Pour etre tenu au courant
de temps en temps


@ffinités





































































































































































































































































28 avril 2011
[Allergie à l'air du temps — Pénibilité du travail, aïe, aïe, aïe.]

Avant-hier, on apprend la mort volontaire de Rémy, un employé de France-Télécom, à Mérignac, après immolation sur le parking de sa boîte. On repense au même geste, il y a quelques mois, de ce vendeur à la sauvette tunisien, harcelé par quelques ripoux en uniforme. Une onde de choc s’en était suivie là-bas, sporadique et locale puis massive et insurrectionnelle. Mais ici on se contente du travail du deuil médiatique, avec quelques séances d’exorcisme compassionnel… et puis plus rien. On demande leur avis à quelques psy laborieux sur ce drame récurrent : certains pointent la trop forte pression des objectifs au sein de l’entreprise ; d’autres supputent des causes multifactorielles, et l’impossibilité de distinguer parmi elles le mobile d’un tel passage à l’acte. Quant aux syndicalistes, ils dénoncent un problème de « gouvernance en interne », ils se plaignent du méchant gourou de la direction qui a longtemps pressuré les salariés, de son départ si tardif, qui n’a pas pu éviter ce drame… Et ils espèrent que l’arrivée d’un gentil DRH mieux profilé, champion de l’émulation à visage humain, va bientôt porter ses fruits. On dirait presque qu’ils y croient, qu’ils n’ont pas d’autre choix que de s’en persuader eux-mêmes, pour positiver leur message, parce que sinon, s’ils se laissaient aller à crier leur chagrin dans le poste radio, ils parleraient du suicide à petit feu qui couve partout, au pire quotidien du boulot, avec toujours plus de contrôles interindividuels, de cadences infernales, de dommages psychosomatiques, de solitude automutilante, de peur intériorisée.
Or comme l’écrivait le pauvre brûlé vif Rémy, il y a quelques semaines dans une lettre ouverte à sa direction : «Je n’affirmerais pas non plus le principe direct ’d’un management de la terreur’ comme première raison [qui] sous-entendrait qu’un vrai management structuré et efficace existe : cela se saurait !» Et plus loin dans son tract : «Les cadres supérieusr qu’ils soient de l’ancienne école ou tout frais sortis ont compris qu’il faut mieux vivre au jour le jour, prendre la gâteau tant que le plat est posé devant soi !» Avant de conclure que le mal-être général de ses collègues, suicidés à la chaîne depuis plusieurs années, est issu d’une «culpabilisation suggérée en permanence», non seulement «implicite», mais aussi «exprimée en premier lieu par l’État»… entre autres contre «les fonctionnaires». Et, pour élargir son propos à l’échelle de la société entière, on verra à l’œuvre le même principe de culpabilisation contre les «assistés» du RSA, les «malades irresponsables» ou les «fraudeurs» aux allocations. Alors la faute au chef Untel, manager sans foi ni loi ? Mon œil ! C’est pas tel ou tel fusible évincé qui changera la donne, tant que le stress lui-même n’aura pas changé de camp.
Mais dès qu’on parle de « stress », attention au malentendu, le mot est galvaudé, retors, piégeux. Et surtout, faudrait pas qu’on nous refasse le coup de la séparation du (vague à) l’âme et du corps. Comme si le stress au travail n’était qu’un petit  bobo psychique comparées aux vraies maladies professionnelles, et leurs séquelles physiologiques. D’abord parce que le stress, étymologiquement, ça vient du latin stringere – serrer, contracter – pour dire que ça serre dans l’estomac, que ça démange les pores en surface, que ça pressure la circulation, bref, que ça provoque des ulcères, des dermatoses, de l’hypertension artérielle. Au bureau ou à l’usine, on dirait une sorte poussière d’amiante qui vous rend l’existence irrespirable, avec à terme pas mal d’accidents cardiaques. Sauf que ça ne coule pas de source et qu’à première vue ça n’a pas de rapport direct. Et pourtant si. Mais les consultants en ressources humaines, trop humaines, ne l’entendent pas de cette oreille. D’ici qu’on reconnaisse les troubles de la psyché comme des maladies professionnelles, les employeurs et actionnaires n’auraient plus assez de leurs dividendes pour indemniser tous les subalternes en crise d’anxiété chronique. C’est pour ça que, euphémisation scientifique oblige, ils ont déjà trouvé la parade : en différenciant le stress négatif (Distress) et le stress positif (Eustress). Le premier (à trop forte dose) serait source d’erreurs, d’agressivité et de frustration ; et le second (à faible dose) simple chalenge de motivation, d’évolutivité et d’innovation. Et voilà, le tour est joué, puisque le stress n’est plus nocif en soi, mais pure affaire de dosage, et donc de  circonstance, de culture d’entreprise et d’interlocuteur, au cas par cas, un peu remède (piqûre de rappel), un peu poison (test au penthotal), à chacun de surveiller le posologie. En quantité homéopathique, le stress empêcherait l’inertie, tandis qu’administré de façon trop intensive, il plongerait l’employé dans un état de procrastination perpétuelle. Alors comment séparer le bon grain de l’ivraie, ? Ben… à la gueule du patient. Avec un nouveau gadget conceptuel pour culpabiliser les stressés décidément inaptes à positiver les stimuli bienfaiteurs de leur contremaître.
Difficile, dans le même ordre d’idée, de ne pas repenser aux négociations sur la pénibilité du travail pendant le contre-réforme des retraites de l’an passé. Il était question de concéder un départ anticipé (deux ans plus tôt), après visite médical, à ceux qui pourraient justifier d’une Incapacité Temporaire Partielle (ITP) de 10% ou 20%. Cette pseudo-concession–  ne concernant d’ailleurs qu’une dizaine de milliers de cas individuels – visait à empêcher  un élargissement de certains critères collectifs à des branches professionnelles après négociation paritaire. Un Comité permanent de la pénibilité, avec ses sempiternels experts, représentants syndicaux et patronaux, a cependant vu le jour. Mais ce nouveau machin bureaucratique n’a ni les moyens ni la volonté de faire bouger les choses. Ce n’est donc pas demain que les pathologies laborieuses des opératrices de call center ou d’autres exécutants de l’informatique seront considérées au même titre que celles de l’industrie automobile ou du BTP. Et pourtant, on sait que le travail posté devant un écran crée de durables troubles ophtalmiques ou des migraines à répétition et que le port d’un casque avec oreillette produit divers déficits auditifs – sans parler de l’espionnite ambiante sur ces open space, ni du flux tendus des objectifs à atteindre qui supposent un stress structurel. Mais ces secteurs employant justement une main d’œuvre interchangeable, avec un turn over permanent après la période d’essai, ces télémarketeurs (et –trices) sont exlu(e)s d’office de toute prise en compte de ces nouveaux visages de la pénibilité. Quand viendra l’heure de leur non-retraite, dans une trentaine d’années, une étude épidémiologique posera le problème de cette génération sacrifiée, Mais d’ici là, tant que ça trime au doigt et presque à l’œil – polyvalents, mobiles & flexibles –, en des zones de non-droit précaire, c’est comme un angle mort dans le paysage social, une tâche aveugle qui clignote aux confins de la nuit noire.

