Pour etre tenu au courant
de temps en temps


@ffinités





































































































































































































































































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18 avril 2014
[Images arrêtées & idées fixes
Machin truc bidule chose.]

De ne pas oublier d’écrire la suite.



14 avril 2014
[Relecture illustrée de Souviens-moi –
trente-sept fragments en images.]

Pour ne pas oublier que Souviens-Moi est paru il y a cinq semaines aux éditions de l’Olivier, j’ai rassemblé quelques liens critiques, enregistrements radio & documents annexes sur une nouvelle page d’archyves.net, c’est juste là.

Histoire de  renouveler les contraintes mémorielles de ce livre, j’ai choisi 37 fragments sur 370 pour leur associer chacun son image glanée sur le Net, au hasard de quelques mots-clefs combinés via un moteur de recherche.
Juste pour varier les plaisirs,
sens dessus dessous…


De ne pas oublier que, si ma mère n’a jamais voulu m’emmener au cirque, j’en ai longtemps ignoré la raison, avant d’apprendre qu’au début des années 50 elle avait assisté à la chute d’un trapéziste sur la place du marché de Saint-Maur-des-Fossés, accident fatal qui précéda de peu l’interdiction de toute démonstration publique d’acrobatie volante et autre funambulisme effectués sans filet de protection.


De ne pas oublier que certains papillons consument les charmes cycliques d’une existence entière en un seul jour.


De ne pas oublier qu’à partir de 1943, mon père ayant fait circuler sous le manteau des tracts bilingues prônant la désertion des Kamaraden de la Werhmacht, ces appels à la fraternisation révolutionnaire lui ont valu d’être pourchassé par la Milice pronazie puis par la Résistance « antiboche », et que cette légende familiale a dû m’initier très tôt à l’inconfort du libre arbitre, entre le marteau et l’enclume.


De ne pas oublier que l’envie de dérober le petit marteau brise-vitres qui trône aux extrémités de chaque wagon SNCF me vient de loin, des migrations familiales d’été en train auto- couchettes, mais que je n’y ai jamais cédé, faute d’en avoir eu l’audace ou l’outil approprié justement.


De ne pas oublier que la ritournelle fétiche de mes 13 ans, Porque te vas, ne signifie pas Pourquoi tu vis mais plus concrètement Parce que tu t’en vas, malentendu levé il y a peu et dont l’écart de signification reste à creuser.


De ne pas oublier que les policiers de la Goutte-d’Or,changeant soudainement de priorité sécuritaire au milieu des années 90, se sont mis à traquer les vendeurs à la sauvette de maïs grillé, confisquant braseros de fortune et sacs de jute où ces dangereux contrebandiers stockaient leurs épis de contrebande.


De ne pas oublier que, parmi la clientèle fortunée de Jacques Lacan, certains snobs poussaient le transfert mimétique à un tel degré de ridicule qu’ils se faisaient tailler sur mesure, chez le couturier Arnys, les mêmes chemises à col Mao que celles de leur maître étalon.


De ne pas oublier que la vue d’un autocollant ENLÈVEMENT DEMANDÉ sur la portière d’une voiture me replonge aussitôt dans le film clandestin de mon enfance, ce kidnapping en Technicolor qui s’improvisait au revers des routines familiales, où j’endossais tour à tour le rôle de l’otage puis celui du commanditaire d’un rapt qui risquait de s’éterniser, faute d’avoir encore su trouver, moi l’indissociable victime et cerveau du gang, le moyen infaillible de récupérer la rançon sans se faire prendre.


De ne pas oublier que, lors du premier procès de Pierre Goldmann, accusé du meurtre de deux pharmaciennes, mon père fut appelé à la barre comme « témoin de moralité », autrement dit caution universitaire pour une tête brûlée du gauchisme, mais que, outre passant son rôle en faisant état des propos incohérents du témoin à charge côtoyé deux heures durant dans l’antichambre du tribunal, il fut sommé de se taire puis expulsé, même si cet incident, inscrit dans ma légende familiale, ne figure dans aucun des livres publiés sur cette affaire.


De ne pas oublier qu’en cours de sciences naturelles l’idée de l’« infiniment petit », entraperçue au microscope dans tel postillon de salive ou telle rognure d’ongle, m’avait salement angoissé, alors que la précédente leçon, d’initiation à l’astronomie, m’avait laissé de marbre malgré le vertige qu’induit l’expansion perpétuelle du grand Cosmos.


De ne pas oublier les trois mots inscrits sur l’immense drap blanc suspendu entre deux balcons de la rue Saint- Antoine, lors de la manifestation intersyndicale du 1er mai 1977 : FÊTE DE L’ALIÉNATION, sous les huées des uns, les hourras des autres.

De ne pas oublier que si, aux yeux des tripiers et des vétérinaires, la cervelle d’agneau, comme le foie de génisse ou les rognons de veau, font organiquement partie des mêmes abats, théologiens et critiques littéraires préfèrent, eux, distinguer les hautes oeuvres cérébrales des basses oeuvres viscérales.


De ne pas oublier que, du temps où la piazza Beaubourg fourmillait de cracheurs de feu, avaleurs de sabres et autres briseurs de chaînes, j’avais accepté de grimper sur le torse nu d’un jeune bateleur étendu à même une litière de tessons de bouteille et promis d’y rester debout plus d’une minute trente, selon le compte à rebours du public alentour, sans savoir encore qui de moi ou du fakir sous mes pieds perdrait connaissance en premier.


