand Stade fin prêt en 1998 et les infrastructures de transport qui vont avec (RER et voie rapide couverte), cette soucoupe volante new-look bouleverse le voisinage, attire les profiteurs de table rase et crée un sacré boom spéculatif.
On rase les taudis, on délocalise les pauvres et on sécurise une vaste zone d’activités, mieux réparti à l’horizontale de part et d’autre de l’axe autoroutier. Et c’est ça qui va faire de l’ombre à Pleyel, cette tour de contrôle qui se ringardise à vue d’œil. La preuve, en 2009, elle n’est plus occupée qu’à65%. Et cinq ans plus tard, d’autres boîtes se font la malle, même la CAF locale a taillé la route. Du coup, cette expérience pionnière du pompidolisme, implantée dans les bastions du communisme municipal, est aux deux tiers déserté. Et quand les gros contrats quittent le navire, l’effet panique s’en trouve décuplé. Pour observer de plus près ce phénomène, j’ai pris scooter et appareil photo, histoire de voir à quoi ça ressemble une faillite immobilière en 3D. Une fois sur place, aucun signe apparent du désastre en cours. Le phare n’envoie aucun signaux de détresse. Il domine plus que jamais à des kilomètres à la ronde, à l’aplomb du quartier d’affaires qui le voue désormais à la ruine, mais impossible de saisir le moindre photogramme de ce film catastrophe. A essayer d’en cadrer le contour en contre-plongée, le vestige donne encore le vertige.
Il suffirait pourtant de peu de choses – l’occupation de ce Haut-Lieu de l’Absurdie urbanistique par une multitude de mal-logés & amateurs de jardins suspendus – pour que cet échec monumental retrouve son échelle humaine. Avis aux amateurs de ZAD et autres pistes de décollage maraîchères. L’ancienne tour de contrôle du business n’attend que ça : être habitée & recyclée à d’autres fins par les ennemis irréductibles de l’obsolescence programmée.

Autre cas de figure, à quelques kilomètres de là : les Mercuriales édifiées non loin de la porte de Bagnolet en 1975, composée de deux tours siamoises du Levant et du Penant. Elles aussi devaient constituer l’avant-garde d’un immense chantier visant à dupliquer La Défense, hors les Beaux quartiers résidentiels dont les habitants, par conservatisme et intérêt bien placé (dans la belle pierre), n’avaient pas du tout apprécié que ce petit Wall Street leur bouche la vue panoramique depuis les balcons de Neuilly-Auteuil-Passy. Même objectif qu’avec Pleyel donc, rééquilibrer le rapport Ouest-Est parisien et investir un cheval de Troie dans les jardins ouvriers de la banlieue rouge. Même coup d’arrêt aussi, la hausse des cours du pétrole au milieu des seventies fait réviser à la baisse toute folie des grandeurs. D’où cette paire de gratte-ciels jouxtant le périphérique au beau milieu d’un tissu d’habitations ne dépassant pas trois étages (côté Bagnolet) et le double dans les cités alentours, de part et d’autre des Maréchaux. Quant au point culminant, si l’on compte les antennes relais, c’est entre 150 et 175 mètres, soit un peu moins que leur maître(sse)-étalon, la tour Montparnasse, longtemps leader en ces matières (de compétition caricaturalement phallique). Même si le modèle originel des Mercuriales est bel et bien celui du World Trade Center.D’où leur surnom familier depuis septembre 2011 : les Twins towers de Bagnolet.
Sauf qu’ici, nul catastrophe à l’horizon. C’est bien desservi par le séculaire métropolitain, et depuis leur construction, le taux de remplissages des tours jumelles n’est jamais descendu sous la barre des 30%. Contrairement à Pleyel, ça fait exception dans le bâti des environs, à moins de deux cents mètres du modeste centre-ville de Bagnolet. Ça fait tache, sans faire tache d’huile. C’est l’exemple même d’une successfull aberration. Un météorite architectural qui fait un drôle d’effet dans les parage, comme un château d’eau de la finance au milieu d’un territoire à sec, un avant-poste qui n’a peut-être pas dit son dernier mot. D’autant que si les salariés de Libération acceptaient d’y déménager, la tour serait désormais pleine comme un œuf. Prête sans doute à faire des petits le long du périph et à rogner lez zones d’habitation limitrophes des communes si endettées dans les parages qu’elles préfèrent voir s’établir des sièges sociaux plutôt que des habitats du même nom.
Petit reportage de proximité, selon divers angles d’approche.