PS : À ce même propos, quelques anonymes proposent, avant la fête des travailleurs et du muguet, de se retrouver la veille pour la journée du Pissenlit, fête des précaires. « Ce jour là, rendons nos galères visibles. » À Paris, c’est entre 15h et18h, de la rue de Lisbonne à la place de l’Europe (Paris8è), avec concert itinérant. Pour en savoir plus, c’est par là.



22 avril 2011
[Texticules et icôneries — Pense-bête.]

Zone trouble, entre chien et loup.



20 avril 2011
[Avis de recherche — Marabout de ficelle.]

Professeur Bled – don héréditaire médium langue française

Problème certificat fin de validité, mariage blanc à remplir, complication d’objet indirect, renouvellement permis de conduite, plainte contre faux amis, demande annulation fiançailles, aide à codicille posthume, libération conditionnelle, prévision express avant examen, thème astral mal coordonné, vice dans les formes, grand oral de rattrapage, prière de réinsérer, passif simple ou composé, cas grave d’impuissance textuelle, formule de politesse, fiche incomplète à renseigner, photocopie jamais conforme, désaccord féminin pluriel, angoisse futur intérieur, recherche boulot auxiliaire, erreur sur la personne, dilemme d’être ou avoir, recours en grâce et tous vœux non exhaustifs. Rappelez-vous à moi 24h sur 24h.