De ne pas oublier que lors d’un récent salon du livre à Alger, parmi les titres censurés d’office par les contrôleurs chargés de filtrer à l’aide de mots-clefs les publications occidentales d’importation, figurait en bonne place La Bible du PC, un manuel d’informatique grand public soupçonné de prosélytisme soit évangélique soit communiste, ou pire encore, les deux à la fois.


De ne pas oublier qu’en faisant glisser mon visage de gauche à droite sur la vitre d’un photocopieur, entre deux cours à la fac de Jussieu, j’ai réussi cette fois-là à ne plus me ressembler du tout, ni de face ni de profil.


De ne pas oublier que, derrière cette fenêtre éclairée d’un néon blafard, plusieurs silhouettes féminines s’activaient déjà sur leur machine à coudre, face au balcon de la chambre d’hôtel où je me réveillais en douceur, prêt à arpenter les trois rives d’Istanbul jusque tard dans la nuit, avant de rejoindre le lit refait, avec ses draps propres et les feux jamais éteints de l’atelier de confection dont la rumeur lointaine bercerait bientôt mon sommeil.


De ne pas oublier que par deux fois ma défunte mère a bien failli brûler vive, prisonnière des flammes dans le cul-de-sac enfumé de notre cuisine, suite à un accident de friteuse, et que la scène repasse sous mes yeux chaque fois que je retombe sur l’expression « ne pas mettre de l’huile sur le feu ».

De ne pas oublier qu’à l’instar des petites idées qui nous trottent chaque jour dans la tête cent cinquante mille cheveux y poussent d’un centimètre par mois en hiver, et de près du double quand les beaux jours reviennent irriguer nos scalps d’une sueur fructifiante.


De ne pas oublier que, bien avant de se passionner pour la culture hip- hop, ou d’apprendre par coeur la chanson de Nino Ferrer, mon jeune fils a toujours voulu être un Noir, et que l’impossibilité de pouvoir jamais changer de peau l’a parfois frustré jusqu’aux larmes.


De ne pas oublier qu’un oeuf dur tourne plus rond sur lui- même que n’importe quel oeuf frais, à moins que ce soit le contraire, ça fait si longtemps que je n’ai pas renouvelé l’expérience.

De ne pas oublier qu’à Hiroshima l’écrivain Hara Tamiki, irradié de la première heure le 6 août 1945, s’est aussitôt mis à consigner dans un carnet chaque arbre aux feuilles rougies, chaque âme errante défigurée, chaque cadavre dérivant au fil de l’eau, carnet largement cité dans Fleurs d’été paru deux ans avant son suicide en 1951, mais dont les premières pages manuscrites, si souvent filmées et photographiées depuis, lors de reportages commémoratifs, se sont peu à peu effacées, la plupart des caractères ayant fondu au blanc sous l’effet des flashes et des sunlights.


De ne pas oublier que mon père, invité à débattre aux Dossiers de l’écran du phénomène des rumeurs, en compagnie d’Edgar Morin et d’autres sommités en cravate, a passé l’entière émission à prendre des notes, ne se décidant qu’in extremis à demander la parole, mais un peu tard puisque le générique de fin était déjà lancé, et qu’il ne nous avait donc servi à rien de veiller en famille devant le poste de télé d’un voisin.

De ne pas oublier qu’au 49 rue de Bretagne, en lieu et place de l’actuel supermarché Franprix, se tenait un cinéma d’art et d’essai qui, fin 70, programmait toujours le même film, Les Yeux de Laura Mars, dont l’affiche m’épouvantait d’avance, à tel point qu’il m’a fallu attendre trente ans pour louer le DVD et y découvrir Faye Dunaway en photographe glamour victime d’hallucinations prémonitoires.


De ne pas oublier cette strophe de L’Internationale, si rarement reprise en choeur qu’on la croirait vouée aux poubelles de l’Histoire, là où j’ai dû m’entêter à la repêcher in extremis : « S’ils s’obstinent ces cannibales / à faire de nous des héros / ils sauront bientôt que nos balles / sont pour nos propres généraux ».


De ne pas oublier que, pendant ces vacances passées à deux pas d’un zoo, ayant pris l’habitude d’accompagner le gardien dans sa tournée matinale pour changer l’eau et remplir les gamelles, j’ai cru bien faire en tendant quelques pattes de poules au travers des barreaux à l’ours brun qui n’en demandait pas tant, et m’aurait arraché le bras d’un seul coup de griffes si l’on ne m’avait fait basculer à la renverse, hors de danger, malgré mes naïves protestations, puisqu’à mes yeux ce grand nounours en peluche ne me voulait que du bien.


De ne pas oublier ce principe de base imprimé sur leurs presses clandestines par les fondateurs du Comité d’Autodéfense sociale (KOR) après la répression des grèves sauvages de 1976 en Pologne – Ce que nous faisons ensemble est meilleur que la plupart de chacun d’entre nous… –, et le reproduire ici pour en préserver la mémoire collective aussi longtemps que possible.


De ne pas oublier que, à l’instar du mystérieux pyromane qui défrayait la chronique de l’hiver 74, incendiant par dizaines des Citroën Méhari – cette minijeep décapotable dont la carrosserie ondulée, jaune citron ou orange vif, ressemblait à un jouet grandeur nature –, j’ai pu constater par moi- même, devant celle qui était garée dans ma rue, qu’une fois ôté le bouchon du réservoir d’essence ce serait presque un jeu d’enfant d’y glisser une torche enflammée, sans oser passer à l’acte ce soir-là, mais avec un soupçon de regret au petit matin, face à l’épave calcinée par d’autres mains.


De ne pas oublier que j’ai dormi très longtemps « en chien de fusil » non sans me demander, en vain, de quel clebs aux aguets il pouvait bien être question.


