Pour etre tenu au courant
de temps en temps


@ffinités





































































































































































































































































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19 février 2018
[Solde net & sous-ensembles flous (1)–
Des chiffres pris au pied de la lettre.]

SI C’ÉTAIT À REFAIRE, 20% des parents de nationalité allemande se serait abstenu d’en avoir un jour conçu l’idée, s’ils avaient su que ce faisant ils étaient désormais devant un fait à tout jamais accompli, ces 20%-là se seraient bien gardé d’avoir à regretter de ne pas s’être abstenu, et maintenant qu’ils ont commis l’irréparable, que la chose a été préconçue par leur mutuel consentement, les deux l’ayant fait sinon exprès du moins ensemble coïtalement parlant, hors cas d’abstinence ou d’empêchement physiologique ou de perte accidentelle, si c’était à défaire comme un pull-over rendu à sa pelote de laine, eh bien non il est déjà trop tard, hors date limite de procrastination, tant pis pour ces 20% comptabilisés parmi les couples géniteurs de la population allemande, après terme ils regrettent amèrement d’être devenus parents, ils auraient préféré démentir les taux de fécondité dans l’œuf, ne pas avoir à se parjurer eux-mêmes et contrefaire les papa-maman comblés, mais maintenant que le natif est là, le post-conçu tout nouvellement échu, même à regret il ne sera ni repris comme bouteille consignée ni échangé contre un à-valoir quelconque, ces parents à contrecœur ont beau être 20% à le trouver surnuméraire, à se demander pourquoi ils ont troqué leur liberté sans attache filial et autre fil ombilicale à la patte, libres comme ils étaient neuf mois plus tôt de s’abstenir sans rejeton ni opinion, malgré le diktat de la procréation majoritaire, et pourtant si c’était le monde qui était à refaire, on trouverait bien parmi l’échantillon des couples en âge de se poser la question cinq, dix ou quinze sur cent qui souffrent à leur tour de n’en avoir point eu, zéro progéniture à leur actif, malgré leur désir inextinguible d’un jour se reproduire, et dans leur cas ce n’est pas faute d’avoir essayé sous X, Y ou Z, candidaté à l’adoption en terres natales ou étrangères, alors si c’était à faire autrement mieux qu’à présent, un monde où les vases communiqueraient d’une conception à l’autre, où le regrettable intrus des uns ferait le comble du bonheur des autres, si c’était un monde redistributif en tout et pour tout dans le moindre détail, où chacun se pourrait libérer de son surplus pour le céder gracieusement à qui s’en trouve dépourvu, où le partage des remords et des frustrations serait assuré tout risque, la navette des trop perçus et des manque à gagner…

SAUF QU’IL Y À PEU À ESPÉRER de ce côté-là, le planning interfamilial des naissances, pas moyen de s’en défaire de ce monde mal conçu d’avance et par après, décidément nul n’y aura jamais droit à une seconde chance, celle d’annuler le malencontreux événement, impossible de s’en défaire, d’effacer la tête à toto sur l’ardoise magique, oh non pas qu’il ait été question de jeter le bébé dans les eaux troubles d’un puits sans fond, non juste en transvasant le petit baigneur pour qu’il aille se faire pouponner ailleurs, sans l’avorter une fois certifié existant, juste en aspirant le malvenu, mais attention pas dans le tambour d’une lessiveuse, dans une machine à remonter le temps, et si c’était quand même faisable que l’enfant change de point de chute vu qu’il n’a pas eu lieu au bon endroit, eh bien 20% des procréateurs d’outre-Rhin pourraient ne pas se morfondre d’avoir œuvré à leur propre perte et d’en maudire la fatale fœtalité, il suffirait qu’on les débarrasse ni vu ni connu de leur bévue et en lègue l’encombrant souci auprès des dizaines de milliers de non-mères et non-pères qui dépeuplent la République Fédérale Allemande depuis plus d’un demi-siècle, et comme toutes ces amours nullipares, on les devine nombreuses, ces couples esseulés dans des voies sans issue, inexprimées en leur féconde volonté, frustrés du fruit imaginaire de leurs étreintes, combien sont-ils à se rêver parents et à ne l’être point, presque autant que de couples pris au dépourvu par le malheureux événement et qui auraient tant préféré que cet angelot tombé du ciel y retourne illico, d’ailleurs imaginons qu’entre ces deux échantillons minoritaires, une fois les proportions arrondies à la décimale supérieure, ça fasse un compte tout rond, disons 20% de part et d’autre, et ainsi le tour serait joué et le diable déjoué dans le moindre détail, alors si c’était à refaire sous cette bonne étoile, des nés par défaut et des hélas pas-nés, y’aurait harmonie totale des deux panels à égalité, sauf qu’il est malaisé de faire se correspondre les ordres de grandeur à la virgule près, et comme zéro enfant virgule six ou un enfant virgule quatre, ça ne se peut concevoir, le monde tel qu’il devrait tourner, de plus en plus rond, n’est pas près de se parfaire, en s’échangeant de gré à gré le pire et le meilleur, vice (ou vertu) versa, chacun selon des vœux complémentaires, et de fil en aiguille avec cette méthode idéale qui pourraient tricoter les générations à venir, une maille à l’endroit, une maille à l’envers, y’aurait autant d’enfants à naître ou ne pas être au final, et beaucoup moins d’effets indésirables, non ?



