Pour etre tenu au courant
de temps en temps


@ffinités





































































































































































































































































Pages : 12

27 juin 2011
[Texticules et icôneries —
Demi-mesure & embarras du choix.]

Aux voies prédestinées, préférer les chemins de traverse.



23 juin 2011
[Allergie à l'air du temps —
Compassion & stigmatisation,
un double langage permanent,
le cas Voynet à Montreuil.]

Une série d’événements touchant à divers aspects du mal-logement ont eu lieu à Montreuil dans le mois écoulé. Et il suffit de les mettre en regard, de les analyser de front, pour y voir converger le lot commun des arbitraires sociaux, des discriminations insidieuses, bref de la barbarie économique, mais aussi des terrains de lutte transversaux d’ordinaire voués à la défaite silencieuse. On y distingue aussi, outre les réflexes glaçants de la répression étatique, les traits récurrents d’un double discours de l’équipe municipale dirigée par Dominique Voynet. En cette période de crises locales répétées, on l’aura vue jouer sur les deux tableaux de la compassion médiatique (dans les prises de parole publiques) et du dénigrement culpabilisant face à toutes sortes d’expulsés en sursis (lors de réunions à huis clos, de face à face informels ou par rumeurs instillées de bouche à oreille). Aucune obsession sur la personne de Madame la Maire, mais l’examen d’un véritable cas d’école rhétorique de la gauche gestionnaire qui, ici comme ailleurs, en vient à adopter la duplicité cynique et émotionnelle de ces politiques du fait divers qui gouvernent aujourd’hui le vide sidéral de nos consciences radiotélévisées. Pour en juger (sur pièces), un rappel détaillé de quelques faits bruts, aussitôt suivis de belles paroles en l’air ou de légendes mensongères.

Le lundi 2 mai 2011 — Les résidents du 94 rue des Sorins reçoivent un arrêté préfectoral d’expulsion les sommant de déguerpir avant le 22 mai 2011. Qui sont-ils ? Entre 200 et 300 immigrés, majoritairement d’origine malienne, bossant dur la plupart du temps, avec ou sans papiers, et ayant épuisé toutes les possibilités de logements précaires. Pour moitié, ils sont là depuis 2008, ayant peu à peu aménagé des dizaines de chambres-cabanes au sein de l’immense hangar désaffecté et installé le minimum vital à leurs frais (de coûteuse toilettes entre autres). Récemment, ils avaient passé une convention avec la Mairie, la Confédération nation nationale du logement (CNL) et Veolia pour régulariser l’approvisionnement en eau (et en payer les factures). Mal leur en a pris, puisque l’ordre de quitter les lieux semble avoir découlé, une semaine plus tard, de cette démarche.
Et comment ont-ils réagi à l’injonction de Christian Lambert, Préfet du 93 ? Avec le souci de rester soudés en ces périlleuses circonstances et une maturité politique qui force le respect. Ils ont donc exprimé leur intention de ne pas résister par la force en cas d’expulsion, mais d’aller tous ensemble développer un campement durable… sur n’importe quelle place de la commune, celle de la Mairie par exemple. Soutenus par le DAL et par divers Montreuillois, dont des habitants de maisons occupées, ils ont sollicité une concertation avec la préfecture et un geste de soutien de la Municipalité. Les autorités préfectorales ont accepté de recevoir 4 membres du collectif des Sorins, mais mis un véto définitif à la présence de deux « soutiens » extérieurs, même en tant que simples observateurs. Du coup, le porte-parole des « Sorins en lutte » a décliné cette proposition, jugeant que les mises en garde policières contre lesdits « anarcho-autonomes » qui leur prêtaient main forte n’étaient qu’un piège (en forme de mot-valise) et que personne, bien au contraire, n’avait eu à se plaindre de l’aide précieuse de ces « dangereux » squatteurs, solidaires de la première heure. Par contre, côté municipal, silence-radio sur toute la ligne.
Bien sûr, dans les hautes sphères, entre Voynet et les bras armés du ministère de l’Intérieur, ça a dû palabrer sec, sous pression à chaud puis à froid, peser le pour et le contre, et couper des poires en deux ou trois. Résultat, début juin, rien de nouveau sous le soleil, ni expulsion manu militari, ni la moindre solution alternative, mais une sporadique intimidation policière, à proximité du lieu occupé, avec au compte-goutte des « obligations de quitter le territoire » pour les interpellés.

