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21 mai 2010
[Avis aux amateursSeventies not dead !]

Le jeudi 3 juin à 18h30 à l’Université ouverte de la coordination des intermittents et précaires [14 quai de charente métro Corentin Cariou] avec projection du documentaire Guy and Co – film et scénario de Lionel Soukaz, d’après une idée de René Schérer : Cinq jeunes gens réincarnent Guy Hocquenghem, fondateur du Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR) qui, toute sa vie, a refusé de s’identifier à un unique rôle. Le partage d’une soupe ou autres victuailles conclura la soirée (prix libre).

À propos du même Guy H., quelques textes épuisés en ligne ici même.



21 mai 2010
[Bribes d'auteurs posthumes : Jean Genet
Aveu de faiblesse ou faiblesse de l'aveu,
nul et non advenu à cette adresse .]

«Quand ? À quel moment ? Selon une ligne qui semblait incassable j’aurais dû continuer dans la misère, le vol au moins, peut être l’assassinat et peut-être aussi la prison à perpétuité – ou mieux. Cette ligne paraît s’être cassée. Or c’est cela qui m’a fait perdre toute innocence. J’ai commis ce crime d’échapper au crime, d’échapper aux poursuites et à leurs risques. J’ai dit qui j’étais au lieu de me vivre, et disant qui j’étais je ne l’étais plus. Non rattrapable.»

C’est Jean Genet qui a noté ça, au milieu des années 70,
sur la page arrachée d’un livre qu’on peut voir ici.

Autoportrait de l’ex-criminel en indicible écrivain – indicible puisque le mot « auteur » n’est pas prononcé, mais contourné exprès, sous-entendu à mot couvert, soustrait à une autre ligne de vie, brisée.
Cas de figure à méditer, ce Genet-là : ni face ni profil, plutôt de biais ? Ni tout à fait le voleur médiocre qu’il a cessé d’être, ni complètement l’homme de lettres dont il ne cesse de déjouer la posture. Un pied dehors, un pied dedans, et deux pieds de nez à la fois. À mi-chemin de la vie vécue sans glose et de l’art des distanciations verbales, il a osé retourner le sablier. Et de simple malfaiteur à l’œuvre, il s’est mué poète du mauvais genre.

Mais sitôt reconnu, installé, préfacé, louangé, la tentation du silence le guette, ou du suicide. Et comme se lève un grand vent de révolte aux quatre coins du monde, c’est l’occasion rêvée de déménager sans laisser d’adresse, d’enfin se mettre entre parenthèses chez les Black Panthers ou les Palestiniens. Ces demi-frères apatrides dont il épousera la Cause à rebours de leurs aspirations « nationales ». Malentendu d’une solidarité qui l’engage aux côtés des déracinés en lutte pour leur terre, leur fierté, leur future souveraineté, alors que lui obéit à une logique diamétralement inverse : couper les amarres, se nomadiser à l’hôtel, refuser l’exil doré que lui offre Yasser Arafat, fuir sa propre ligne intérieure, se disperser en cendres de son visant… jusqu’à totale désidentification.



17 mai 2010
[Texticules et icôneries — Trop de règles… ment.]

À force de changer d’Avis aux populations,
de nous réglementer par petits tronçons,
d’empiler grille sur grille d’évaluations
et de redessiner leur zone d’application…

Nul n’est plus censé ignorer que la loi
se juge au cas par cas de ses exceptions.



15 mai 2010
[Portraits crachés — Suite sans fin.]