12 février 2018
[Factuels dilemmes & sens ubiques (1),
Histoire d’un graffiti bête et méchant.]

LE SAMEDI 11 MARS 1978, Claude François meurt d’électrocution dans sa salle de bain en milieu d’après-midi. La nouvelle est vite annoncée sur les ondes, provoquant un attroupement de fans inconsolables devant son domicile, 42 boulevard Exelmans. A l’écart de la foule en pleurs, quatre jeunes rockeurs, qui ont eu vite fait de rappliquer en bagnole pour se repaître du spectacle, lancent à la cantonade quelques sarcasmes, malséants à souhait. Décidément, l’idolâtrie ambiante les met en joie, à tel point que des agents de police, diligentés dans les parages pour contenir l’émotion populaire débordant sur la chaussée, enjoignent le quatuor de blousons noirs de déguerpir illico. Les voilà repartis vers la Bastoche et ses environs, leur terrain d’aventure depuis qu’ils sont gosses. Cette petite virée dans les beaux quartiers mérite quelques consolations sur le zinc et leur donne l’occasion d’afficher un mépris débonnaire pour ce « crevard du showbiz » à la voix nasillarde. On est tout juste la veille de premier tour des élections législatives, et comme le « programme commun » des socialo-communistes menace le parlement d’un raz-de-marée, ça fout la frousse aux bourgeois, raison de plus pour se sentir à la fête et improviser une brève de comptoir, parmi tant d’autres : « Claude François a volté ! » Sitôt dit, sitôt promis d’aller le faire savoir, à la bombe aérosol sur les murs avant de rentrer chez eux. Dont acte aux alentours de la mairie du XIIe arrondis-sement. En majuscules noires sur quelques façades en pierres
de taille.
L’anecdote m’a été rapportée récemment, par un des quatre loustics de l’époque, aujourd’hui bien propre sur lui, avec sa plaque de kiné ayant pignon sur rue, mais pas peu fier d’avoir commis un tel forfait scriptural. A ceci près, m’avoue-t-il, que le surlendemain, en page intérieure de Libération, après les gloses électorales sur le demi-échec de la gauche, figurait ce pied de nez nécrologique : Claude François : a volté.

ET QUARANTE ANS PLUS TARD, toujours la même interrogation sur ce point : le titreur de Libé a-t-il eu, à deux jours près, le même idée que ces soiffards satiriques ? Ou bien est-il tombé, entre-temps, de visu sur ce slogan graffité en sortant de chez lui ? Éternelle dilemme, faut-il privilégier la piste des hasardeuses confluences de l’inventivité, ou traquer partout une source première qui serait l’objet d’emprunts successifs ? Faute de pouvoir trancher, autant laisser en friche cette zone de non-droit d’auteur.



25 janvier 2018
[Images arrêtées & idées fixes
Rien à surligner, tout à impréciser.]



15 janvier 2018
[Sous le portrait-robot d’un criminel-né…
quelques pistes de lectures à contre-pied.]