D’où l’organisation, le vendredi 10 juin, d’un repas collectif en soirée pour fêter le fragile statu quo et faire caisse de résonance auprès des Montreuillois au sens le plus large. Soirée de grande émotion confraternelle avec des Rroms du quartier, des réfugiés tunisiens via Lampedusa, des sans-papiers et mal-logés du 93, des soutiens de longue date (les précaires & chômeurs du collectif des Cafards et les animateurs de la bibliothèque autogérée Le Rémouleur), d’autres plus récents (du NPA, entre autres) et pas mal de riverains non encartés. Plats à 2 euros, bal mixte improvisé et projection d’un film vidéo montrant les conditions d’habitation à l’intérieur et les efforts de tous et chacun pour rendre la vie commune supportable malgré tant de misère quotidienne. Aucune bagarre à déplorer, ni dope en circulation, ni harcèlement sexuel (ces détails ont leur importance, on le verra par après), mais sans doute quelques traces d’urine dans les caniveaux alentour. On y a aussi beaucoup parlé d’un drame survenu quelques jours plus tôt à 300 mètres de là…

Entre-temps, il est vrai que, dans la nuit du dimanche 5 juin 2011, alors qu’un orage éclate, au 77 rue Parmentier, un immeuble de quatre étages en cours de « réhabilitation » finit par s’effondrer sur une petite maison mitoyenne, provoquant la mort d’une habitante, Sira Fofana, et de deux de ses enfants, Sennou et Boubakar, tandis que le mari, sauvé in extremis, est gravement atteint à la jambe. Deux autres familles comptent huit blessés et des gamins sous le choc.

Dans la précipitation, certains rescapés sont envoyés à l’hôtel par les services sociaux (le plus miteux du coin, en l’occurrence, après comparaison des tarifs, « à cinq euros près », par un responsable, non loin des décombres), et les mômes scolarisés accueillis par des parents d’élèves aux mœurs plus hospitalières. Notons que jusqu’au 23 juin, malgré un vague engagement concernant les rescapés Fofana, aucune des trois familles n’a reçu la moindre proposition de relogement, mais un début de pétition à ce sujet et un rassemblement devant le conseil municipal ont changé la donne. Et obligé la municipalité à promettre une issue rapide à ce problème, relayée par la presse. Affaire à suivre, donc…
Le lendemain de l’effondrement, face aux micros et caméras, Dominique Voynet trouve les mots justes pour compatir et dénoncer la spéculation immobilière, non sans rappeler que les victimes étaient des occupants «illégaux» qui vivaient dans un « squat », parce que, à ce même propos (et sans guillemets, pour ne la citer qu’en substance), des gens à la rue, clandestins de ceci ou de cela, il y en a tellement d’autres à Montreuil, et des plus mal lotis encore, au-delà de ce que la Mairie, humainement toujours, peut supporter, vu qu’il y a en déjà 6000, de demandeurs de logements, sur les listes d’attente, alors faut me comprendre, etc. Quelques jours plus tard, le texte du bulletin municipal conclura sur le même balancement argumentaire : les Montreuillois et la misère du monde… toutes choses inégales par ailleurs… c’est pas de notre faute ni dans nos moyens… trop de pauvreté tue l’esprit d’hospitalité…
N’empêche, fallait-il rappeler à ces morts & survivants qu’ils étaient d’abord des hors-la-loi, «squatteurs», donc un peu dans leur tort quoi ! Était-ce le moment de tant insister sur ce point faible. D’autant que ça n’a rien à voir avec le drame en question, puisque ce n’est pas l’état de délabrement de leur maison, ni leur propre inconscience à l’occuper qui les a conduits à la catastrophe, mais la l’immeuble en péril d’à côté qui aurait pu décimer d’autres voisins ou les enfants de l’école en face si c’était arrivé en pleine journée. Quoique, à ce stade du récit, on objectera qu’il s’agit d’un mauvais procès. Mme Voynet n’avait pas l’intention de nuire à leur réputation, juste un goût de la précision, disons déplacé, et qui l’a maladroitement conduite à chipoter ce distinguo entre citoyens de première et de seconde zone (celle de transit justement), sinon pas citoyen du tout, mais passons.

Comment un tel désastre a-t-il pu se produire ? Un permis de construire concernant l’immeuble effondré a bien été validé par la Mairie, même si elle a tiqué  en voyant le motif commercial : « Hôtel de tourisme ». Évidemment un jeu de dupe, faute de touristes, juste la petite combine d’un marchand de sommeil : retaper un taudis au black, tous travaux payés en blanchissant du cash, pour mieux faire du fric ensuite avec les services sociaux comme hébergeur bas de gamme sur le dos des relogés d’urgence (la fausse-bonne solution habituelle aux frais de la collectivité, et pourtant toujours préférée à une relative bienveillance envers la libre réquisition des logements laissés vacants à des fins outrancièrement spéculatives par des sans logis bricoleurs, mais bon…)  Puisque tout était en bonne due forme, sur le papier, les autorités municipales ne semblaient pas avoir les moyens de s’y opposer. C’est le bon sens du système de défense officiel. Sauf que ça ne tient pas trop debout cet argument…
Depuis plusieurs semaines, une poignée de sans papiers d’Europe de l’Est étaient surexploités sur ce chantier à claire-voie (sans bâche ni palissade), soumis aux injonctions d’un contremaître peu scrupuleux, incompétent en matière d’architecture et soucieux de « réhabiliter » le bien de ses donneurs d’ordre à moindre coût. Autrement dit, on avait fourni aux ouvriers (ne pouvant comprendre des consignes complexes faute de connaître un mot de français) des masses pour briser les planchers et des brouettes pour ramasser les gravats. Sans vouloir causer du tort à ces employés au black, certains voisins directs ont posé des questions aux services concernés de la mairie, finit par joindre les proprios mafieux (qui ne s’en cachaient pas vraiment) et constaté dans les derniers jours avant la catastrophe l’érection sur le reste du terrain de petites casemates en parpaings (en contradiction complète avec les plans), sans doute des abris d’infortune pour loger la main d’œuvre sur place. D’autre part, la surveillance de visu des chantiers en cours (surtout dans ce cas d’emblée litigieux qui aurait nécessité un véritable « permis de démolir » et pas l’accord sur une simple « réhabilitation ») fait partie des attributions municipales. Il y a donc eu pour le moins un dysfonctionnement, même involontaire, dans le suivi du Plan d’Occupation des Sols. Et sans s’acharner a posteriori sur les responsabilités municipales, on pouvait au moins espérer quelques mots d’excuse, l’aveu d’une certaine « négligence », un profil bas…