10 juin 2014
[Quand un archyviste du graffiti
s’invente un blaze pour passer
à l’acte scriptural : LapsOups.]

Collecter des graffiti, pour garder la mémoire de leur fulgurance urbaine ou rendre hommage à leur anonyme clandestinité, ça m’occupe depuis quelques années. Pour preuve déjà plus de 3700 tags transcrits, localisés et datés sur ma compilation provisoire, Bombages à travers nos âges ici même. Au risque de devenir à son insu un scribe maniaque-obsessionnel, traquant au jour le jour la trace murale d’un mot d’esprit en scooter ou sur des photos glanées sur le Net.

Bien évidemment, en tant que copiste amateur, ça devait finir par me démanger de prendre le relais et passer à l’acte en me dotant d’un marqueur indélébile ou d’un aérosol de poche… C’est chose faite, mais restait encore à laisser libre cours à l’inspiration, hors l’emprise des phrases modèles qui m’encombrent l’esprit, sans recopier bêtement aucune des bribes de ma base de données, entre phraséologie fossile, état de grâce in situ et maladresse inimitable. Bref, tout un programme paradoxal : comment organiser à l’avance sa propre spontanéité ? comment mobiliser ces manifestations verbales hors les sentiers rebattus d’un savoir accumulé. Le fameux hiatus de l’Art brut ou de l’Événement révolutionnaire : faire du neuf à l’insu de ses réflexes conditionnés.
Pour outrepasser ce blocage, j’ai repensé au carnet où j’ai pris la drôle d’habitude de consigner les lapsus de mon entourage. Avec ces mots d’esprit involontaires, ça me fournissait un matériau idéal, comme surgi de nulle part – le melting-pot des autres en moi –, tombé du ciel subconscient par ouï-dire. Et sans trop m’appesantir à tête reposée, je me suis dit que de telles erreurs humaines méritaient qu’on les honore d’un geste éphémère, qu’on emprunte leur fausse route en les gravant sinon dans le marbre du moins sur les murs.

Restait encore à baptiser ces encres sauvages d’un pseudo, un blaze anonymement collectif, une signature en série. J’avais le choix entre quelque titres esquissés sur mon carnet :
Objet Verbal Non Identifié (trop long), PhonéTroc (bof bof), Erroriste (déjà pris par des surréaliste argentins), ImpairVersion (pas si mal)…
Et pourquoi se creuser les méninges ailleurs, suffisait de revenir au l’idée initiale – Lapsus –, avec plusieurs variantes possibles :
SaPlus, LipsUs et LapsOups. À l’usage, c’est la dernière option – avec son «oups» entre les «lips» – qui s’est imposée.
La preuve en calligraphies sauvages & en images.

Et il arrive qu’avec le temps les graffiti ébauchent un dialogue, entre les lignes, comme ici.



3 juin 2014
[Images arrêtées & idées fixes
Retour de Lisbonne, sur les murs et au-delà.]



29 mai 2014
[Comment garder la tête froide
après la gueule de bois électorale ?
Au-delà de la vigilance anti-fasciste.]

La victoire en trompe-l’œil de Marine Le Pen (avec 25% des suffrages mais cependant 1, 7 millions de voix en moins qu’à la dernière présidentielle) ne doit pas servir à masquer le phénomène majeur de cette élection européenne : l’abstention massive de 57,5 du corps électoral, sans négliger les 3% de vote blanc, 1,5% de vote nul et o,5% obtenu par le fantomatique Parti du vote blanc, soit au total 62,5 % des 45,5 millions d’inscrits (eux-mêmes en baisse d’un demi-million depuis le scrutin de 2012), autrement dit 28,5 millions de personnes non-participantes ou inexprimés volontaires.