Dans ce roman-puzzle, Encore heureux, la pièce manquante, Bruno Lescot, n’a jamais droit d’exister que par défaut, sous le prisme déformant d’un dossier d’instruction accablant, bref selon un portrait-robot établi à ses dépens et qui va le condamner à 25 ans de cavale. Mais outre « l’empreinte négative » de ses actes & traits d’esprit subversifs, le livre porte partout la trace d’une foultitude de signes extérieurs au destin très particulier de son pseudo-héros, comme autant de points d’intersection entre lui et les époques qui l’ont traversé de part en part, qui l’ont contraint à un certain exil intérieur. Parmi tant de détails qui élargissent les contours de ce personnage et devraient permettre aux lecteurs de se l’approprier comme bon leur semble, ces quelques brèves de mémoire glanées au fil des pages :

Un « attentat à la pudeur mutuel » dans une maternelle, la parution des aventures de Mafalda dans Charlie mensuel, la mise à la fourrière d’un scooter gris métallisé de marque Lambretta, le concept de « pervers polymorphe » selon Sigmund Freud, la persécution des jeunes albinos en Afrique sub-saharienne, le vote de la loi permettant le divorce par « consentement mutuel », l’arrestation par la police française de l’écolière Rachel Rochman le 16 juillet 1942, les « badges d’amour » du gourou Moïse David de la secte Les Enfants de Dieu, le passage à tabac homicide du lycéen antillais Lucien Maylon aux portes de l’hippodrome de Pantin, la traduction en espagnol du Nouveau monde amoureux de Charles Fourier, une interview exclusive de Jacques Mesrine dans Paris-Match, le journal du Collectif des fugueurs en lutte Le Péril jeune, l’enlèvement du richissime industriel Henri Lelièvre, la « cure de paroles » des toxicomanes à l’hôpital Marmottan, la grève des tickets-repas au Crous de Tolbiac, un concert punk de Métal Urbain au Gibus, la mort du sans-abris Alain Bégrand sur le parvis de la fac de Jussieu, la manie auto-accusatoire dite « syndrome d’anti-Stockholm », les graffiti Ni trop tôt ni trop tard nitroglycérine et Bienvenue au septième ciel, une collection d’affiche de Détective, les succès commerciaux de la Ritaline aux USA, les braquages « à mains désarmées » du Gang de postiches au début des années 80, l’inauguration du night-club Les 120 nuits près du métro Strasbourg Saint-Denis, un séjour clandestin à la clinique de La Borde, une thèse sur le pseudo peintre cubiste Torres Campalans, la création de la Brigade national de recherche des fugitifs, Rien qui ressemble à l’amour chanté à capella par Colette Magny… jusqu’au krach boursier des subprimes du 8 octobre 2008.



23 octobre 2017
[50 ans d’aphorismes urbains.
La collecte est devenue un bouquin.]

Après avoir relevé des milliers de graffiti textuels dans un recoin d’archyves.net, l’idée a mûri d’en rassembler la matière brute dans un livre, conçu avec l’ami graphiste Philippe Bretelle. Plusieurs mois de dinguerie maniaque pour établir la maquette définitive à quatre mains : un immense cadavre exquis sur trois colonnes par page, ponctué de quelques jeux typographiques extra-larges et d’une centaine de photos. Et voilà, ça sort en librairie le 25 octobre à prix aussi riquiqui que possible : dix-neuf euros. On peut aller en feuilleter quelques extraits ici-même.

Normalement, ce gros volume devait mettre un terme définitif à ma quête obsédante, sauf que non. Tant qu’il y aura des mots sur les murs, j’aurais du mal à faire l’impasse. Alors, comme depuis  septembre dernier, j’en ai déjà noté pas mal de bribes sur mes carnets et pris quelques photos, autant les mettre en ligne…
No copyright unlimited.

société tu m’auras pas…
[tu parles]
[NON… J’écris]
Lyon, bombage, mi-juillet 08

Dimanche est un jour pour se
venger des six autres
Chazay-d’Azergues (Rhônes-Alpes), bombage, mi-mars 14