Le dimanche 12 juin, Dominique Voynet ou ses représentants avaient l’occasion de s’expliquer en direct avec les gens du quartier puisque une cérémonie de recueillement était organisée devant le lieu du drame, à l’initiative des familles, des riverains et de sans papiers solidaires. À l’heure dite, 15h, une centaine de voisins, tous âges confondus, se regroupent face aux ruines, protégées par un grillage couvert de dessins d’enfants, de fleurs déjà fanées et d’autres accrochées de fraîche date, ainsi qu’une affichette appelant à une marche silencieuse des habitants des Sorins, ce qui explique la présence indécente en ce moment de deuil collectif de 8 fourgonnettes de CRS dans l’avenue de Chanzy. Par contre, aucune présence d’agents de la mairie, ne serait-ce que pour bloquer la circulation en amont, chose faite avec un panneau de déviation de la voirie par mes soins. Comme annoncé, les mal-logés des Sorins, après avoir parcouru les 500 mètres qui les sépare de la rue Parmentier et contourné le dispositif policier, s’approchent en un cortège mutique, une centaine d’hommes (et quelques femmes) brandissant la photocopie d’une photo de l’immeuble effondré.

S’ensuivent quelques prises de parole bouleversantes, de la directrice de l’école en face, d’un rescapé, d’une parent d’élève proche de la défunte Sira, de sans papiers maliens, de « Babar », le porte parole de Droit Au Logement (DAL).

Pas un(e) élu(e) à l’horizon, semble-t-il (qu’on aurait pu imaginer ceint(e) de son écharpe tricolore pour l’occasion). Ah si si, je me trompe, la maire-adjointe est là, Catherine Pilon, mais faute de s’adresser à l’assemblée à la suite d’autres prises de parole, elle préfère rester à l’écart et répondre à une interview pour le télé BFM.

C’est sa mission du jour, se déculpabiliser en martelant que « nous n’avons pas été alertés par des défauts du chantier avant qu’il s’écroule. » Et la chose importante à ses yeux, c’est que ce message passe aux journaux télévisés, parce qu’elle sait bien que cette même phrase, si elle l’avait prononcée à voix haute devant la foule environnante, lui aurait valu démentis cinglants et débats houleux.
Tout un art consommé du contournement médiatique pour éviter de ses confronter avec des opinions publiques de proximité. Mais c’est la semaine suivante, dans le compte-rendu de cette cérémonie improvisée au sein du bulletin municipal du 21 juin qu’un autre type de manipulation se fait jour. On y raconte «la solidarité spontanée des habitants du quartier, des militants associatifs, des élus (sic)» et l’arrivée du «cortège silencieux et digne : les résidents du foyer Centenaire », dont se détache un homme qui «affirme d’une voix forte : “Nous sommes ici en tant êtres vivants !”». Ça fait d’ailleurs le titre de l’article entier, cette maxime humaniste. Mais remettons la réalité sur ses pieds et les propos dans la bouche de bonnes personnes. Celui qui parlait ainsi, ce n’était pas un résident du foyer Centenaire, c’était le porte-parole des mal logés des Sorins, ces expulsables en sursis dont la présence ce jour-là avait convaincu les représentants de la Mairie de se faire plus que discret, témoins absents. Comme s’il fallait ne pas tout mélanger, des gens en lutte et d’autres en pleurs. On verra plus loin combien ce malencontreux lapsus en dit long sur la duplicité de certains discours municipaux dont aucun erratum ne pourra absoudre le cynisme ordinaire.