Bien sûr, il est difficile de distinguer parmi la multitude de celles et ceux qui se sont soustraits à leur « devoir » républicain ou ont refusé de choisir le « moins pire » d’entre les candidats en lice, un message univoque. Il y a dans cette désertion hors les urnes l’expression d’humeurs éparses et fluctuantes : du j’menfoutisme à la résistance passive, en passant par d’autres motifs existentiels : le repli sur soi égoïste, l’inertie dépressive, l’indifférence aux profession de foi, le refus de cautionner qui que ce soit, le doute conspirationniste, l’objection de conscience idéaliste, le sentiment d’inutilité, l’aigreur mysanthropique, l’insouciance juvénile, l’incompréhension des enjeux, le contre-coup de la désillusion, la flemme de sortir dehors, le pied-de-nez potache, la défiance envers les gouvernants, l’irrésolution procrastinante, le doigt d’honneur au système, le fatalisme désespéré, l’oubli pur et simple, etc.


S’il serait abusif de sonder dans ce geste en creux du non-vote ou du vote neutre – tel le «je préférais de ne pas » d’un Bartleby – un refus explicite de l’ordre dominant, il est insupportable de le passer sous silence, ou pire encore, de le faire passer pour une anodine « absence d’opinion ». Quand les deux tiers des électeurs potentiels font un pas de côté (ici comme en Égypte), ce manque d’adhérence spectaculaire rappelle (une fois de plus) la crise, sinon la faillite, du rituel démocratique et de sa soi-disant représentativité. Ainsi le score du FN est-il moins un irrésistible triomphe (passant rappelons-le encore de 13% des inscrits en 2012 à 10% la semaine dernière) que l’effet de vase-communicant dû à l’implosion des partis de gouvernement (UMP, PS & co) aux affaires depuis les dernières décennies
Le vrai souci c’est que, jusqu’à maintenant, cette désaffection citoyenne ne semble pas, en France, avoir libéré d’espace à une contestation active des impératifs de l’Austérité (comme en Grèce, en Espagne et au Portugal, où cette place vacante laissée par le boycott électoral de masse a libéré de nouvelles pratiques extra-parlementaires, soucieuses d’horizontalité organisationnelle, d’autodéfense locale et de coopérations utopiquement concrètes… et vice versa). Mais il n’est jamais trop tard pour relever la tête et ne pas céder à la résignation commune, induite par ce double bind mortifère : soit le pragmatisme économique, soit le péril populiste. Trouver la force collective de déjouer l’alternative truquée qui voudrait désormais s’imposer à nous : se serrer la ceinture avec le FMI ou tomber sous la botte des centuries fascistes. Rien n’est perdu d’avance mais le temps presse pour court-circuiter ce chantage binaire auquel vont nous soumettre médias, démocrates de tous bords et consultants de la finance. Alors, disons que l’anti-fascisme radical c’est évidemment nécessaire mais si loin d’être suffisant. La seule issue, avant que le Front National ne négocie (en position de force) une alliance/réconciliation de toutes les droites sous sa bannière ultra-modernisée (comme en Italie il y a déjà quinze ans), ce serait, sans attendre, de briser l’isolement de chacun et la lassitude échaudée de tous, pour passer à l’offensive sur le terrain de la précarisation sociale & urbaine de nos conditions d’existence. Bref, de transformer cette ligne de fuite de la dépolitisation latente en énergie collective de défiance active envers les puissants. Vaste programme, mais qui demande désormais à s’énoncer avec d’autres mots, d’autres gestes, d’autres affinités que les vieilles lunes du paritarisme syndical ou du guévarisme d’opérette du Front de gauche… comme tente aujourd’hui de le faire le mouvement des chômeurs, précaires, intermittents & intérimaires (avec ou sans papier) face au front commun du Medef et des syndicats corpos (CFDT & FO) avec la duplicité bienveillante du pouvoir socialiste.