CHAQUE PARTICULE DE MON CORPS
REFUSE CETTE TORPEUR SILENCIEUSE
Lausanne, 3 mai 14

GAGNER DU BLÉ PR QUE
MES RÊVES CÉRÉALISENT
Ancelle (Hautes-Alpes), bombage, juin 16

quoi faire
après
l’orgie
Paris XX, 26 juin 17

NEVER GROW UP !
Londres, Shoreditch, bombage, 8 août 17

Doubt
Anger
Madness
Paris xx, rue de la Ferme de Savy, bombage, 28 août 17

Il est interdit
de LIRE
Lyon, Croix-Rousse, sur trottoir, 2 septembre 17

LA RÉVOLUTION EST UN JEU D’ENFANTS
Paris XX, rue de la Mare, 5 septembre 17

Si l’on ne se respecte pas
entres NOUS pourquoi
est ce que les
GENS nous
respecteraient ?
Paris XIII, bd Vincent Auriol, bombage, 7 septembre 17

BE KIND
(PARCE QU’EUX)
Paris III, rue Turbigo, craie, 12 septembre 17

Sucer des bites
rend immortel
Guéret (Creuse), av. Fayolle,
près du théâtre La Fabrique, mi-septembre 17

JE
SERAI

TU SERAS

N’IMPORTE OÙ DEMAIN
Paris V, rue de la Clef, pinceau, mi-septembre 17
il n’y a rien de plus misérable
qu’économiser l’amour
Paris III, rue Montmorency, 16 septembre 17

HURLER DOUCEMENT
Montréal, plateau Mont Royal,
bombage, 17 septembre 17

L’UNION
FAIT LE TRAIT…
Paris XVIII, rouleau, 17 septembre 17

La seule façon
de s’en sortir
c’est de plonger dedans
Lyon, Croix-Rousse, pochoir sur trottoir, 20 septembre 17

Des mots de passe
sous les mots d’ordre
Paris XIII, bd Auguste Blanqui, 21 septembre 17

LES POTES
EN CIEL
Paris XIX, qua de Loire, papier collé, 24 septembre 17

vivre n’est pas
évident
Colmar, bombage, 26 septembre 17

NOUS SOMMES
LES
ACTRICES
DE NOTRE
VIE !
Paris X, rue Lucien Sampaix, 26 septembre 17

LE MONDE
EST A TOUT
LE MONDE
et oui. Ça fait beaucoup de monde
Paris X, près hôpital Saint-Louis, 27 septembre 17

SANS TOI, LES
ÉMOTIONS D’HIER
NE SERAIENT QUE
LA PEAU MORTE DES
EMOTIONS D’AUJOURD’HUI
Paris XVIII, rue La-Vieuville, pinceau,
Hippolito, 29 septembre 17

J’emmerde pôle emploi
J’veux être astronaute
Nantes, av. Pacaud, bombage, 1er octobre 17

LA FRANCE EST UNE AUTRE
Paris XVIII, rue d’Orsel, bombage, 1er octobre 17

Si ton cœur
est trop lourd
pose le et pars
[oui quand
je serai mort]
Paris XVIII,  rue Foyatier, txy, 3 octobre 17

LE METRO EST
UNE BOÎTE À
GENS QUI VA
TRÈS VITE
Paris IV, rue de Fourcy, 6 octobre 17

Les riches ne
savent pas !
Paris XVIII,  rue Marcadet, bombage, txy, 7 octobre 17

MYTHO$
Paris XI, rue de Montreuil, bombage, 9 octobre 17

PARDON
GÉNÉRATIONS
FUTURES
Montréal, Hochelaga, pochoir, 9 octobre 17

l’insolence de nos élus

Pas d’ordonnances
auto médication
Nantes, près Préfecture, bombage, 10 octobre 17

AH, JE T’AI
A JETER
ACHETER
Belgique, Charleroi, rue de la Montagne,
peinture, 10 octobre 17

Vive
l’ISF

D comme DÉCHET
R comme RUBBISH
H comme HARSCHLOCH !
Paris XIV, bombage, près Denfert-Rochereau,
bombage, 10 octobre 217

Pas d’feelings
Montréal, Hochelaga, bombage, 11 octobre 17

NON AU CDI MINUTE

FAINÉANT
MAIS
DÉTERMINÉ
Marseille, pinceau sur autobus, 12 octobre 17

VIVE LES GOUINES !!
Strasbourg, 12 octobre 17

Quand est-ce
qu’on casse
le schéma ?
Nantes, bombage, mi-octobre 17

déçu
des
sous
Paris V, rue Buffon, mi-octobre 17

C’est exactement ici que j’ai
appris que j’avais pas gagné au loto
Montreuil, Croix-de-Chavaux, mi-octobre 17

