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de temps en temps


@ffinités





































































































































































































































































23 juin 2010
[Lendemain de fête — Archyves in situ.]

Le samedi 19 juin, au théâtre de L’Aire libre, à Saint-Jacques-de-la-Lande, tout près de Rennes, Benoît Bradel organisait le micro-festival Parcours, soit 9 formats courts de Anne-James Chaton & , Andy Moor, Loïc Touzé & Ondine Cloez, Yan Duyvendrak, Gaspard Delanoë & Gaëlle Bourges, la compagnie Grand Magasin, etc. À l’affiche, des propositions multipistes entre danse, vidéo, post-rock, performance ou théâtre…
Et l’occasion pour François Wastiaux & moi de rejouer notre vraie-fausse conférence de management, Pouvoir Point

Un sacré foutu speech rétroprojectif dont on peut voir des extraits,
textuels ou visuels, ici même.

Et dans le bar du même théâtre, en première exclusivité mondiale,
une exposition in situ de mes expériences photographiques…

Et grâce au précieux concours de l’ami Philippe Bretelle,
le tirage sur affiche extra-large des Serial Poster qui se cachent…
quelque part sur ce site.



21 juin 2010
[Portraits crachés — Suite sans fin.]

Dans la famille Lamour, je demande la fille : Jennifer. Ce n’est pas une blague de fin de repas, elle existe vraiment cette adolescente née dans une ville moyenne de l’Est de la France, baptisée il y a dix-sept ans Jennifer Lamour, au hasard d’un foutu lapsus parental. Et en guise de doudou, dès la naissance, ce calembour idiomatique qui fait l’amour sans le faire exprès, un premier jouet de mots, sex toy en anglais. Ensuite, il a fallu qu’elle grandisse avec ce nom à rallonge, qu’elle fasse la sourde oreille aux allusions touche-pipi des gamins de son âge, puis aux sous-entendus graveleux entre habitués du Bar tabac de son père. Au collège, sitôt les premiers reliefs apparus sous son T-shirt, ça lui collait déjà à la peau, de sales rumeurs à son sujet : rien dans la tête, tout entre les jambes. Alors, plutôt que de faire la moue, la gourde ou la timorée, au lendemain de ses quatorze ans, elle a pris les devants, relevé le défi, provoqué son destin, pour être enfin à la hauteur d’une réputation précoce : salope tous azimuts. Et elle y a pris goût, rien qu’à voir la morgue virile de ses pires insulteurs se dégonfler entre ses doigts, ses lèvres, ses cuisses. D’un autre côté, ça lui a moins réussi, sales notes en classe, redoublement proposé, passage en CAP filière «couture flou» et abandon en milieu d’année, après cinq mois de grossesse clandestine.
Un an plus tôt, elle avait bien prévenu la conseillère d’orientation : «Si je trouve pas à déboucher dans la mode, je pourrais toujours me mettre en cloque.»



16 juin 2010
[Portraits crachés — Suite sans fin.]

Amélie portait des lunettes bien avant les premiers signes de sa puberté, autant dire la nuit des temps. Au collège, des binocles en écaille sur chaque photo de classe, puis des lentilles jetables l’année du Bac, puis des montures à nouveau, à cause d’une allergie oculaire qui asséchait ses larmes. Une quinzaine d’années plus tard, devenue correctrice hebdomadaire pour la presse féminine, elle a pris rendez-vous chez un chirurgien ophtalmologiste, affaire conclue contre un mois de salaire, à ses frais, faute de mutuelle. Le spécialiste l’a rassurées d’emblée : pour la myopie, l’opération est désormais bénigne, quatre impacts au laser sur le premier œil, puis idem sur l’autre deux semaine après, sans oublier quelques jours de délais avant de s’exposer en plein jour.
Bénigne donc, sauf que pas tout à fait. Une fois rendue à la netteté flagrante des taches d’humidité dans sa cuisine, du tapis rouge effiloché en descendant l’escalier, des auréoles des chewing-gum sur le trottoir, des visages boursouflés d’un clochard à l’entrée du métro, de l’encart publicitaire pour un protège-slip sur le quai d’en face, Amélie a rappelé le chirurgien, obtenu un quart d’heure d’entretien en toute urgence, confié son trouble – ou plutôt le contraire, enfin comment dire, la gêne insupportable causée par cette soudaine absence de trouble – et supplié, trépigné, exigé qu’on fasse quelque chose, parce qu’en démocratie on a bien le droit de changer d’avis, non ? Sauf qu’en l’état actuel de la médecine, l’opération inverse est inimaginable. Faudra qu’Amélie s’y fasse, au plus près des horreurs de ce bas monde, elle ne retrouvera jamais le charme distancié de sa vue antérieure.



