Pour etre tenu au courant
de temps en temps


@ffinités





































































































































































































































































26 juillet 2010
[Texticules et icôneries — Survie en kit.]

Téléphonie immobile, exemplaire de démonstration…



20 juillet 2010
[Bribes d’auteurs posthumes: Raymond Queneau –
Cultiver l'obsession du presque rien
en-deçà du train-train quotidien.]

De source aussi sûre qu’incertaine – l’ami d’ami d’un ami d’ami de Raymond Queneau –, il se raconte que l’auteur de Zazie faisait une brève halte chaque matin & soir par la salle des coffres d’une banque située non loin de son bureau éditorial chez Gallimard. Qu’allait-il donc planquer là jour après jour sans exception ? Ce rituel énigmatique s’étant ébruité, ses proches et collègues du milieu littéraire se perdaient en conjectures.

Début novembre 1976, peu après la mort de Queneau – en présence de son légataire Jean Lescure et d’autres rares témoins – on procéda devant notaire à l’ouverture de la dizaine de coffres – pas moins – réservée de longue date par l’illustre défunt. Et qu’y trouva-t-on? Aucun dossier secret ni manuscrit posthume ni correspondance à scandale ou codicile testamentaire. Juste plusieurs milliers de tickets de métro ou d’autobus, tous dûment poinçonnés depuis plusieurs décennies.

La preuve par l’absurde d’un clandestin rapport entre écriture solitaire et transports en commun.



14 juillet 2010
[Texticules et icôneries — Point de mire.]

Visiteuse exposée à sa propre disparition…



8 juillet 2010

[Allergie à l’air du temps — Les petites balles perdues…]

Ce même 8 juillet de l’année dernière, un repas collectif s’était improvisé dans la rue piétonne de Montreuil (métro Croix-de-Chavaux), en soutien aux occupants du squat La Clinique, expulsés manu militari deux semaines plus tôt. Apéritif et gnocchi à la louche, suivis d’une balade festive et vaguement pyrotechnique (quelques pétards en technicolor dans les nuages). Intervention immédiate des cow-boys de la BAC sur le terre-plein de la place du Marché : flash-ball aussitôt braqués, tirs à volonté sur le petit attroupement, sans aucune sommation, ni respect des distances minimum ou des zones d’impact. Bien au contraire, ils ont visé sciemment les nuques, les épaules… et déjà cinq blessés dans leur tableau de chasse. Quant à l’ami Joachim Gatti, une balle en plein visage… éborgné à vie. Les victimes ayant une certaine habitude de la défense militante, ça s’est ébruité bien au-delà du quartier. Et comme ce n’était pas le premier œil crevé par le même calibre, ça a choqué quelques consciences journalistiques, une enquête interne a donné tort aux flics, on a glosé sur la dangerosité des nouvelles armes. Du coup, la routine sécuritaire a fait le gros dos, profil bas et silence dans les rangs pendant l’été.
Mais l’escalade répressive a vite repris ses couleurs habituelles : bleu horizon. Contrôles vexatoires, expulsions et opérations «coup de poing» dans les angles morts des périphéries urbaines. Il y a un mois ce sont les polices municipales qui se son vus doter de Taser électriques, sans parler des Drones et autres projecteurs héliportés survolant au moindre incident le Far-East de la banlieue parisienne. Dans cette logique de guerre implicite contre «l’ennemi intérieur», les habitants des Cités sont présentés comme les «boucliers humains» de leurs chefs de gang locaux, et l’interminable liste des bavures quotidiennes comme de simples «dégâts collatéraux». En des temps plus incertains que jamais, quand la colère manque d’issue collective, la paix sociale est à ce prix, relégation urbaine, mise en quarantaine budgétaire et militarisation desdites zones sensibles… Et la disproportion des moyens sécuritaires mis en œuvre – une enclume sur chaque fourmilière de banlieue, de Clichy à Villiers-le-Bel –contamine notre imaginaire géopolitique de proximité, fabrique jour après jour la figure de l’ennemi intérieur, ravive la grande peur du péril barbaresque en la personne forcément barbue du trafiquant islamiste. Comme toutes les prophéties auto-réalisantes, pas facile à déconstruire ce scénario cauchemar qui nous rejoue l’éradication des Talibans dans une série-tv de proximité.