Et que fais-tu pour
les premiers de corvée ?
Paris XVIII, pinceau sur trottoir, 17 octobre 17

BRAQUER
LA PEUR
ENTRE DEUX
RESPIRATIONS
Paris XIII, bd de l’Hôpital, papier collé, 18 octobre 17

c’est nous les perturbateurs
du fond
de la classe…

HAMON
INSU

Respect du Désordre
Nantes, bombage, 19 octobre 17

NOS NUITS
N’ONT+ BESOIN
D’ÉTOILES POUR BRILLER
Paris XIII, bd de l’Hôpital, bombage, 18 octobre 17

Evolution ?
Chimp,
Chump,
Trump,
Extinction !!!
Lyon, près place Louis Chazette, pochoir, 20 octobre 17

WE
NEED
RESPECT
Paris XVIII, bd Ney, près camp sauvage
de migrants, bombage, 21 octobre 17

l’avenir est cuit cuit
Paris XIX, rue du Rhin, près dessin d’oiseaux, 21 octobre 17

NE TE LAISSE PAS
GOUVERNER
PAR DES CRAIES
Paris XIX, craie, 21 octobre 17



4 octobre 2017

[Dans l'œil du cyclone macroniste...
le risque d'une implosion défaitiste.]

Par-delà de l’état d’urgence ou de sidération
ne plus se laisser prendre pour des «on».



19 septembre 2017
[Pseudo-dico, idiot & logique
Extraits d’un livre en cours.]

Parmi d’autres textes courts en chantier, il y a ce petit opuscule : Pseudo Dico, idiot & logique, qui s’épaissit peu à peu, sans urgence ni échéance aucune.

Dans sa «pseudo-intro», j’ai essayé de revenir sur le «Comment du pourquoi » de ce projet qui hésite entre le goût du fautif et la faute de goût.

« […] Seul défi minimal, commenter chaque mot par association d’idées, esprit de conflagration, étymologie intuitive, amalgame accidentel, contresens inopiné, déduction analogique, méprise significative, sinon par défaut mineur ou faute d’étourderie. Et surtout, lâcher la bride, perdre contrôle, laisser sortir les bouts d’énoncé à l’oreille, faire confiance aux courts-circuits intérieurs, aux paradoxes venus d’ailleurs. Projet impur et simple, trivial et mégalo. D’où son sous-titre – idiot & logique – qui me revient de loin, l’éternel adolescent jamais lassé de singer les sapiences de l’homo academicus, avec force grimaces et effets de manches. […]
Tant qu’à se moquer du monde, attention à ne pas renier le bouffon en soi, faute de quoi la satire tourne vite au concours d’aphorismes édifiants. Et je n’ai pas le surplomb du moraliste de l’âge classique ou des récents adorateurs de feu Debord. Aucune envie de redresser les torts, de m’arbitrer donneur de leçons – ni même d’anti-leçons.
Le travail de subversion se situe ailleurs. Il suffit de jouer sur tous les malentendus, trahisons, décalages entre le mot et la chose, le vocable fossilisé et son référent d’origine, le moule du signifiant et sa réalité contrefaite. C’est mon principe de base: mettre en relief des hiatus poétiques. J’ai dû croiser cette drôle d’intuition entre 15 et 16 ans, à force de dévorer du Nietzsche en n’y comprenant qu’une ligne sur trois, puis en laissant décanter ma lecture d’alors. Et j’y suis encore fidèle, à ma façon bâtarde. Une fois détrôné le surmoi littéraire, tout redevient permis: métaphores bancales, alexandrins boiteux, citation détournée, faux amis volontaires, coq-à-l’âne ou amalgame abusifs. Ça passe ou ça lasse, peu importe.
Bien sûr, j’aurais pu faire le tri au départ, chasser la blague facile, neutraliser le calembour dérisoire, ne garder que le meilleur du début à la fin. Mais quand on vide son sac de vocabulaire, il vous passe de drôles de couacs par les méninges, et c’est souvent d’assez mauvais goût, entre autres foutaises et débilités. J’aurais pu me cacher derrière mon petit doigt d’auteur, mais l’idiotie a sa logique implacable.»