Deux jours plus tard, autre lieu, autre injonction à déguerpir. Le mercredi 15 juin, le tribunal d’instance de Montreuil prononce l’expulsion sans délai du 234 rue de Rosny, justifiant sa décision par divers courriers de la mairie, dont celui-ci…

Le pavillon en question abrite en effet une dizaine de personnes, couples, et familles avec enfants, dont un né depuis l’emménagement en 2009. Suite à leur installation, les occupants ont effectué d’importants travaux à leurs frais et vécu en bon entente avec le voisinage. Qu’on leur conteste toute légitimité à squatter une propriété privée est une chose, mais ce cas précis devrait faire réfléchir les plus rétifs à la grève sauvage des loyers : cette maison appartient à Proudreed/Quartz properties, une société d’investissement immobilier qui possède un patrimoine de 2 092 millions d’euros. L’ayant laissée vacante depuis plusieurs années, ces proprios sont le symptôme exemplaire d’une immobilisation spéculative d’un bien à vocation locative (selon la classique logique capitaliste d’anéantissement de la valeur d’usage).
On est donc en droit de s’étonner que Dominique Voynet ait pris l’initiative d’alerter ces «vautours» dont elle combat officiellement la logique purement financière (celle qui a d’ailleurs ruiné la commune sous les précédentes mandatures de Brard, à force de préemption défensive face à l’irrésistible montée des prix au mètre carré). À moins que la Mairie, considérant ce lieu comme « un squat politique », selon son expression, soit désireuse de s’en débarrasser, même s’il ne dérangeait personne dans le coin, sauf ceux qui ont quelque chose à craindre d’une ruche à idées subversives. Mais on a dû l’informer que vivent là plusieurs personnes qui ont animé la « grève des chômeurs » l’année dernière et que ces mêmes fauteurs de trouble, ironie du sort, font partie de ceux qui aident dans la faible mesure de leurs moyens ( banderole, affiche, camion-sono…), l’actuel collectif des Sorins. D’incurables emmerdeurs, donc, aux yeux de ces élus. Tant pis pour ces « squatteurs », et même un petit appel du pied aux expulseurs, un coup de main en douce, l’air de rien… ou presque. Dommage que ça saute aux yeux, l’hypocrisie gestionnaire d’une Mairie qui catalogue les plus à gauche de ses oppositionnels comme ses pires ennemis…

Pour en savoir plus sur les idées, pratiques et façons de s’exprimer des habitants du 234 rue de Rosny, on se reportera aux proses bien senties qu’ils ont regroupés dans un tract grand format. Un bel exercice d’écriture à dix ou douze mains ! C’est disponible ici même.

Ultime étape de ce récit, le samedi 18 juin, une manifestation du « collectif des habitants du 94 rue des Sorins» est prévue. Des affichettes intitulées « Ville en révolte » ont fait des petits un peu partout dans le Haut et le Bas-Montreuil.

La matin même, une rencontre avec Dominique Voynet est organisée en toute hâte. Il s’agit de renouer le dialogue in extremis. Plusieurs délégués des Sorins y participent, le porte-parole du Dal et d’autres soutiens. Après exposé des diverses demandes des occupants en sursis sur les formes possibles de soutien de la Mairie face à l’imminence d’une expulsion, Dominique Voynet commence par calmer les esprits, rassurer sur le peu de probabilité d’une intervention policière, tout en réaffirmant que de son côté elle n’a rien signé en ce sens. Puis le ton se fait moins aimable, car après tout, ils ne sont pas les seuls à être mal lotis, ni les plus à plaindre, etc. Puis vient l’estocade, la Maire évoque les problèmes de drogue, la mort d’une femme par overdose, l’existence d’une prostitution d’abattage dans l’enceinte de l’immeuble squatté et même, selon son dir’ cab’, un appel téléphonique concernant une tentative de mariage forcé. Sans oublier la présence d’excréments sur les trottoirs alentour que les services de nettoiement, pourtant « issus de la diversité », se plaignent d’avoir à ramasser. Alors quoi, chacun sa merde ! Après la chaleureuse entrée en matière, la douche froide et le nez dans le caca. Les habitants des Sorins répliquent que, justement, après l’overdose en question, ils ont appelé la police pour en finir avec les rares dealers qui opéraient aux environs, sans grand succès, avant de faire le ménage eux-mêmes. Quant à la prostitution et aux mariages forcés, ils démentent en bloc. Parole contre parole. S’ils étaient trois cents Français de souche, vivant dans le même précarité, leur aurait-on reproché toutes les transgressions qui à la marge n’auraient pas manqué de se produire ?
Restent deux jokers dans le double jeu de Voynet (entre coopération affichée et suspicion à mots couverts, protestation de fraternité et conseils paternalistes, bref entre carotte et bâton). Premièrement, elle leur conseille de tenir à distance les éléments « violents » de la mouvance « autonome » qui gravitent dans leur parage, surtout lors du défilé qui aura lieu quelques heures plus tard. On la voit ainsi emprunter sa terminologie aux grilles d’analyse ministérielles, sans nuance ni bémol. Comme quoi, les coups de flashball à répétition ces dernières années ne lui ont pas servi de leçon, puisque la voilà qui relaie à sa manière la pression criminalisante contre certains milieux, libertaires entre autres. Deuxième leçon de morale, Voynet évoque brièvement leur participation à la marche funèbre du dimanche 12 juin, qualifie cette « récupération » d’indécente et affirme que les riverains ont trouvé cette arrivée en masse choquante. Ici, toutes les bornes de l’allégation mensongère sont dépassées. Et si je puis me permettre (en tant que simple résident de la rue Parmentier), c’est faux. Tous et chacun des présents pourront témoigner que cette communion avait une force inouïe, un intensité de chagrin, de rage, de dignité, de désespoir et de tant d’autres sentiments indémêlables, et que dénigrer ainsi ce moment de partage sans frontière est tout simplement odieux.