De ne pas oublier que, non loin des studios montreuillois où Méliès s’était amusé, vers 1900, à balancer une fusée dans l’orbite droite de la face lunaire, le réalisateur Joachim Gatti a été visé en pleine gueule puis éborgné par le tir de flash- ball d’un agent de la BAC de Montreuil, le 8 juillet 2009, et que je ne sais trop quoi faire de ce rapprochement, entre illusion d’optique et cinéma du réel.


De ne pas oublier qu’au moment d’entamer ce nouveau fragment j’ai cru réentendre dans mon dos le souffle glaireux, poussif mais régulier de ma mère, à l’hôpital Saint- Louis, quand elle résistait à sa surinfection pulmonaire sous masque respiratoire, alors que non, fausse alerte, après vérification dans la chambre à côté, il s’agit du fer à repasser qui soupire sa vapeur à vide faute d’eau dans le réservoir, pour me prévenir des risques et périls qu’il y aurait à ne pas le débrancher avant de partir.


De ne pas oublier que, si vous répondez trois cent soixante-cinq jours d’affilée à la même question – « Comment ça va ? » – en cochant parmi ces quatre cases – Trop bien, Bof bof, Grave mal, Néant –, vous aurez ainsi obtenu la courbe d’humeur de votre profil maniaco-dépressif au cours d’une année pleine, avec une marge d’erreur humaine quasi nulle.


De ne pas oublier que mon père est mort cinq ans après la mise en circulation dans onze pays des premiers euros, mais qu’à partir d’une « brique » – entendez « cent mille balles quoi ! » – il comptait toujours en anciens francs, quelques semaines avant son décès, à l’heure de modifier in extremis son testament aux dépens de ses deux enfants.


De ne pas oublier que, à peine quitté des yeux les hautes verrières de l’ancienne SAMARITAINE, en redémarrant au feu vert, j’ai commencé à déplacer mentalement les lettrages géants du grand magasin désaffecté pour y découvrir l’anagramme secret qui saurait me porter chance, mais que, en longeant le Père- Lachaise, j’hésitais toujours entre plusieurs combinaisons possibles, même abusives ou incomplètes, dont la plupart m’étaient déjà sorties de l’esprit en arrivant devant chez moi, à Montreuil, sauf ces deux messages d’assez mauvais augure : RITA NE S’AIME PAS ou MARIE TES HAINES.

De ne pas oublier que, en vidant un grenier de famille, j’ai découvert au fond d’un coffre en bois une centaine de pains de savon de Marseille, soit le reste du stock que mon grand- père, libéré après quatre ans de stalag, avait acheté dès la fin du rationnement, pour ne plus jamais entendre parler d’ersatz à base de saindoux et autre pierre ponce en poudre, ni des manigances du marché noir, pour se sentir propre jusqu’au bout de sa vie.


De ne pas oublier que mon prénom, a priori masculin, n’a pas d’autre équivalent phonétique en anglais que celui de la toute première des femmes sur Terre, en l’occurrence Eve.


De ne pas oublier que mes deux enfants sont nés trop tard pour avoir connu cette époque où les phares de voitures scintillaient d’un jaune vif, de la même teinte que le motif du gadget dans l’hebdomadaire Pif le chien.


De ne pas oublier que, suite à cinq semaines d’hospitalisation, la nécrose lui ayant noirci phalange après phalange l’extrémité des deux mains, ma mère finissait par avoir les doigts crochus d’une sorcière, tandis que son visage comateux conservait les traits insondables d’une belle au bois dormant.



5 avril 2014
[Devise officielle & cynisme réel
La gauche à côté de la plaque.]

Sur le fronton des écoles, j’écris ton nom…



1er avril 2014
[À rebours du Street art carriériste,
le muralisme poético-enragé
de feu Zoo Project (1991-2014)
va beaucoup nous manquer.]

Bilal Berreni a passé son enfance dans l’Est parisien, entre Belleville et le quartier Saint-Blaise, avant de prendre les pinceaux dès l’âge de quinze ans pour dessiner à l’air libre, puis de s’inventer un blaze de peintre mural vers 2009 : Zoo Project. S’en suivent deux années d’intense activisme pictural entre Stalingrad et le Père Lachaise, renouvelant sans cesse son bestiaire chimérique (homme-oiseau, homme-mouton, homme-singe, etc) ainsi que ses clones humanoïdes aux cerveaux à ciel ouvert, dupliqués au doigt et l’œil par l’ordre social.
J’avais repéré quelques-unes de ses fresques à cette époque, lors de balades en scooter.

Jusqu’à tomber sur lui, non loin de la porte de La Chapelle, en train de ripoliner un drôle de tête-à-tête entre deux trépanés. Il m’avait permis de le portraiturer à l’ouvrage, de dos, tout en me racontant ses astuces et galères au quotidien.