Ceci dit, l’urgence qu’il y a à lutter contre la violence quotidienne de « l’Austérité perpétuelle », si elle va bien au-delà du simple devoir de vigilance anti-fasciste, ne signifie pas qu’il faudrait sous-estimer l’emprise mentale de Marine Le Pen (et de ses jeunes technocrates new-look) sur les débats de société, relayée avec zèle par les médias avides de sensations fortes ou par les néo-conservateurs de toutes obédiences partisanes qui monopolisent désormais les bancs de l’Hémicycle. Et l’on sait combien les propagandistes de l’extrême-droite, prenant au mot les théories de Antonio Gramsci, ont fait du combat pour « l’hégémonie culturelle » leur objectif central, via le marketing viral du Net (et ses rumeurs nauséabondes recyclées à dessein) ou en lançant des ballons d’essai qui jouent du chaud & du froid, jusqu’à focaliser l’attention des sunlights du Spectacle journalistique. Négliger cette contamination, ce serait céder du terrain face à la banalisation rampante de certains mots-clefs du FN (repris de droite à gauche). À ce sujet, on avait consacré un article ici même, il y a tout juste un an, aux autocollants qui fleurissent de-ci de-là sur le mobilier urbain, colportant des messages phobiques : antiarabes, antisémites, anti-drogués, antipédés, etc. On dira qu’il s’agit là d’un regain d’activisme des groupuscules ultra, en marge du « retoilettage » électoraliste du Front National. Et pourtant, ces signes adhésifs, en se fondant dans le décor, provoquent, sinon une adhésion massive, du moins la vulgarisation de nouveaux idiomatismes qui font salement écho au désespoir social ambiant. D’ailleurs, c’est bien le but des « créatifs » fascistoïdes qui se cachent derrière les prête-noms d’une nébuleuse de mouvements fantoches, caresser la parano complotiste, le ressentiment haineux et la beaufitude nationaliste dans le sens du poil.
Sur ce champ de bataille, sémantique, il faut hélas bien constater que leur offensive marque des points, au diapason de la droitisation des débats publics et, a contrario, d’une crise des valeurs d’émancipation collective.
 Au vu de l’abject florilège ci-dessous, on objectera sans doute qu’il est abusif de faire l’amalgame entre les autocollants de la bande à Soral & Dieudonné, ceux de l’Action Française ou des nationalistes-révolutionaires, et pourtant ils se côtoient dans des quartiers de plus en plus nombreux, de Lille à Lyon en passant par la région parisienne, selon une arborescence dynamique qui ratisse large et qui sème la confusion et fait tache d’huile.
Ultime scrupule, avant de céder la place à cette série de clichés écœurants – zoomés par mes soins ou empruntés sur le Net –, difficile de reproduire ces outils de propagande à l’identique sans risquer de leur faire une quelconque publicité, même involontaire. Du coup, via Photoshop, j’ai passé chacun de ces stickers au filtre d’une révélation négative. D’où, pour les icôneries dessous, une atmosphère de film d’épouvante qui leur sied à merveille.

Et un dernier sticker jouant du clin d’œil sexiste sur un mode surfeur zazou, qu’on a laissé dans sa teinte d’origine, pour montrer que cette «peste blonde» n’a rien à envier à la même en brune.

Sans oublier ce repêché in extremis, si pathétiquement parano qu’on le reproduit tel quel.

On pourra aussi lire l’essentiel de cet article dans sa traduction portugaise ici même.



20 mai 2014
[Pseudo-Dico, idiot & logique,
extraits d’un nouvel état provisoire.]

Parmi d’autres chantiers en cours, sur ce site, il y a cet opuscule : Pseudo Dico, idiot & logique, entamé en juin 2009 et qui s’épaissit petit à petit, sans souci d’aucune finitude.
Dans une brève préface, j’ai essayé de revenir sur le «pourquoi du comment» de ce projet :