Vient l’heure de la manifestation, à 200, puis 300, puis 400, à très hautes voix pour les slogans et une caravane sono en queue de cortège, pour les rappeurs improvisant en cours de route des hymnes multilingues. Les Robocops de la Préfecture manquent à l’appel, la BAC aussi, tant mieux. À leur place, l’équipe municipale dite de « tranquillité publique » encadre le défilé sans défouler leur hargne habituelle. Il y aurait à redire sur leurs comportements ces dernières années, et sur la personnalité trouble de leur chef, comme il est expliqué ici… mais passons.

Première station devant le foyer Centenaire, puis devant la mairie où un mariage bat son plein. Petit compte-rendu au mégaphone positivant les acquis de la rencontre avec Voynet, histoire de ne pas insulter l’avenir, comme on dit.

Ensuite, remontée sur plusieurs kilomètres, vers le parc de Montreau où, malgré la pluie intermittente, la ville organise justement sa fête annuelle.

Nouvelles prises de parole au micro, face au double cordon de sécurité empêchant les manifestants d’entrer, si jamais il leur venait à l’idée de gâcher le plaisir aux vrais Montreuillois…

Même pas, mais le plus drôle c’est que plusieurs sans papiers se détachent du meeting improvisé pour aller saluer quelques potes, parmi les vigiles qui ont été appelés à la rescousse. Fraternisation qui n’a pas l’air d’amuser beaucoup les sbires en jaune de la sécurité officielle. Ça y est, on arrive au terme de ce long parcours, aussi combatif que festif. On va se disperser, sans même négocier notre entrée dans la kermesse… histoire de ne donner aucun prétexte à dénigrement ultérieur.

Depuis le début de la marche, deux représentants de la Mairie nous ont accompagnés, en mission d’observation. Et comme celui de gauche (en blouson de cuir) m’a déjà éconduit après une brève altercation où j’ai trop vite perdu mes nerfs, je m’approche de l’autre (en anorak rouge). Changement de ton, je me présente comme habitant de la rue Parmentier. On engage un petit dialogue de sourds, mais dans des formes apaisées. Et puis voilà, ça tourne un peu en rond. La lettre de Voynet, pour accélérer l’expulsion des usagers du 234 rue de Rosny, il ne nie pas, il hésite, précise qu’il en ignore les tenants et les aboutissants, plutôt gêné aux entournures, mais bon, c’est pas de sa compétence. Par contre, il a sa petite idée sur la réunion qui a eu lieu le matin même entre Madame la Maire et le collectif des Sorins. Et là, à ne pas en croire ses oreilles, il résume ainsi le motif de cette rencontre : « Les gens des Sorins sont venus nous confier tous les problèmes qu’ils ont avec la drogue et la prostitution… pour qu’on les aide à en venir à bout…» De peur d’avoir mal entendu, je lui fais répéter. L’erreur est humaine, sauf que non, il persévère au mot près.
Croit-il lui-même à cette version des faits ? Prend-il ceux qui soutiennent les Sorins pour des cons ? Ou n’est-il pas plutôt à l’exacte croisée des chemins de notre époque, à ce point de décomposition de la gauche réformiste & morale : la discrimination compassionnelle. Celle qui a dans le viseur d’un certain pathos dénonciateur toutes sortes de chômeurs, précaires, putes ou sidéens, sous prétexte d’assistanat, de fraude, d’illégalité. On croyait ce ressort idéologique à double détente l’apanage de la droite populiste, malheureusement, la confusion a gagné l’esprit moribond de la culture social-démocrate.

On reviendra bientôt ici même pour décrire un phénomène similaire dans la gestion, pseudo humanitaire et ultra-répressive, des réfugiés tunisiens par la Mairie de Paris, avec à sa tête Bertrand Delanoë, un ex-ami de Ben Ali qui a tant à se faire pardonner…

Post-scriptum & rendez-vous ultérieurs :
Les habitants menacés d’expulsion du 234 rue de Rosny organisent un rassemblement devant la Mairie de Montreuil le mardi 28 juin à partir de 14 heures, afin de «s’opposer aux spéculateurs qui gouvernent la ville» et de remettre leur «lettre ouverte» à Mme Dominique Voynet, non sans lui demander audience pour obtenir quelques «éclaircissement»…

Auto-lien direct à cet article.



21 juin 2011
[Texticules et icôneries — Casting équivocal.]

Cocher le numéro de sa case avant de parler…



19 juin 2011
[Auto-télé-promo — Voyage au bout de… Céline.]