Alors, sans tomber dans le piège de la riposte primaire – parce que l’esprit de vendetta permanente participerait d’une politique du pire –, ni sombrer dans l’amnésie générale du pardon ou de l’oubli – qui ne ferait que banaliser le monopole étatique de la violence légitime –, cette affichette a fleuri ces derniers jours un peu partout dans Montreuil.

Et des tags qui trouvent les mots justes pour se souvenir que l’avenir reste à inventer…



Et, sur les décombres de l’ancien squat La Clinique, une fresque en forme de point d’interrogation…



7 juillet 2010
[Lendemains de fête — Oraison pas funèbre.]

La semaine dernière, aux Subsistances de Lyon, François Beaune fêtait la première du Majestic Louche Palace, pot-pourri bordélique réinventant son premier roman, Un homme louche, sous forme de cabaret.

D’ordinaire, je préfère éviter le blabla promotionnel de pure copinage pour les écrivains qui émargent chez Verticales. Sauf dans certains cas extrêmes… comme la disparition dudit auteur.
Mais là, c’est pas le cas, plus vivant que jamais, mais justement, c’est lui qui m’a forcé à rédiger un petit éloge posthume du personnage principal de son bouquin, Jean-Daniel Dugommier, décédé il y a deux ans à peine. Pour commémorer l’anniversaire plausible de la mort officielle d’un inconnu fictif, j’ai passé outre mes scrupules et fini par m’exécuter. En alexandrin, au tout début, et puis j’ai changé d’idée parce que c’est pas si facile, douze pieds, quand on n’a que cinq doigts à chaque main.

Le texte, intégralement revu et corrigé par Word 2004 pour Mac, ici même.



2 juillet 2010
[Texticules et icôneries — Prière de ne pas… s'immoler.]

Vœux pieux ou vieux pneus…? Mystère & boules de gomme.



29 juin 2010
[Commémoration à reculons — D’un Debord l’autre.]

Il y a tout juste un an, la Bibliothèque Nationale organisait un dîner de gala, à 600 euros le couvert, pour rembourser les frais d’acquisition des manuscrits de feu Guy Debord. S’y pressait le Tout-Paris de n’importe quel défilé de Haute-Couture : pontifs demi-mondains de l’ex-gauche caviar & zazous faisandés de la droite néo-hussarde, parmi un vaste échantillon de  jeunes écervelées à particule. Comme si le situ suscité ne pouvait décidément plus échapper aux caricatures posthumes de sa théorie, ici réduite à sa plus simpliste expression : cette risible photo de famille de la « société spectaculaire intégrée ».

Et pourtant, ni regrets amers ni larmes de crocodile, tant pis si ces festivités patrimoniales font se retourner dans sa tombe le mort en question, il l’a bien cherché – lui qui n’en finissait plus de rédiger son propre «panégyrique» depuis les années 90. Ironie du sort, ses plus zélés disciples d’aujourd’hui semblent n’avoir retenu de l’aventure collective situationniste – dont, rappelons-le, Guy D. n’incarnait qu’une facette parmi d’autres – que le soleil noir d’un catastrophisme tous azimuts, ou pire encore l’élitisme artisto d’un surplomb moralisateur.
On a les Judas qu’on mérite… mais comme, parmi eux, il paraît que le vulgarisateur Philippe Murray se distingue – avec le profil néo-réac de l’emploi médiatique –, faudrait faire gaffe à ne pas confondre pensée critique et ressentiment compulsif, bref se méfier plus que jamais des contre-façons culturelles…



26 juin 2010
[Portraits crachés — Suite sans fin.]