«Jouer au Pendu à l’école, ça laisse des traces. La preuve, après quelques décennies d’études, d’examens, d’essais, d’ébauches, d’épreuves, de tentatives… j’y reviens, à mes marottes élémentaires. Pourquoi se priver du charme régressif ? Chacun ses tentations, moi c’est l’infantile qui me hante, l’énergie verbale en deçà des prudences mitigées de l’esprit de sérieux. Bas les masques, soyons bêtement éhontés, je vous présente mon projet de devinettes lexicales, un dictionnaire pour de faux. J’aurais préféré appeler ça Fictionnaire tout court, mais c’était déjà pris comme titre, par un farceur repenti des années 70, l’incertain Alain Finkielkraut, alors j’ai trouvé un ersatz commode, Pseudo-dico, pour le raccourci de la rime intérieure, si si, faut pas forcément chercher plus loin.
Seul défi minimal, commenter chaque mot par association d’idées, esprit de conflagration, étymologie intuitive, amalgame accidentel, contresens inopiné, déduction analogique, méprise significative, sinon par défaut mineur ou faute d’étourderie. Et surtout, lâcher la bride, perdre contrôle, laisser sortir les bouts d’énoncé à l’oreille, faire confiance aux courts-circuits intérieurs, aux paradoxes venus d’ailleurs. Projet impur et simple, trivial et mégalo. D’où son sous-titre – idiot & logique – qui me revient de loin, l’éternel adolescent jamais lassé de singer les sapiences de l’homo academicus, avec force grimaces et effets de manches. […]
 Bien sûr, j’aurais pu faire le tri au départ, chasser la blague facile, neutraliser le calembour dérisoire, ne garder que le meilleur du début à la fin. M’empêcher de faire tout à la fois le singe savant et l’analphabète de foire. Mais quand on vide son sac de vocabulaire, il vous passe de drôles de couacs par les méninges, et c’est souvent d’assez mauvais goût, entre autres foutaises et débilités. J’aurais pu me cacher derrière mon petit doigt d’auteur, mais l’idiotie a sa logique implacable.»

Ci-dessous, quelques extraits azertyopiques des entrées les plus récentes…

AUTONYMIE : celui qui le dit qui l’est.

BLESSURE NARCISSIQUE : abusiv., si ça me plaie (voir Infect & Affect).

CHÔMAGE : travail du deuil du travail.

DOUBLE CONTRAINTE : ni vieux ni naître (voir Faux dilemme & Tiers exclu).

EGO selon les points de vue, moi-disant moi, toi-disant toi, soi-disant soi.

FONTANELLE : chez le nourrisson, puits de science encore confuse.

GÉNETIQUE FICTION : tapez votre code ADN à l’abri des radars indiscrets.

HAINE DE SOI : moteur à implosion selon un principe d’autolyse inversé.

IMMORTALITÉ : parenthèse jamais refermée.

JEMENFOUTISTE : indécis heureux.

KAMA SUTRA : littérature à massages.

LIFTING : obsolescence déprogrammée.

MYOPIE : sentiment., loin des yeux loin du cœur.

NÉGATIONNISTE : tous les historiens sont des menteurs, et seule cette contre-vérité, jusqu’à absence de preuve du contraire, pouvant valider chez celui qui l’affirme une qualité d’expert, nul ne saurait mettre en doute qu’on a raison de douter de tout, sauf de ma démonstration hors pair.

OCCIDENTAL : né ici plutôt que là par la force des choses, les migrations du temps, le fruit du hasard et d’autres concours de circonstances (voir Accidental & Occidentel).

PENSION ALIMENTAIRE : désamour tarifé.

QUARANTAINE : psycho. maritime, sas d’isolement sanitaire avant la cinquantaine.

RIME : ou bien riche… ou bien chiche…

SURDOUÉ(E) : pas n’importe QI (Grand écart-type & Bête hors concours).

TABLEAU DE MAÎTRE : puzzle d’une seule pièce maîtresse.

ULTRAS : partisans du stade anal (voir Supporters & Super grégaires).

VERTUEUX (cercle): pas de vis (et vice versa).

ZAPETTE : permet au télé-captif de changer ses chaînes sans bouger.

Pour ceux désireux de feuilleter l’ouvrage ou de le lire in extenso, c’est ici.
Pour les autres projets de textes courts & en cours, c’est .



7 mai 2014
[Images arrêtées & idées fixes —
Décollations, nouvelle collection (2).]

À défaut d’une idée derrière la tête



28 avril 2014
[Images arrêtées & idées fixes
Droits sociaux… fermeture pour travaux.]

Pas de porte, bail précaire & seuil de pauvreté.



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