Pour celles et ceux qui possèdent encore une TV, on pourra rallumer sa petite lucarne le 23 juin à 21h30 sur France 5 pour mater le documentaire de Jean-Baptiste Péretié (52 mn), Voyage au bout de Céline, où, parmi un tas d’images d’archives plus ou moins connues, on me fait causer de l’œuvre célinienne en compagnie d’autres érudits, amateurs & critiques.



18 juin 2011
[Texticules et icôneries — Miragination.]

Fille de l’air portée aux nues.



17 juin 2011
[Adages Adhésifs & Stickers unlimited
Étiquetage sauvage, troisième salve.]

Avec l’Ami Philippe Bretelle, on a conçu une trentaine d’autocollants, de dix centimètres sur quinze, en noir sur blanc… et réciproquement.
Avec juste trois quatre mots maximum dessus, un petit bout de phrase sans début ni fin.
Ces « Adages Adhésifs », comme autant de cadavres exquis typographiques, ne prennent sens qu’in situ, en plein air (de rien), au moindre recoin de la rue, n’importe où mais pas n’importe comment, pour que ça colle vraiment entre brève de style et fragment de réalité. Histoire d’en foutre partout où ça nous plaît, d’inventer de petites légendes à la vie quotidienne, de la sous-titrer pour de faux, de créer ici et là très littéralement des lieux-dits.

Pour suivre à la trace la dissémination urbaine de ces stickers,
on avait déjà donné un échantillon de photos ici et .

Et le diaporama complet de ces messages subliminaux
ça s’empile et se compile dans ce coin-là.

PS : Quiconque voudrait se faire envoyer tel ou tel spécimen n’a qu’à le demander [y.contact@archyves.net] dans la faible limite des stocks disponibles.



15 juin 2011
[Texticules et icôneries — Hypothèse spéculative.]

Folles enchères à la belle étoile.



14 juin 2011
[Texte en partage & auteur invité —
«Fiche-moi la paie» de Noémi Lefebvre.]

Fiche-moi la paie

Il paraît qu’en Europe du sud, la jeunesse diplômée en a marre, c’est ce que j’ai entendu dans ma bagnole à la radio culturelle, il y avait une émission avec des sciences po, des historiens, des économistes qui usaient de mots comme indignation, spécificité, contagion limitée, jeunes chômeurs, mouvement social, crise économique, précarité, démocratie, autogestion, refus des partis politiques, non-violence, soixante-huit, solidarité, printemps, le nouveau entrait dans les cases d’une maîtrise bien référencée. Bon moi j’allais voir les comptables de l’IUT carrières sociales. J’avais mon badge FICHE-MOI LA PAIE épinglé à ma veste, offert par un fabricant de slogans urbains, l’ami Yves Pagès. FICHE-MOI LA PAIE, une médaille du mérite, façon de parler anonyme et personnelle qui me donnait d’un coup une réalité sociale.

Je venais pour avoir un papier signé qui prouve que j’avais bien fait 22 heures de cours en 2010 qui ne m’avaient pas été payés pour l’excellente raison que c’était le réglement. J’ai tout de même demandé quel réglement, c’était que j’avais fait trop d’heures, 112 en un an alors que j’étais limitée à 90 sur l’université nationale. Limitée? pour quelle raison ? Parce que mon dernier salaire principal à durée déterminée n’était pas assez important, 520 Euros. C’est pourtant pas mal, non ? Oui mais non. Il faut plus. Si tu gagnes pas assez, on te paie pas. Ah d’accord j’ai dit. Donc pour être payé il faut gagner plus. Voilà, c’est ça. Si tu gagnes pas assez tu travailles pour rien et tu es dans l’illégalité, parce que, comme disent les comptables, ils sont tout de même vaguement indignés, tout travail mérite salaire. Vous comprenez, si vous aviez un gros salaire, je sais pas, par exemple 2000 euros mensuels, là vous pouvez dépasser les 90. J’ai dit mais si je gagnais 2000 euros par mois je ne voudrais sûrement pas enseigner plus de 90 heures, je m’en foutrais pas mal et puis j’aurais pas le temps de préparer mes cours, sans compter que depuis 1936 on a aussi droit à des congés. C’est comme ça, elle a dit, la compable, j’y peux rien. Et pourquoi on me l’a pas dit avant que je commence les cours, que je pourrais pas être payée ? Elle m’explique. Parce qu’entretemps les choses ont changé. Eh oui ! C’est devenu plus difficile ! Pour tout le monde ! Ah, j’ai compris, c’est pour ça que l’université se modernise, alors. Pour préparer les étudiants à leur future précarité il faut donner l’exemple ! c’est vachement astucieux.

Voilà comment ça marche :
1. L’article 2 du décret n 87-889 du 29 octobre 1987 prévoit que les chargés d’enseignement vacataires sont des «personnalités choisies en raison de leur compétence dans le domaine scientifique, culturel et professionnel et qui exercent une activité professionnelle principale en dehors de leur activité de chargé d’enseignement.»
Les vacataires ne sont donc pas des enseignants, ils ne sont pas des universitaires sans poste, ils sont des intervenants qui viennent à l’université, de temps en temps, raconter des expériences professionnelles à des étudiants.