Le lendemain, j’ai pu constater que, comme à son habitude, il avait ajouté au tableau urbain un aphorisme de son cru :

En janvier 2011 paraissait dans Article 11 un magnifique entretien du «pirate» mural par Lemi. On la trouve encore en ligne ici.
Au fil de la conversation, l’artiste de rue, du haut de ses 20 balais, brossait en quelques mots bien sentis son refus de céder aux sirènes du Street Art institutionnel : « C’est vrai que les gens commencent à parler de moi, à me proposer des expos. Beaucoup s’imaginent que je vais suivre la voie toute-tracée du street-artiste : tu peins énormément dans la rue pendant un an, puis tu exposes et tu dis adieu à la rue pour toujours. C’est la meilleure manière de perdre toute liberté et créativité. […] Quand tu bosses dans la rue, l’important est d’exposer ta révolte aux yeux de tous, de ne pas la garder pour toi ou un petit cercle. Pour être intéressant, il faut rester sauvage, irrécupérable. Voilà pourquoi je refuse les projets légaux. C’est d’abord une démarche politique, avec ce rêve de contribuer à réveiller une population endormie. Ça peut paraître présomptueux, mais je sais que ma position ne variera pas : les milieux arty me débectent vraiment trop… »
La suite de sa courte existence ne l’a pas démenti. Dès mars 2011, attiré par les premiers éclats de la «révolution dégage» en Tunisie, il se rend sur place. Et ce franco-algérien d’origine commence par s’immerger dans les milieux insurgés avant d’entamer une série de personnages détourés grandeur nature sur carton, en l’occurrence les centaines de morts de l’insurrection partie de Sidi Bouzid. Ces silhouettes servant parfois à de nouvelles manifestations pour les jeunes contestataires trahis de toutes parts.

S’approchant ensuite de la frontière libyenne, non loin de Ras Jedir, il va passer plusieurs semaines à Choucha, un camp de réfugiés où il va peindre sur tissu des centaines d’étendards à l’usage des déplacés alentour.

Durant l’année 2012, L’activiste reprend du service dans ses quartiers parisiens, en électron plus libre que jamais, hors galerie arty, hors champ tout court. On lui connaît une échappée belle en Russie, pour fêter le 1er Mai à Odessa, avec le vidéaste Antoine Page, histoire d’étendre une mutltitude d’étendards sérigraphiés au-dessus du célèbre escalier de Potemkine. On trouvera d’autres images ici.

Et puis sa trace se perd dans les friches urbaines de Détroit au début de l’été 2013. Le mystère vient d’être levé. Assassiné d’une balle dans la tête, son corps attendait depuis des mois d’être identifié à la morgue. Sa mort violente provoque émotion, article louangeurs, le début d’une légende posthume dans le milieu du Street art, et bien au-delà. Mais, pour l’honorer au plus près de lui-même, il ne faudrait pas oublier que de son vivant, il est demeuré rétif à toute récupération, normalisation, commercialisation de sa pratique clandestine. D’où l’envie ici de rendre hommage à un aspect rare et peu valorisé de son travail, son goût d’accoler du textes à ses imageries fantasques. Bref, sa poésie subversive qui fait tant défaut aux carriéristes des arts de la rue.
Salut à toi et Repose En Peinture…

on est rarement
ce que l’on croit être
[Paris, août 09]

dans mon kartier
soit on grandit trop vite
soit on reste des mômes

être dans les statistiques
faire 1 bébé
et demi
[Paris XI, avenue Jean Aicard, mi-septembre 09]

non aux frontières
à sens unik
[Paris XIX, 3 octobre 09]

détache-toi
[Paris XI, bd Richard-Lenoir, 6 octobre 09]

pas encore d’ici
plus jamais de là-bas

[Paris XIX, rue Clavel, mi-octobre 09]

le silence est d’or
le bruit est de béton
[Paris, Pont National & Bd Poniatowski, novembre 09]

j’ai mal à mes racines
[Paris XII, novembre 09]

les oreilles
ont des murs
[rue Oberkampf, décembre 09]

parlez
à vos voisins
[Paris X, quartier République, février 10]

il y a 1 flic en nous
tuons le
[Paris XX, mi-février 10]

c’est assez bien d’être fou
[Paris XX, bd de Charonne, fin février 10]

arrêtons de s’espionner
[Paris XVIII, bd de La Chapelle, fin mars 10]

à défaut d’être au dessus
de tout le monde, on veut
être comme tout le monde
par peur d’être en dessous
[Paris III, rue du Renard, avril 10]

Tatoué par la rue

quand t’es môme
pour être quelqu’un
il faut être plusieurs

Belleville kids
[Paris XX, Bas-Belleville, avril 10]

un voyageur sans bagages
n’a pas forcément la tête vide
[Paris XIX, mai 10]

on apprend plus dans
une nuit blanche que dans
une année de sommeil
belleville nights
[Paris XX, angle rue du Liban & rue Julien Lacroix, juin 10 ]

gare aux
gorilles

hommes
[Paris XX, Belleville, mi-juin 10]

ne plus en pouvoir [d’achat]
[Paris XIX, fin juin 10 ]

ne demandez jamais votre chemin
à quelqu’un qui le connaît
vous risqueriez de ne pas vous perdre
[Paris XIII, bd Vincent Auriol, août 10]

j’ai hurlé des mots
j’ai crié sur les toits
société, tu m’auras pas
c’est assez bien d’être fou
[Paris XIX, août 10]

qui promène son chien
est au bout de sa laisse
[Marseille, Cours Julien, fin novembre 10]

je ne me laisserai pas endormir
dans ma cité dortoir
[Paris XIX, fin novembre 10]

ce n’est pas toujours
l’exploitation de l’homme par l’homme
c’est parfois l’inverse
[Paris, bd de la Villette, janvier 12 ]

la misère ne tombe que sur les pauvres
[Montreuil, rue de l’Eglise, février 12]



10 mars 2014
[L’invention de la cage anti-SDF
par un Centre des Impôts parisien.]