Pour se faire une idée du glossaire en question,
un bref aperçu de leurs entrées alphabétiques
avec ou sans issues d’aucun secours.

BÉNÉVOLAT : labeur sans le beurre.

BURN OUT : haut & bas latin, tripalium ou trip valium.

CHIRURGIE ESTHÉTIQUE : tout faux shop.

CLITORIS: la pulpe et le zest.

DÉMAGOGUE : qui me prend pour un « on ».

ÉGOÏSME : plus mesquin dénominateur commun..

GLANDER : unisex., se tripoter la glande pinéale (voir Grosso mollo & Flemme hard).

GUEULE DE BOIS : toupie or not toupie.

IMMOLATION : charbon de soi.

INSOMNIE : éclipse de sommeil.

LEADER D’OPINION : impérativ., connais-toi moi-même.

MARTYR : sujet/objet d’une pulsion morti-fière.

NÉO-COLONIALISME : de pire empire.

OUBLIER: perdre date.

OTTOMANIE : s’entêter à prendre « les Turcs » pour tête de Turc.

RÉCIDIVISTE : receleur de torts

REGRET: passe-temps pour mort-vivants

RESCAPÉ : dernière personne du pluriel.

RHÉTORIQUE : néant plus néanmoins.

STABULATION BOVINE : cow-working.

SUICIDE: de vie à très pas.

VIEILLESSE : retour de flemme

Pour aller feuilleter le livre in extenso, c’est ici même.



30 août 2017
[Comment sortir de sa cage,
en 33 arrêts sur mirages…]



17 avril 2017
[Quinze millions d’abstinents ou d’indécis,
rejoignons le parti (pris) des sans partis]

Bienvenue au Pari Mutuel Urnien

Des impératifs catégoriques affichés un peu partout…

Des clones en costard qui causent en notre «On»…

Des chantages martyrologiques millénaires…

Des hommes-troncs qui veulent nous audimater…

Une banalité de base impossible à oublier…

L’envie de ne plus choisir ni la carotte ni le bâton…

La tentation de voter pour le moins con, mais lequel ?

L’idée de procéder par élimination, mais jusqu’à quel point ?

Alors pourquoi pas perdre son temps
à voter pour un non-gagnant…?

Ce genre de casting c’est quand même assez déchirant, non ?

Si au moins on pouvait ajouter des nuances personnelles
sur le bulletin…

Plutôt donner son suffrage ou d’autres trucs
à des gens qui en ont besoin…

Mais attention à ne pas faire le jeu des politiques du pire…

Côté sécuritaire, on a eu les photocopies,
si on peut éviter de sa payer l’originale !

Même si y’en a plus que marre
du marché de dupes électoral…

Bref, ça prend la tête d’affiner sa tactique
en fonction du quarté de tête(s)…

Et les prédictions numérologiques,
ça ne marche pas à tous les coups…

L’abstention, ça se défend si on à d’autres desseins
pour ranimer la flamme des luttes sociales…

Par exemple, prendre rendez-vous quoi qu’il arrive dans la rue…

Avec tous les transgenres du Précariat représenté nulle part…

Sans avoir peur d’être traités
d’ultra-minoritaires irresponsables…

Surtout par les candidats qui promettent le retour
du plein-emploi stable payé au lance-pierres…

Bref, y’a plus à méditer dans ce graffiti
que dans leurs professions de foi.



3 janvier 2017
[Mieux vœux tard que jamais
Quelques oublis de l’An passé ?]

Grand blanc sur ce blog depuis l’été dernier. Et pour cause, on avait la tête à d’autres chantiers : une collecte de graffiti (Tiens, ils ont repeint ?! – 50 ans d’aphorismes urbains, à paraître aux éditions La Découverte fin 2017) et un roman au long cours qui m’occupe le cortex à mi-temps (pour les éditions de l’Olivier, disons plutôt, en 2018).