2. L’université embauche des enseignants vacataires parce qu’il n’y a plus de créations de postes depuis belle lurette. Officiellement, il faut donc demander à «des personnalités choisies en raison de leur compétence dans le domaine scientifique, culturel et professionnel et qui exercent une activité professionnelle principale en dehors de leur activité de chargé d’enseignement» par exemple de faire un cours fondamental de 22 heures à raison de deux par semaine sur un semestre et copies à corriger en suplément gratuit, soit environ 200 heures si tu fais le taf sérieusement.
Inutile de préciser que les «personnalités choisies en raison de leur compétence dans le domaine scientifique, culturel et professionnel et qui exercent une activité professionnelle principale en dehors de leur activité de chargé d’enseignement» sont tout à fait adaptées à ce genre de sport.

3. Beaucoup de cours fondamentaux sont pris en charge par des diplômés de l’université qualifiés ou non par le Conseil national de l’Université, étant donné qu’il n’y a pas de postes crées, et puisque que les précaires coûtent moins cher et ne risquent pas de l’ouvrir sur ce qui se passe dans l’enseignement ni la recherche vu qu’ils ne sont ni enseignants ni chercheurs, même s’ils font de l’enseignement et de la recherche.
Heureusement qu’il y en a plein de très bons, des docteurs expérimentés, prêts à prendre en charge un maximum de cours dans les conditions les plus extrèmes, trop contents de pouvoir faire ce pour quoi ils sont formés. Ils disent merci.

Et puis vacataire d’enseignement, c’est pas mieux payé que lecteurs de code-barre mais beaucoup plus marrant, on peut parler littérature, art, philosophie, politique, histoire des idées et de tas de choses sans aucun compte à rendre sinon aux étudiants et à soi-même. Au supermarché du bled où je fais mes courses, les filles de mon âge n’ont pas le temps de se marrer avec les idées. Pendant que je m’amuse à préparer mes cours, elles font de la résistance passive, c’est à dire qu’elles s’expriment. T’as vu, il faut que je défasse les lots en promo, a dit la plus dure qui inspire le respect avec sa colère de classe, une de celles qui font le boulot mais pas sans rien dire, alors que la promo est encore sur le catalogue, le chef a dit de défaire les lots et de tout remettre en rayon au prix déloté, ni vu ni connu. Et la marge elle va où ? Tu trouves que c’est normal ? Les clients entendent, c’est exprès, l’expression c’est pour qu’on entende. Pour chaque heure que je passe à la fac avec les étudiants à parler d’histoire de l’art, de socio de la culture ou d’histoire culturelle, il y a une fille pareille que moi qui fait ses heures en voyant ce qui se passe et qui trouve pas ça normal. Oui la fac c’est beaucoup plus marrant, plus marrant aussi que l’usine, pas de chronomètre, les cadences infernales on se les impose tout seul, si on veut, personne pour contrôler mais tu peux être tranquille, quand on est sans poste on se donne à fond, c’est comme les intérimaires, ils cassent les pauses-pipi, ils foutent la honte aux tire-au-flanc et empêchent les petites discutes entre deux manutentions. C’est des bêtes de somme de man-power dans la roue de l’homme-pouvoir qui remplacent les cédédés pas décédés mais en voie de disparition par suppression de postes.

Un jour un professeur d’université bien intentionné avec qui je buvais un coup sur la terrasse en face de la statue des Trois Ordres, côté égalité, Tiers-Etat les bras levés, m’a dit cette phrase très encourageante, que j’avais sans doute «une petite chance». Une petite chance de quoi ? j’ai demandé. Et lui une petite chance, un jour, d’avoir un poste. C’était il y a déjà trois ans, au temps des vagues espoirs de la loi LRU qui permet au patrons d’université d’embaucher des à la rue si bon leur semble. J’ai dit que de sa petite chance, j’en voulais pas. Que je m’en foutais de la petite chance, que la petite chance c’est ce qui fait espérer en fermant sa gueule pour pas ruiner sa petite chance. J’ai pourtant continué à fermer la mienne, de gueule, et pour me faire payer j’ai monté mon auto-entreprise.
Je suis devenue patron de moi-même sur le conseil de sciences-po et de l’IUT. Tous unis contre le service public, ils m’ont dit que c’était la seule solution, de monter sa boîte pour enseigner à l’université. Comme ça tu te responsabilises, tu as la gagne, et tu factures tes heures au lieu d’être bêtement salarié. J’ai monté mon entreprise de rien. Ça tourne à plein. Je reçois des tas d’invitations pour m’inscrire sur des annuaires professionnels. Depuis j’ai donné des dizaines d’heures de cours en tant que personnalité choisie en raison de sa compétence dans le domaine scientifique, culturel et professionnel exerçant une activité professionnelle principale de rien, en dehors de mon activité de chargée d’enseignement. Je suis allée avec mon numéro de siret tout neuf à l’IUT, la comptable a dit ah je crois que ça va pas passer. A sciences po, on m’a dit bon, pour cette année on va pouvoir vous payer mais à partir de septembre, c’est fini, on a reçu un nouveau courrier de l’agent comptable. Maintenant, «selon la reglementation, il n’est pas possible à un auto-entrepreneur de donner des cours».