Téléphone sur R.-V. ou par voix postale,
paiement en plusieurs fois si satisfaction.



19 mars 2011
[Texticules et icôneries — Gueule de bois.]

La peur du vide, la bouche pleine.



18 avril 2011
[Dialogue de sourds post-moderne —
Spam bureaucratique & error system.]

Comme d’ordinaire, en ouvrant ma boîte mail, un bon paquet de messages commerciaux qui proposent la lune… à prix cassé. La bien nommée «propagande virale» bat son plein. Et parmi tout un tas de spams, je repère celui-ci…

de: Direction-generale-des-finances-publiques
date: lundi 18 avril 2011 20:09
à: y.pages@blabla.com
objet: Déclarez vos revenus en ligne sur impots.gouv.fr

10 millions d’usagers déclarent en ligne, pourquoi pas vous ! La déclaration en ligne, c’est simple quelle que soit votre situation ! Vous vous êtes marié, vous avez divorcé, vous avez déménagé, vous avez des revenus complexes laissez-vous guider. > Plus rapide, vous obtenez immédiatement une estimation de votre impôt.
> Plus sûr, un accusé de réception vous apporte la preuve des données déclarées.
> Plus souple, vous bénéficiez de délais supplémentaires et vous corrigez votre déclaration autant de fois que vous le souhaitez. Pour télédéclarer et bénéficier des nombreux avantages de la déclaration, rendez-vous sur impots.gouv.fr dès le 26 avril.
Je vous remercie de votre confiance.
Le directeur général des finances publiques.

Plutôt que de jeter ce truc illico à la poubelle, je me prends bêtement au jeu épistolaire, en usant du style gendarmesque de rigueur dès qu’un concitoyen s’adresse à la Puissance publique. Et ça donne ça…

de: y.pages@blabla.com
date: lundi 18 avril 2011 20:11
à: Direction-generale-des-finances-publiques
objet: Re :Déclarez vos revenus en ligne sur impots.gouv.fr

Monsieur le directeur général des finances publiques,
Pourriez-vous cesser votre intrusion dans un espace d’échange interpersonnel qui ne vous concerne en rien – d’ailleurs comment vous êtes-vous procuré mon adresse…?! – et cela dans un motif de propagande publicitaire.
Quant aux délais supplémentaires qu’obtiennent ceux qui font leur déclaration sur le web, c’est tout simplement une rupture du principe d’égalité entre le contribuables, privilégiant les mieux connectés à la modernité et pénalisant de plusieurs semaines les autres.
Je ne vous remercie pas et n’ai aucune confiance dans les spams, fussent-ils gouvernementaux.
Un imposé qui n’a rien à vous déclarer en ligne
Yves Pagès

Un quart d’heure plus tard, je reçois cette réponse standard…

de: Mail Delivery System
date: lundi 18 avril 2011 20:33
à: y.pages@blabla.com
objet: Undelivered Mail Returned to Sender

This is the mail system at host mail.dgi.minefi.gouv.fr.
I’m sorry to have to inform you that your message could notbe delivered to one or more recipients. It’s attached below.
For further assistance, please send mail to postmaster.
If you do so, please include this problem report. You candelete your own text from the attached returned message.
The mail system

Faut-il voir dans cette fin de non-recevoir l’indice d’une faillite provisoire des instances dirigeantes, ou bien la preuve qu’un certain « Mail system » a déjà pris les choses en main, à moins que ce ne soit le signe annonciateur d’une vacance plus durable du pouvoir…?!
La nuit porte conseil, on verra ça demain.



14  avril 2011
[Texticules et icôneries — Soleil cou coupé.]

Métaphore astrale en chômage technique.



12 avril 2011
[Antidote au pessimisme ambiant —
Petit agenda des actions d'éclat
des anartistes russes du groupe Voïna.]