On a récemment découvert une tumeur, genre œuf de pigeon, derrière la tête de Raoul, là où lui naissent ses idées inavouables, tout près du cervelet, au même point d’impact que le fameux copyright Mattel Inc. sur la nuque des poupées Barbie. Pas de complication maligne et état stationnaire, selon le docteur en imagerie médicale. Et tant que ça n’enfle pas, selon un confrère en neurologie encéphalique, dans le doute, mieux vaut s’abstenir d’aller y fourrer son scalpel, zone sensible, attention danger. Les statistiques sont assez parlantes : un trépassé sur dix après passage au bloc opératoire. Dans l’autre cas, si ça prend trop de volume, une chance sur dix de ne pas imploser…
Sa poche parasite, Raoul ne l’a pas senti grossir, dommage, cinq ans plus tôt, c’était juste un pépin de raisin, peut-être un noyau d’olive, encore faciles à déloger. Pourtant certains symptômes ne datent pas d’hier – malaises, migraines, amnésie partielle, hallucinations nocturnes, bouffées paranoïdes –, mais comme ce photographe underground a le nez dans la poudre depuis le milieu des années 80 – séances podium, night-snuffing, backroom, j’en passe et des after –, pas facile de faire la part des choses, entre le cocktail des causes héréditaires et les effets secondaires de la coke. L’addiction a longtemps fait écran, brouillé les pistes, servi de cache-misère au kyste qui s’était trouvé là un nid douillet.
Raoul doit son récent diagnostic à une garde-à-vue plutôt musclée au commissariat central de Marseille, dix-neuf heures d’affilée en dégrisement dans les caveaux de l’Evêché. Quarante interpellés gisant au hasard de l’obscurité, avec une seule tinette pour tous et pas un rouleau de papier, d’énormes virgules de merde sur les quatre murs, parce qu’ici on condamné à s’essuyer du bout des doigts. Le lendemain, vers midi, Raoul a fini par piquer sa crise, torse nu dans la fosse commune, parmi ses frères galériens devenus suspects, pire que ça, zombies hostiles, à mesure qu’il les provoquaient à voix basse pour « chasser les marchands du Temple », virer tous ces « faux prophètes, dealers de malheur, indics pharisiens », puis à grands coups de coudes & pompes contre ces camés qui auraient bien voulu connaître « le secret de mes plantes médicinales, mais ça jamais, pure racine de mon esprit ».
Alors, vu que le delirium tremens tournait au délire de persécution, on l’a exfiltré ailleurs. Transfert auprès de blouses blanches assermentées, puis mise en observation une semaine, sous camisole chimique. Et là, coup de chance, un psychiatre qui ne pressentait chez lui ni syndrome bipolaire ni état de manque cocaïnomaniaque, mais préférait, par acquis de conscience, le soumettre à un IRM. Et voilà Raoul allongé sous X, crâne en Technicolor sur l’écran de contrôle. Et là, pas de doute, ça se devine pire que le nez au milieu du visage, un corps étranger en pleine tronche, de la taille d’un « œuf de pigeon » lui explique le radiologue. « Une boule de shit » enchaîne son sarcastique patient.
— Presque une balle de ping-pong…
— Du genre croupion de poulet…
— Plutôt un marron glacé…
— Et bientôt mon poing dans ma gueule ?!
Rires entendus de part et d’autre, faute d’oser une ultime métaphore filée : pétard mouillé, mèche lente, colis piégé, pain de plastic, minuterie à distance, bombe à retardement, compte à rebours, ni trop tôt, ni trop tard, nitroglycérine.



13 mai 2010
[Texticules & icôneries — Dans tous les cas… cadenas.]

Avertissement, obligation, mise au pas,
prière de ne plus, passage interdit, vigile,
heure de colle, prohibition, digicode,
fruit défendu, rappel à l’ordre, blâme
sanction, contrôle des billets, autocensure,
délai impératif, amende, mot de passe,
garde à vue, loi d’exception, sas d’accès,
pièces justificatives, fouille obligatoire,
bannissement, PV, conseil de discipline,
suspension graduée, profil face-book,
double peine incompressible, couvre-feu
pop-up intrusif, menace de radiation,
sommation d’usage, carte de non-séjour,
enquête matrimoniale, suspicion positive,
défense de cracher sauf ADN dans le flacon.


Abus dangereux, s’y refuser sans modération…



9 mai 2010
[Précis de littérature concrète — Contraction de texte.]

Une façon comme une autre de relire
Histoire de l’œil de Georges Bataille
en diagonale décroissante…
Cliquez sens dessus dessous.



3 mai 2010
[Bombages à travers nos âges — Mallarmé still alive.]

Tag récemment aperçu quai de Valmy…
qui se passe justement de commentaire.

À ce propos, j’ai entamé un relevé, aussi partiel que partial,
des inscriptions murales depuis juin1968 jusqu’à nos jours,
dans un petit livre numérique, téléchargeable ici même.



1er mai 2010
[Credo pour de faux — 4.]

Se surprendre, au cours d’un rêve, à parler couramment une langue inconnue annonce des retrouvailles imminentes avec un être adoré en pure perte dans sa jeunesse, et qui ne vous avait alors rendu qu’indifférence. Mais si, au cours d’une nuit ultérieure, la même glossolalie vous reprend, c’est signe que cette personne, qui croisera prochainement votre ligne de vie, devait aussi vous aimer de longue date, en catimini, sans rien en laisser paraître. Et quel dommage de s’en rendre compte si tard, maintenant que l’idée même de ce couple rétrospectif, manqué de si peu à l’époque, risque de vous tarauder l’un et l’autre encore des années durant.