4 juin 2010
[Commémoration à reculons
L'éco-pub de Voynet à Montreuil, mythe et réalités.
Fin du jour de dépôt collectif des encombrants
culpabilisation individuelle des habitants.]

Il y a tout juste un an, la municipalité de Montreuil – Dominique Voynet en tête – supprimait le «jour des monstres». Jusque-là, chaque premier lundi ou mardi du mois, les habitants étaient autorisés à déposer en bas de chez eux les objets dont ils n’avaient plus l’utilité : du dé à coudre à l’armoire branlante parmi un vrac de pièces détachées, bouts de bois, armatures rouillées… Le lendemain, aux aurores, la mairie organisait un ramassage systématique, et à midi tapante, il n’y paraissait plus rien. Pour les lève-tard du coin, cela tenait presque du mirage, ce trottoir qu’ils avaient vu se joncher la veille de bric & de broc, et là, sous leurs yeux à peine entrouverts, au même endroit : place nette.
La nuit portant conseil, quelque sommeil paradoxal avait dû faire le ménage, bon débarras.
En fait, c’est une noria de camionnettes de la voirie, ou de sous-traitants privés, qui s’était chargés d’acheminer et répartir la plupart des affaires restantes à la déchetterie. Sauf qu’en général il n’en restait plus tant que ça, du bordel, sur la voie publique, quand les nettoyeurs se pointaient à l’heure du laitier. Entre-temps, le grand déballage s’était au trois quarts résorbé non par l’opération du Saint Esprit, ni une génération spontanée de matières biodégradables. Juste parce tout le monde alentour connaissait ce rendez-vous du premier lundi mensuel, un marché à la belle étoile dont les étals improvisés se dévalisaient à mesure. Et la tradition voulait que ce même bazar gratuit batte son plein douze fois par an.
S’y côtoyaient proprios de zone pavillonnaire, locataires à loyers modérés, chineurs plus ou moins friqués, retraités bricoleurs, brocanteurs avisés, ex-étudiants précaires, glaneurs romanos, squatters, clochards… Nulle déclaration d’intention liminaire, aucun sponsor officiel, c’était devenu le lieu aussi exemplaire qu’informel d’une économie non-marchande. Mieux qu’un troc amical ou n’importe quel échange de bons procédés entre voisins, c’était un vide-grenier protégé de toute exclusive sociale par l’heureux effet des ténèbres : une multitude de vagues silhouettes rendues à leur anonymat. Et la preuve qu’un rapport désintéressé peut exister entre inconnus, sans arrière-pensée monétaire ou supplément d’âme caritatif. La mise en pratique de vieilles utopies partageuses : «Pas besoin d’avoir les moyens, à chacun selon ses besoins». Autrement dit, « la prise au tas », une manière plutôt fastoche de mettre en commun nos richesses. Mais gare au communisme primitif… trop près de chez vous.
Arrêté municipal oblige, cette expérience d’entraide sauvage est devenue hors-la-loi. Désormais, on doit appeler au téléphone le service des encombrants, quantifier et nommer ses surplus et prendre date, parfois une semaine à l’avance, pour se les faire enlever. Et le moindre contrevenant aux espaces, volumes et horaires annoncés sera dûment verbalisé. Après tout, s’il ne sait plus quoi faire de ses déchets polluants, il n’a qu’à prendre sa bagnole électrique pour rejoindre une décharge autorisée. Quant aux récalcitrants sans roue ni moteur… qui les empêche de porter à dos d’âne leurs ballots de fringues et mobiliers dépareillés chez Neptune ou Emmaüs? Ces professionnels des Bonnes Œuvres qui, eux, savent distinguer les pauvres méritants de leurs faux frères paresseux ou chapardeurs.
Douze mois plus tard, à tête reposée, on se demande encore le pourquoi du comment de cette mesure. Réduction budgétaire ? c’était un des motifs évoqués. D’après certaines indiscrétions, ça serait plutôt le contraire. Parce que, bien évidemment, les dépôts d’ordures tous calibres ont fait des petits… n’importe où et n’importe quand. Moins de monde pour récupérer l’essentiel avant les bennes. Du coup, ça traîne des semaines entières et ça fait tache dans le décor urbain. À tel point que les autorités locales ont cru bon de lancer le mois dernier une campagne d’affichage très grand format, sans lésiner cette fois sur la dépense.