Début 2007 — Création du groupe Voïna (« Guerre » en russe), par des étudiants en philosophie  et autres agitateurs artistiques de Moscou. Se réclamant de plusieurs filiations esthétiques et politiques – décembriste, futuriste, anarchiste, actionniste viennois –, ils ont enchaîné jusqu’à aujourd’hui les happenings festifs, ironiques et audacieux, prônant « un art conceptuel de rue », hors les limites étroites du légalisme, qui a « déclaré la guerre à tout ce monde de l’art glamour-fasciste qui produit des objets d’art morts » ainsi qu’à tous les pouvoirs symboliques ou hyper-réelles de la société post-soviétique.

1er mai 2007 — Intrusion dans un magasin McDonald de Moscou, et jet de nombreux chats errants à l’intérieur, afin de « donner à bouffer à ces félins sans abri » et de faire découvrir aux employés certaines formes de « l’art contemporain de gauche ».

Août 2007— En l’honneur du poète & peintre Dmitri Prigov, récemment décédé, organisation d’un « festin » sauvage, avec table, nappes, assiettes et victuailles, à l’intérieur d’une rame du métro moscovite.

29 février 2008 — Peu avant l’élection du nouveau président, Dmitri Medvedev, envahissement d’une salle du Musée national de biologie (celle dédiée justement au « Métabolisme et énergie des organismes »), puis mise à nu simultanée de huit activistes, formant aussitôt quatre couples en plein rapport sexuel sous la banderole : Baise pour l’héritier, Petit Ours.

6 mai 2008 — En réaction à l’intronisation du Président Medvedev, jet de tartes et de thé chaud sur un chef de la police, dans un commissariat de Moscou, opération commando intitulée Humiliation du flic dans sa propre maison.

Juillet 2008 — Vol massif dans une supérette de luxe par un comparse déguisé en flic ayant lui-même passé par-dessus son uniforme une soutane de pope, suivi d’une non-arrestation à grand spectacle par les vigiles médusés.

Septembre 2008 — Simulation d’une pendaison publique de manifestants d’une gay-pride et de travailleurs clandestins parmi les travées d’un supermarché Auchan de Moscou, en réaction aux incessantes déclarations homophobes et xénophobes de Yuri Luzhkov, le maire de Moscou, limogé depuis.

Novembre 2008 — Projection laser d’un immense drapeau pirate sur la façade du Parlement, à Moscou, ce « coup d’état symbolique » étant censé rappeler que « des Russes meurent pendant que d’autres nagent dans la richesse », d’après Alexey Plutser-Sarno, membre du collectif.

29 mai 2009 — Concert punk sauvage à l’intérieur de l’enceinte du tribunal, avec guitares électriques, micros et amplis, lors du procès du commissaire d’exposition Andreï Eroféïév (jugé pour incitation à la haine religieuse à cause de l’exposition Art interdit 2006) – la chanson reprise en chœur comprenant ce refrain : Tous les flics sont des salauds, ne l’oubliez pas !

2010 — Ripolinage d’un phallus géant de près de 65 mètres de long sur la partie mobile du pont-levant Liteïny de Saint-Petersbourg, juste en face des locaux du FSB (l’ex-KGB), avec cette inscription en guise de légende : « Bite prisonnière du FSB ».

16 septembre 2011 — Renversement d’une dizaine de voitures de police dans Moscou – dont certaines comprenant des flics ivres morts à l’intérieur, soudain rappelés à la réalité cul par-dessus tête – ladite action concertée s’intitulant Prise du Palais d’hiver.

Octobre 2010 — Affichage sur ordre du ministère de l’Intérieur de portraits d’activistes du collectif Voïna, accompagnés de photos de nos performances soient affichés dans les commissariats et l’entrée des musées, avec la légende suivante : Groupe Voïna, recherché pour actes de délinquance.

15 novembre 2010 — Perquisition policière d’un appartement squatté et arrestation de Leonid Nikolaïev et d’Oleg Vorotnikov, membres fondateurs du collectif.

28 février 2011 — Libération des deux membres inculpés, après paiement de la caution (20 000 dollars) par le célèbre activiste anglais de street art, Bansky en solidarité à ses confrères « vandales ».

31 mars 2011 — Manifestation sauvage et dépôt sacrificiel d’une toque de membre des forces de sécurité sur la voie publique, en l’occurrence au milieu de la chaussée de la Perspective Nevsky.