Il y a presque un an et demi, Florian – un sans-abri d’origine italo-roumaine qui avait trouvé refuge depuis quelques mois dans un recoin jouxtant le centre des Impôts au 14 de la rue Michel le Comte [Paris III] –, est décédé d’un brutal arrêt cardiaque, dans la nuit du lundi 24 septembre 2112, à l’âge de 36 ans. Ses compagnons d’infortune et quelques riverains qui appréciaient sa façon bohème (mais peu bourgeoise) de jouer des airs balkaniques à la guitare sèche ou d’entonner quelques chansons à boire, ont, dès le lendemain de sa mort, improvisé sur place un autel à sa mémoire, avec des dizaines d’affichettes scotchées au mur et tout un tas de bougies ou de fleurs par terre, sur cette bouche d’aération où il empilait carton et sac de couchage pour y sommeiller en plein air.

Évidemment, ce lieu de recueillement public n’a pas conservé pignon sur rue très longtemps. Routine hygiénique oblige, les employés de la Propreté de Paris ont eu vite fait de disperser un tel vrac de souvenirs au Kärcher. J’y avais déjà consacré un petit reportage sur le vif ici même.

Reste que cet élan de générosité alentour a contribué à faire rapatrier le corps du défunt au pays (des Carpates). Faute de quoi il aurait fini au « carré des indigents » du cimetière de Thiais (Val-de-Marne) où le collectif Les Morts de la rue s’efforce désormais d’organiser des obsèques, maintenant qu’un semblant de sépulture individuelle a remplacé la traditionnelle fosse commune.

Depuis lors, en ce même renfoncement du 12 rue de la rue Michel, plusieurs sans-logis ont élu leur domicile précaire au gré des coups de froid, des records de pluviométrie ou des pics de canicule. C’était encore le cas il y a mois comme j’ai pu le vérifier en filant une clope au résident du moment. D’où ma surprise en apercevant la semaine dernière que de hautes grilles avaient été érigées pour condamner cette zone de repos précaire. Qu’on en juge de visu.

Il s’agit bien d’une cage anti-SDF, scellée profond dans le trottoir et clôturant cet angle mort, afin d’en interdire l’accès aux amateurs de « mendicité agressive », selon l’expression hélas consacrée. On connaissait les divers stratagèmes du mobilier urbain pour empêcher la station assis ou couchée des « parasites sociaux »…

Mais là, un nouveau pas est franchi avec ce genre d’innovation zootechnique : grillager une portion de la voirie pour enfermer les sans-logis dehors ! Privatiser deux ou trois mètres cube de l’espace public pour éviter que s’y installe un « profiteur de l’assistanat ». Construire en 3D un sas d’exclusion exemplaire au cœur du Marais dévolu au tourisme de masse. Et répondre par avance à toute objection en ces matières ditres humanitaires : plutôt rien qu’un moins-que-rien.

Difficile d’effacer les traces de la barbarie à l’œuvre derrière ces barreaux. Une main inconnue a même tenté de recoller le vestige d’une rose in situ.

Autre détail troublant, sur le cadenas maintenant verrouillée cette exposition édifiante, un couple d’amoureux y a déjà inscrit les initiale de leur idylle, sans penser à mal.

Quant au responsable de cette mise sous séquestre de ce bout de trottoir, il suffit d’interroger un commerçant limitrophe pour obtenir la réponse: « C’est le Centre des Impôt qui s’est plaint de trouble de voisinage…»

En fait le Centre des Finances Publiques, comme il est indiqué sur une affichette depuis la fin des travaux.

Quant au grossiste en bijoux fantaisie et autres tours Effeil miniatures, sur le trottoir d’en face, ça ne lui a pas porté chance. Il a dû faire faillite peu après la mort de Florian, à en juger par sa vitrine passée au badigeon blanc et aux lettres manquantes de sa raison sociale.



26 février 2014
[Images arrêtées & idées fixes
Transhumances vacancières.]

Du levant au couchant, et réciproquement.



12 février 2014
[Images arrêtées & idées fixes
Fleurs de bitume brûlant
l’artifice de tous leurs feux.]

Rouler au plus près de ses illusions d’optique.



3 février 2014
[Abécédaire / cinquième série —
Vingt-six façons de visiter archyves.net
Chemins de traverse & issues de secours.]

A comme Adages Adhésifs

[Stickers – Art du bref – Parasites verbaux
Bribes de sens – Dissémination urbaine ]

Rendez-vous ici & .

B comme Balance ou Bélier

[Horoscope – Oracles – Signes zodiacaux
Conseils devinatoires – Prophéties & Cie ]

Rendez-vous ici même.

C comme Crachés (portraits)

[Singulier pluriel – Arte povera – Ébauche
Existences potentielles – Système d’échos
]

Rendez-vous ici & .

D comme Détournement

[Contre-emploi publicitaire – Palette graphique
Lapsus visuels – pseudo Logo – Satiété du Pestacle
]

Rendez-vous ici ou ou ailleurs.

E comme Exhumer (prière d’)

[Sainte-Rita – Causes perdues – place Blanche
Babil bistrotier – Homme de ménage – Blackout
]

Rendez-vous ici même.

F comme Facho (newlook)

[Banalisation rampante – Propagande décomplexée
Bébête & immonde – Beaufitude & peste brune
]

Rendez-vous ici même.

G comme les Gauchers (sur scène)

[Contre-légendes urbaines – Oralité réinventée
Récits collectifs – Déjouer ses propres règles
]

Rendez-vous ici même.

H comme Homophobie (stalinienne)

[Van der Lubbe – Effet pervers du complotisme
Portrait-robot du « pédéraste petit-bourgeois »
]

Rendez-vous ici même.

I comme Irrésolutions permanentes

[Fausses-bonnes intentions – Velléités – Infinitif
Procrastiner – Serment d’hypocrite – Juste fais-le
]

Rendez-vous ici même.

J comme Jamais contentes

[Mouvement autonome des femmes – 1979
Mère célibataire – Salaire social – MLF ?
]

Rendez-vous ici & .