Eco-pub tapageuse qui a trôné quelques semaines à l’endroit même de son apocalypse ordurière annoncée. Avis aux moutons noirs, mal-léchés et peu ragoûtant des alentours, on vous a mis en abyme. Avec une top-modèle de grand marque qui nous tourne le dos pour mieux nous obliger, nous les fauteurs de trouble à faire le ménage dans nos mauvaises consciences.

Derrière cette vision d’horreur, on devine l’argument projectif : une société malade de ses déchets. On aimerait tant abonder dans le sens de tels engagements : l’écologie politique. Mais justement, l’ancien calendrier des encombrants évitait bien du gâchis et, à rebours d’une logique productiviste, vouait chaque produit à durer plus longtemps, connaître plusieurs vies, en changeant de main et d’utilisateur. Au petit bonheur la chance de ces Monstres, plein de choses a priori jetables retrouvaient leur valeur d’usage, jusqu’au recyclage final des moindres matériaux par les chiffonniers et ferrailleurs tziganes. Mais non, même ce tri sélectif autogéré n’a pas eu l’heure de plaire aux édiles municipaux. Du coup, la contre-publicité officiel n’en paraît que plus obscène. Jouant sur l’apeurement de tous et la culpabilisation de chacun, selon un credo très dans l’air du temps – de la Sécu à Pôle Emploi. Brandir le péril ordurier des envahisseurs, c’est jouer avec l’inconscient phobique des électeurs. Surtout quand le reste du message sous-entend que c’est la faute à « tous ensemble »… alors qu’on a bêtement supprimé un système de collecte interactive où s’improvisait une certaine entraide sociale pour le remplacer par un système d’individua-lisation au cas par cas qui délaisse chacun chez soi… dans sa merde.

Post-Scriptum 1 : Si ce billet d’humeur souligne les contradictions gestionnaires et idéologiques de l’équipe municipale en place, c’est sans nostalgie pour l’ex-majorité de l’autocrate clientéliste Jean-Pierre Brard qui préfère noircir le tableau poujadiste en dénonçant la «saleté de la ville».

Post-Scriptum 2 : Il y a un an, les résidents de la Demi-Lune, une maison occupée du quartier de La Boissière, avait placardé une belle affiche manuscrite à propos de ces Monstres en voie d’extinction, à voir ici ou là aussi et même au pochoir ailleurs.



2 juin 2010
[Bribes d’auteurs posthumes — Fin des émissions.]

À la demande de La Maison des écrivains et l’Institut National de l’Audiovisuel, je me suis livré ce mercredi au Petit Palais à un drôle d’exercice oratoire : commenter le prestation télévisuelle d’un illustre écrivain – en l’occurrence Witold Gombrowicz auquel une émission de l’ORTF, la Bibliothèque de Poche, consacra 56 minutes inoubliables, le 12 octobre 1969, en présence de l’éditeur Dominique de Roux et du journaliste Michel Polac.

Pour lire le texte de mon intervention, c’est ici.
Pour entrevoir les images en question, c’est là.