6 avril 2011 — Procès de certains membres du collectif pour avoir aspergé d’urine des policiers anti-émeute lors de la manifestation du 31 mars précédent.

Et pour nous encourager à leur emboiter le pas,
quelques illustrations de leurs dits, faits & gestes…

Et pour aller voir de quoi il retourne, avec entretiens, vidéos
et chronique de la répression annoncée, c’est en français ici-même.

Auto-lien direct avec cet article.



7  avril 2011
[Texticules et icôneries — Apocalyptic Park.]

La mer monte… tout baigne.



6 avril 2011
[Légendes urbaines & rumeurs à la chaîne —
Pain dans la gueule.]

Avec leur pain de seigle label bio, les écolos super végétariens, vu qu’ils refusent les pesticides, ça laisse la place à plein de champignons pour proliférer sous la croûte, dont certaines amanites pas mortelles mais franchement hallucinogènes, alors t’imagines, quand tu bouffes ça matin midi et soir, t’es pas très net, tu lévites juste ce qu’il faut, deux millimètres au-dessus de la réalité, d’ailleurs pourquoi tu crois qu’au Moyen Âge, quand les paysans bouffaient que du pain noir, ils arrêtaient pas d’avoir des apparitions, la Vierge par-ci, Jésus par-là et des miracles à tout bout de champ, c’était à force d’avaler des mycoses parasites dans leurs bouillis de céréales, au Mexique pareil et même en Inde, ça vient de là le trip religieux, ça remonte presque à l’homme des cavernes, le syndrome des champignonnières, d’ailleurs en 1951, à Pont Saint-Esprit, dans le Vaucluse, à cause d’une expérience top secret de la CIA sur une farine de synthèse, les boulangeries du coin ont pas fait exprès, mais dans le bled, les gens se sont mis à voir des soucoupes volantes en plein jour, et même des poupées gonflables maousses comme des montgolfières, ben en vrai ça venait d’un dérivé de l’ergot de seigle que l’armée américaine étudiait pour faire planer ses troupes au combat, le LSD ça s’appelle, sauf que c’est après seulement que les écolos de l’époque, les premiers hippies californiens, leur ont piqué le truc pour s’envoyer en l’air, et là tu t’aperçois que la boucle… elle est vraiment bouclée.



4 avril 2011
[Texticules et icôneries — Lavis de recherche.]

Relâcher sa proie pour l’ombre.



3 avril 2011
[Légendes urbaines & rumeurs à la chaîne —
Sevrage ad libidum.]

Moi je veux bien que la pilule, ça nous a préservé le plaisir de la maternité obligatoire, mais depuis 1974, quand ils ont lancé la Minidril, pile en même temps que la loi Weil sur l’IVG, les gynécos pouvaient pas savoir, mais ensuite ils ont fait comme si de rien n’était, et toi pour libérer tes convictions féminines, tu te prends 4 kilos dans les hanches dès le premier cycle, et puis des infections urinaires, des migraines, des mycoses, des crises d’irritabilité et aussi de circulation dans les jambes, des remontées gastriques et des sécheresses vaginales, avec un grave problème de frottement dès que ton mec il prends son temps, et le truc pas croyable, c’est qu’à peine tu arrêtes les frais, tu t’aperçois qu’on t’avait tellement bridé les ovaires, mis la libido sous camisole, qu’après un mois de sevrage, tu te sens pousser des ailes, t’as envie de bouffer la vie par tous les bouts, tu flashes sur n’importe qui ou quoi, et ça prouve bien qu’à force de te microdoser toi-même t’étais juste devenu un long fleuve tranquille, un petit couple bien régulé comme il faut par la société, entre parenthèses quoi, mais le pire de tout, c’est que dans mon entourage immédiat sur huit copines qui prenaient la même pilule que moi, y’en a quatre qui ont eu des jumeaux, et ça, c’est un vrai effet secondaire dont personne ne parle.



1er avril 2011
[Premier anniversaire — Archyve's not dead .]

Déjà un an que ça dure, ici-même, site et pense-bête,  grâce aux complicités actives de Philippe Bretelle (conception graphique), Laurent Cochet (webmastering) et Alexandre Mouawad (coréalisation éditoriale). Merci à eux. Et en avant pour de nouvelles aventures.