Odette, fille désespérément unique, a beaucoup attendu avant de trouver l’âme sœur dans la banlieue pavillonnaire de Chateauroux. Et puis c’est arrivé, en fin d’après-midi, d’un seul coup de sonnette, peu avant sa majorité, un homme d’âge mûr sur le pas de la porte qui lui a parlé des origines extrahumaines de toutes choses, qui lui a ouvert les yeux sur le bonheur immortel d’aimer autrui plus que soi-même, qui lui a décrit le septième ciel et les pires entrailles de la terre à l’aide d’un petit livre illustré, qui lui a serré délicatement la main sans chercher à profiter d’elle, qui lui a promis de revenir le prochain vendredi et qui a tenu parole chaque fin de semaine pendant deux longues années, sans jamais quitter le seuil de leur complicité naissante ni pénétrer plus avant le jardin secret de cette adolescente. En songes inavouables, elle a bien dû l’imaginer en prince charmant, soudain rajeuni de vingt ans, et espérer qu’il lui concède un regard malséant ou un geste déplacé, ne serait-ce qu’une fois, par simple mégarde ou éphémère curiosité, mais non, il n’a jamais goûté à ce fruit défendu. Et l’inébranlable désintéressement du visiteur hebdomadaire a fini par forcer son respect, apaiser les humeurs mouvantes de son âge et la conquérir tout entière.
Depuis que ce disciple de Jéhovah lui a passé le témoin, Odette s’est vouée corps et âme à la même démarche, colporter des versions abrégées de la bible auprès des pauvres dévoyés et des riches païens, exclus d’office du Paradis qui ne va plus tarder à reprendre son empire ici-bas, dès que les faux cultes des croyants et les singeries du darwinisme auront laissé place nette à une espèce vraiment humaine. Pour subvenir aux besoins de la Cause, la jeune infirmière diplômée, rebaptisée Evita par ses coreligionnaires, a rejoint la capitale. Elle a d’abord exercé à plein-temps dans un service de grands brûlés – ces preuves vivantes d’une apocalypse imminente –, tout en allant visiter au crépuscule les habitants des HLM de la banlieue rouge – Clichy, puis Romainville, puis Pantin, ses premières terres de mission. Par horreur du sang transfusé et souci de préserver du temps pour ses œuvres spirituelles, elle a donné sa démission et trouvé une place de concierge dans les beaux quartiers. Ici, chacun apprécie cette charmante gardienne, attentive, serviable et d’une discrétion exemplaire.
Pour conjurer la drame fratricide de l’ex-Yougoslavie, elle œuvre plutôt à distance, toujours pendue au bout du fil dans sa loge, à force de nouer des contacts avec ces populations martyres. Son mouvement lui a fourni les annuaires du cru, à elle d’appeler par ordre alphabétique en se repérant sur des cartes routières. C’est une occupation très onéreuse, mais hors le peu qu’elle s’octroie pour vivre, c’est sa façon de payer de sa personne pour précipiter le retour du Paradis sur terre. Pour ce faire, elle a dû s’initier par correspondance aux rudiments du serbo-croate, et même de plusieurs langues salves, puisque, au-delà des Balkans, Evita a aussi pris langue avec des arméniens rescapés d’un tremblement de terre, des irradiés ukrainiens et d’autres minorités chrétiennes de l’ex-Empire soviétique.
Et ce ne fut pas une mince affaire, pour cette Bretonne de souche ne parlant pas un traître mot d’anglais, que de savoir désormais citer une dizaine d’extraits des Ecritures dans la plupart des idiomes de l’Europe de l’Est. Mais s’il faut voir en chaque miracle une sorte de malentendu contagieux, en voilà un qui se répète chaque matin aux aurores, sur les berges du canal de l’Ourcq ou vers la gare routière de la porte de Bagnolet, quand cette illuminée polyglotte, un thermos de café chaud à la main, entame la conversation avec quelques réfugiés d’outre-tombe.