K comme Kärcher (censure au)

[Ravaler la façade – Journal mural
rue de Chantilly – Honte sociale
]

Rendez-vous ici même.

L comme Lapsus

[Singes savants – Hors droit d’auteur – Oups
Mot d’esprit – Acte poétique & acte manqué
]

Rendez-vous ici même.

M comme Même (en revenir au)

[Arnaud Lesage – Coïncidences rétrospectives
Minimalisme incendiaire – Renaître de ses cendres
]

Rendez-vous ici même.

N comme Noir (le sang)

[Louis Guilloux & L.-F. Céline
Une guerre dite pour une autre
]

Rendez-vous ici même.

O comme fiascO (photo-)

[Déclic à retardement – Image empêchée
Non-événement – Perdu de vue – Hors cadre
]

Rendez-vous ici ou ou ailleurs.

P comme Paraboles

[Algérie – Rumeurs à la chaîne – Toit terrasse
Zapper sans visa – Temps mort – Couvre-feu
]

Rendez-vous ici même.

Q comme Qui Que Quoi Qu’est-ce ?

[Pessimisme radieux – Erreur system
Tous azimuts – Patchwork in progress
]

Rendez-vous ici même.

R comme Réal (Grisélidis)

[L’année 1954 – Suzi Pilet – Lausanne & Genève
Maurice Chappaz – Portraits de femmes bohèmes
]

Rendez-vous ici même.

S comme Spectres (la compagnie des)

[Lydie Salvayre – Huis clos & huissier
Divan confisqué – Auto-enfermement
]

Rendez-vous ici même.

T comme Tractatus politicus

[Tracts – Papillon – Flyer – Non-encarté
Seventie’s not dead – Électrons libres
]

Rendez-vous ici même.

U comme Urbanité (& incivilité)

[Broken window theory – Tolérance zéro
Répression préventive – Politesse d’Ancien Régime
]

Rendez-vous ici même.

V comme Vœux (à Volonté)

[Contrefaçons – Bonne année
Carte postale – Fête & défaite
]

Rendez-vous ici même.

W comme the Wire (& street voice)

[Baltimore – Homless & junkies – Série TV
Envers du décor – Subjectivité policière
]

Rendez-vous ici même.

X comme seXe tarifé

[Prostitution & pénalisation – Rendre invisible
Credo abolitionniste – Émancipation collective
]

Rendez-vous ici même.

Y comme métonYmie anatomique

[Mannequinat – Lèche-vitrine – Va-nu-pieds
Pièces détachées – Tronc commun – Tête en l’air
]

Rendez-vous ici ou ou ailleurs.

Z comme Zoom animalier & Zones d’ombre

[Petites différences – Serial posters – Déjà vu
Échantillonnage – Bribes de réalité – Photos
]

Rendez-vous ici ou ou ailleurs.

Retour au quatrième abécédaire
[mars 2013], c’est par là.

[Affiche – Binômes (icônes) – Céline (& bad Cie) – Debord (guy) – Esprit satirique (misère de l’) – Fiasco (photo-) – Gauchers (les) – Hors sol – Invention de la giraffe – Jésus (alias) – Karma – Lecture en diagonale – Mimétique (art) – Nostalgisme – FrOnt hOmOsexuel d’action révOlutiOnnaire – Perec (georges) – arnaQue – Rien (plutôt que) – Santé (prison de la) – Tag (Tag-au) – Urbaines (légendes) – Vroum vroum – Wallet (bernard) – X (mort sous) – diapositYves – Zazie ]

Retour au troisième abécédaire
[octobre 2012], c’est par là.

[Aveugle (lycéens) – Bref (art du) – Contradicton – Dactylographe (singe) – Érable (printemps) – Fake & plagiat – Grisélidis Réal – ortHograpHe (réforme de l’) – vertIcales (éditions) – Journal mural – Kultur & Kapital – Liabeuf – Muraux (arts)– carabiNier (les)– Œil (histoire de l’) – Perdu (avis de recherche) – Quatrième de couverture – Rue du Renard (sise 15) – Servet (benjamin) – Tracts (biblio-) – Underground (seventies USA) –Variétés – Work (or not to) – eXhumer (prière d’) – triptYque & diptYque – tarZan (moi pas) ]

Retour au deuxième abécédaire
[mai 2012], c’est par ici.

[Après-demain – Baltard (pavillons) – Cochon (Georges) – Démission (lettres de) – Elvis (de Médicis) – Façadisme –  Gondole (tête de) – Harlan (Thomas) – Intermittents de l’emploi – Job (bon ou mauvais) – fucK (what the) – Logo – Miss France vue de dos – Nuit (voyage au bout de la) – Odéon (occupation de l’) – Pitié dangereuse – PolitiQue & poétiQue – seRial posteR – Slogans – Trenet (Didier) – Usuel & Ustensile – Van (Jules) – Water-closet – X (fils de) – hYpothèse – paparaZZi.]

Retour au premier abécédaire
[janvier 2012], c’est par ici.

[Arslan (Yüksel) – Badges – Crise (vive la) – Dico (pseudo-) – Eléphant (défense d’) –
Faurisson (Robert) – Graffiti – Hennig (Jean-Luc) – Inconduite (leçons d’) –
Jeunesse (Front de Libération) – Kibaltchitch (Alias Victor Serge) – Losfeld (Eric) –
Marinus van der Lubbe – aNormaux (impossibilité d’être) – Oublier (de ne pas) –
Pouvoir Point – hocQenghem (Guy) – Roms et Recyclage – Son (mur du) –
Téléphonique (cabine) – Umour (noir & blanc) – Voïna –
Witold (Gombrowicz) – seXisme ordinaire –
bYographie (auto-) – Zyeuter.]