Histoire de conjurer ce silence à rebours, on signalera deux trois ajouts passés inaperçus sur ce blog.
Primo, le texte sur le «Peusdo-complot des Illuminati», paru dans le premier numéro du Crieur, dont on trouvera l’intégralité en format .Pdf ici-même.

Deuzio, un tract de mon cru qui a circulé durant le mouvement contre la Loi “Travaille!” et son monde, intitulé «Je sommes tou[te]s le cortège de tête», dont on trouvera copie dans ces parages.

Tertio, un texte de commande pour les 20 ans du prix Wepler à laquelle j’ai répondu au pied de la lettre en deux pages auto-fictives ainsi chapeautées : «20 ans sans les poussières». On pourra en lire un extrait ci-dessous ou l’intégrale prose sur pdf dans ce coin-ci.

Avoir vingt ans ça n’arrive qu’une fois dans la vie. On s’en voudrait d’en sous-estimer l’importance, d’en négliger la portée spirituelle, d’oublier une date si charnière. Dans mon cas, j’ai commencé à m’y préparer de longue date, dès mon seizième anniversaire. Quatre ans devant soi pour se peaufiner un caractère audacieux et abrasif, bref délibérément inoubliable, un profil sans trace d’acné parasite ni poils au menton, un portrait-robot assez recherché et encore fugitif de jeune adulte, aussi blasé qu’ingénu, à mi-chemin du futur gendre idéal vaincu par l’esprit de sérieux et d’un reliquat acidulé de frasques d’éternel gamin.
Parvenu à l’échéance biologique de la vingtaine, il allait falloir solder les comptes de l’enfance et devenir l’endetté chronique de tout ce qu’on manquera à être en chemin. Du moins est-ce ainsi que rétrospectivement je m’imagine pris entre le marteau et l’enclume, écrasé d’avance sous l’injonction d’un jour devoir m’embaucher quelque part mais prenant cette terrible perspective plutôt à la légère.
À vingt ans, j’étais encore cet arrogant rigolard qui, deux ans plus tôt, avait inscrit au fronton de ma classe d’hypokhâgne au Lycée Henri IV : LACAN EST MORT TOUT EST PERMIS. Le dandy-maître de la psychanalyse venait de casser sa pipe au lendemain de la rentrée scolaire, le 9 septembre 1981. Hasard malencontreux, un de ses petits-enfants trônait au premier rang, parmi d’autres grosses têtes molles. Entre ce rejeton outragé et moi, l’insulteur profane de son grand-père sévère, le pugilat fut évité de peu. Promu à mon corps défendant en cet établissement d’élite, j’étais donc un élève dilettante et insupportable qui préférait arborer le dernier gadget de Pif le Chien à l’heure de la pause récréative que feuilleter avec une négligence calculée une édition défraîchie de L’Être et le Néant. Huit mois plus tard, je ferai partie des énergumènes exclus d’office avec un tas d’annotations déplaisantes sur mes bulletins : « Mauvais esprit », etc.
Moi, le natif pur jus de la rive droite, hanté depuis l’enfance par la vue quotidienne de ce peuple de marchands des quatre saison, aristos de la clochardise et putains à martinet aux abords des Halles, j’allais migrer en banlieue, au peu coté lycée du Raincy, et parfaire mon inadmissibilité à Normal Sup. Dont acte, en m’y reprenant à deux fois. Et tant qu’à redoubler mon échec, en bonne compagnie, autant le faire avec panache, en enchaînant les nuits blanches arrosées de Zubrowska, en effeuillant mon cœur d’artichaut à la moindre occasion féminine, en agitant ici ou là un drapeau noir rétif à l’austère socialisme mitterrandien, en alternant sur ma platine les vocalises grinçantes de l’ironiste punk Johnny Lydon et le clavecin moins tempéré qu’il n’y paraît du baroqueux Monteverdi. Le cul toujours entre deux chaises : révision in extremis et dissipation chronique.

[…]



23 août 2016
[Images arrêtées & idées fixes
De quoi a-t-on pris congé
en ces confins vacanciers ?]



10 juillet 2016
[Images arrêtées & idées fixes
Enchaînement de figures libres (ou pas)
exposées au hasard de ce désordre-là.]

Bon été, où que vous soyez. M’en vais ouvrir mes mirettes loin de Paname & ses no fun’s zones.



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