Pour être tenu au courant du prochain Abécédaire,
il suffit de s’inscrire en haut à droite du
Pense-bête.

À une prochaine…




27 janvier 2014
[Le Street Art dans tous ses états
Censure municipale et privatisation arty,
sur le mur du 15 rue du renard (suite).]

Depuis juin 2010, j’ai choisi un mur parmi tant d’autres – le renfoncement d’une sortie de garage, au 15 rue du Renard, à mi-chemin du centre Beaubourg et de la place de l’Hôtel de Ville –, où photographier sous le même angle les métamorphoses d’un angle mort urbain investi par des adeptes du graffiti, du pochoir ou de l’affichisme éphémères. On en avait déjà rendu compte dans un article,de septembre 2013, mettant en regard ce principe d’exposition sauvage et les espaces labellisés du Street Art officiel, comme ces quelques mètres carrés que l’association M.U.R. s’est fait concéder à l’angle de la rue Oberkampf et de la rue Saint-Maur, petit îlot branché pour happy few de la mouvance – un tel Graffitik Park en liberté très surveillée servant aux autorités municipales à justifier partout ailleurs l’éradication des autres expressions murales, renvoyées dans le même sac d’un vandalisme dégradant.
Revenons à notre spot non-autorisé, au 15 de la rue du Renard. Depuis l’automne 2013, une quarantaine de photos (à voir plus loin) témoigne des motifs qui n’ont cessé de s’y déployer, côtoyer, parasiter dans une succession irrégulière, mais moins chaotique qu’il n’y paraît, comme autorégulé selon un processus immuable. Sous la pression des riverains outragés, les nettoyeurs de la mairie de Paris ont en effet décollé, effacé puis repeint douze fois en une seule année ce même mur. Et c’est très paradoxalement, ce rituel hygiéniste – tel un running gag sisyphéen – qui permet le renouvellement perpétuel de ce lieu d’exposition illégal. Chaque passage au kärcher, chaque remise à nu, chaque ripolinage au gris redonnant ainsi aux activistes du papier collé ou de la bombe aérosol une surface «propre» à leur appropriation, un aplat idéal qui leur sert de toile de fond.… et ainsi de suite. Éternel ressort dialectique entre censure monochrome et inventivité polymorphe, selon les secrètes superpositions d’un palimpseste à ciel ouvert.
On remarquera cependant que cette modeste Zone de créativité temporaire connaît d’autres écueils, abus ou limites. Entre autres pierres d’achoppement, la privatisation de cette friche murale pour une seule et même artiste – Konny Steding – dont les sérigraphies néo-punk, aux effigies rebelles convenues,  laissent peu de place aux tags in progress barbouillés par d’autres petites mains anonymes, occupent le terrain sans trêve ni répit, bref monopolisent ces quelques mètres carrés pour en faire la vitrine officieuse de ses vernissages d’artiste. Quand le hors champ des marges se fait la nique, en singeant les pulsions dominantes de l’arrivisme autopromotionnel, La preuve par l’image, en photo-feuilleton, ci-dessous.



En guise d’épilogue provisoire, ce nouveau collage in situ, où se dévisage quelques chose de nous-mêmes. Tout un programme emblématique.

Avant qu’on les effaceurs d’encre murales ne viennent remettre les compteurs à zéro.



21 janvier 2013
[Images arrêtées & idées fixes
Lettre ouverte sur l’odeur du temps présent.

La (F)rance mise à nu par ses identitaires même.



15 janvier 2014
[Le Street Art dans tous ses états
Les graffitis de juin 68 à nos jours…
rapport d’étape d’une collecte en cours.]

Les inscriptions murales du printemps 68 font désormais partie d’un folklore patrimonial sans lendemain. Et pourtant, des seventies à l’immédiat aujourd’hui, les graffitis n’ont pas cessé de proliférer, se renouveler, passer de main en main, n’en déplaise à ceux qui voudraient traiter les tags au Kärcher sous prétexte de vandalisme autistique. Alors, pour donner à voir la permanence clandestine de ces expressions sauvages depuis quatre décennies, on a fureté à tous les coins de rue, traqué les bribes de phrases à la craie, au marqueur ou à la bombe dans des livres, des revues, des archives photo et, plus récemment, parmi les sites consacrés au « Street art », malgré l’indifférence manifestée par les pros du Graff pour la créativité textuelle qui continue d’exister à rebours du carriérisme narcissique de ce milieu, obnubilé par le colorisme XXL à l’aérosol et la monomanie du blaze territorial. N’empêche, ici ou là, les murs ne cessent de prendre la parole, de produire du sens, entre mots de passe urbains et petites annonces anonymes, il suffit de prêter attention par exemple au renouveau du pochoir ironique & subversif sur les bords de la méditerranée ou en Amérique Latine, en passant par les petits mots doux & rageurs qui font des petits un peu partout : à Niort ou Melbourne, Strasbourg ou Brooklyn, Marseille ou Montréal, Paris ou Saint-Ouen, même si l’efficacité implacable de la vidéosurveillance et des équipes de nettoyage privées ou municipales gagne chaque jour du terrain.
D’où cette compilation numérique, comme un chantier à ciel ouvert, qui voudrait recenser ces bribes d’écritures malhabiles, potaches, dyslexiques, absconses, lapidaires, lacunaires, puériles ou sidérantes, glanés depuis quelques années sur des sites web ou, pour les plus contemporaines, avec mon appareil photo toujours prêt à saisir au vol d’inédites inscriptions, sans oublier l’aide précieuse de quelques comparses amateurs qui me font partager leurs découvertes.
Entamé il y a 3 ans, ce recueil provisoire compte déjà plus de 3700 graffitis distincts – transcrits tels quels, datés et localisés autant que possible. Nul souci d’exhaustivité dans cette collecte, puisque la tâche est par nature infinie, juste le work in progress d’un recensement partiel & partial, qui un de ces jours deviendra peut-être un gros bouquin, mais dont on peut déjà feuilleter ou télécharger la somme de plus de 300 pages en format pdf ici même…

Et dans la foulée, pour donner envie à quelques transcripteurs dilettantes de me prêter main-forte, pour enrichir la liste de leurs trouvailles in situ ou pour en inventer d’autres à taguer par ses propres moyens, on lira ci-dessous quelques messages & aphorismes plus ou moins récents extraits de ma collecte, piochés parmi tant d’autres.

transport payant =
vol sur le salaire

[Paris, station de métro après sabotage des composteurs, juin 78 ]

jesus est mort!
t’inquiètes pas!
il est aussi ressuscité!

[Genève, rue de Berne, 00 ]

i am this poem

[Australie, Perth, 14 mars 06 ]

to turn right
turn left twice

[Irlande, Dublin, au pochoir, 18 février 06 ]

suis le lapin blanc

[Paris XIV, métro Duroc, sur miroir, 14 février 07 ]

nous nous en allerons

[Paris X, quai de Valmy, 9 juillet 10 ]

bored ? fatigued ? depressed
why not try revolution

[Grèce, Athènes, quartier Exarchia, automne 10 ]

drink… drank… drunk…

[Berlin, au pochoir, «DotDotDot», mi-octobre 10 ]

ça fatigue
d’être jeune

[Paris XVIII, 17 février 11 ]

le présent…
c’est maintenant

[Metz, 11 mars 11 ]

n’oubliez pas
la mémoire
est courte

[Paris xiii, rue Geoffroy, 4 décembre 11 ]

les nations
sont des
hallucinations!

[Suisse, Lausanne, route Aloys-Fauquez, 5 avril 12 ]

tant va le prolo à l’usine
qu’à la fin il se lasse!

[Montpellier, 1er mai 12 ]

en moyenne l’amitié dure entre 5 et 7 ans

[Marseille, rue Frédéric Chevillon, mi-août 12 ]

suffit-il?

[Canada, Québec, mi septembre 12 ]

la poesia no necesita
adeptos, sino amantes

[Argentine, Tucuman, «Accion Poetica», octobre 12 ]

nul si recouvert

[Sète, au pochoir, 17 janvier 13 ]

ici vie
un peuple
de boue

[Notre-Dame-des-Landes, quelque part
dans la ZAD, février 13 ]

dur comme faire

[Paris V, à la craie, 23 février 13 ]

même l’inerte est mis en cage

[Rennes, chemin de Halage, 7 juin 13 ]

barbouiller
pour l’éternité

[Canada, Montréal, Hochelaga-Maisonneuve, 3 juillet12 ]

dieu
chèques ou
espèces

[Paris XVIII, 10 juillet 13 ]

la paresse ne nous est pas ennemie
free party

[Paris XI, rue Proudhon, 13 juillet 13 ]

no more pain(t)

[Entre Rennes et Saint-Malo, voie rapide, mi-juillet 13 ]

soyez réel
demandez
le virtuel

[Lyon, Croix-Rousse, au pochoir, 16 juillet 13 ]

que le mouton soit chèvre

[Marseille, au pochoir, 31 juillet 13 ]

i dream awake

[Montreuil, rue Léon Loiseau, août 13 ]

vivre en mar«geu»
pour pas crever
au milieu

[Lyon, Croix-Rousse, 8 août 13 ]

stop taking my book
so litterally – god

[États-Unis, Brooklyn, mi-août 13 ]

lorem ipsum

[Entre Nantes et Rennes, pont sur N137, mi-août 13 ]

dieu est un singe
et je suis sa cage

[Suisse, Lausanne, l’Hermitage,
au pochoir, 1er septembre 13 ]

# oubli

[Paris XI, rue du Faubourg du Temple,
à la craie, 18 septembre 13 ]

meuble tes pensées

[Saint-Ouen, Marché aux puces, 23 septembre 13 ]

ensemble
bâtissons un monde
sans brocoli

[Saint-Étienne, 26 septembre 13 ]

j’prefaire habité
un quartier sensible
qu’un quartier insensible

[Paris XVIII, rue Marcadet, «Fatou», octobre 13 ]

big google
is indexing you

[Metz, au pochoir, 4 novembre 13 ]

les automnes ont
comme des parfums

[Strasbourg, rue du Vieil Hôpital, 23 novembre 13 ]

entretuez-vous

[Rouen, 24 novembre 13 ]

tout ce que tu ne peux donner…
te possède

[Lyon, Croix-Rousse, 8 décembre 13 ]

ne pas prendre les messies
pour des lanternes

[Montreuil, rue Marcel Sembat, «LapsOups», 2 janvier 14]

Outre cette transcription systématique & hasardeuse d’écritures murales, on trouvera sur le site deux diaporamas sur le même sujet, l’un consacré aux bombages des années 70 et l’autre s’enrichissant au jour le jour de graffitis plus récents, glanées sur le Net ou pris sur le vif, sur cette page-là.

Et pour conclure en beauté, une quarantaine de traces textuelles in situ, soit glanées sur le Net, soit photographiés par mes soins.



13 janvier 2014
[Images arrêtées & idées fixes
Tout doit disparaître.]

Espaces culturels en jachère.



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