En épilogue, je suis allée voir le directeur de l’IUT. Salut, je lui ai dit, il est sympa, de gauche. Il a dit salut ! Alors comment ça va ? J’ai dit au poil. Il était content, il avait eu d’excellents retours sur mes enseignements par les étudiants, et il espérait bien que je serais parmi eux, l’équipe, l’année prochaine. J’ai dit c’est chouette, mais non, que j’y serais pas, dans l’équipe. L’IUT était un endroit formidable, les étudiants super, j’adorais le boulot mais je pouvais pas continuer pour la raison débile que tout travail mérite salaire. Ah je comprends, il a dit sans se mobiliser davantage sur mon cas. Puis il m’a demandé ce que j’allais faire, c’est un type sympa, de gauche.
J’ai dit que j’en savais rien.
Mais comment tu vas faire pour gagner ta vie ? il a ajouté.
Et j’ai répondu que j’allais vendre mon cul ailleurs.
C’est vrai, faut dire, le problème avec les vacataires de l’université, c’est qu’ils savent rien faire d’autre. Ou alors profiter avec les jeunes diplômés de leur place au soleil. Les démagos !

Noémi Lefebvre a publié un premier roman,
L’autoportrait bleu, aux éditions Verticales.
Pour en savoir plus, c’est ici.

Post-scriptum & esprit d’escalier :

Faire couple pour un demi RSA

Pour les moins de 25 ans qui n’ont pas droit au RSA (cette interdiction d’accès est une contributionsocialiste aux inégalités qui date de la création du RMI, en 1988), sauf si ils ont au moins un enfant, il est une voie d’accès : se déclarer en concubinage ou se pacser avec un allocataire du RSA permet d’accéder à une fraction d’un RSA désormais calculé pour un couple. On voit donc des formes d’entraide où un allocataire accepte de se déclarer en couple pour qu’une autre personne interdite de RSA en raison de son âge puisse toucher les 220€ qui s’ajoutent au 410€ du RSA de l’isolé…
Attention : cela suppose un peu de soin (ne pas avoir des existences administratives visiblement contradictoires) et une relation de confiance, histoire d’être en mesure de suivre correctement son dossier (avoir les infos sur les courriers reçus en temps en en heure, etc.), jouer le jeu – ce qui ne veut pas dire se soumettre – avec le maximum de cartes en mains.

Extrait de De la légitimité de frauder les minima sociaux et de quelques conseils à cette fin

Permanences précarité, lundi de 15h à 17h30 à la CIP 13bd de Strasbourg, M° Strasbourg Saint-Denis Tel 01 40 34 59 74. Adressez questions, témoignages et analyses à permanenceprecarite@cip-idf.org



11 juin 2011
[Texticules et icôneries — Brève de trottoir.]

Jeu de jambes… chercher le poing commun.

D’autres images de rassemblements, cortèges, happenings, défilés et autres démonstrations collectives, avec ou sans bannières, pancartes, banderoles…
et c’est compilé sur ce petit diaporama.



9 juin 2011
[Souviens-moi — (suite sans fin).]

De ne pas oublier que, à mi-chemin de mon adolescence, Éric Lecot, compagnon de farniente estival et sosie gominé d’Elvis Presley, sans doute lassé de crooner en pur crâneur et de singer l’éternelle jeunesse du défunt King enterré sous son ubuesque poids mort pendant l’été 1977, a fini, lui, par se tirer une balle dans la bouche l’hiver suivant, avec le 22 long rifle de son grand-père, un rescapé d’Indochine et vitupérante caricature d’un chien de guerre.

De ne pas oublier qu’en ex-Yougoslavie les grands-mères conseillaient aux enfants couverts de boutons suspects de les habiller chaudement de vêtements rouge vif pour en finir plus vite avec leur hypothétique rougeole.

De ne pas oublier que, lors d’un récent débat sur l’œuvre de L.-F. Céline au Centre Beaubourg, face à un octogénaire prenant le micro pour accuser «les organisations juives internationales» d’avoir «voulu la guerre», j’ai perdu mon sang-froid et traité le vieil emmerdeur de «doublure lumière de Faurisson», faute d’avoir été prévenu par les organisateurs de la rencontre que, là, au troisième rang de la salle, ce provocateur aux cheveux blancs n’était autre que l’incurable négationniste, Robert Faurisson en personne, pris au dépourvu par la vraie fausse ingénuité de ma réplique.

De ne pas oublier qu’un des plus éminents préhistoriens de Tunisie, spécialiste du néolithique, aura passé les dernières années de sa carrière à être sous-payé à travailler dans son petit coin, un placard même pas doré sur la colline de Byrsa, derrière le musée de Carthage, sous prétexte que sa mémoire vivante des fouilles archéologiques en cours dans le pays et d’autres sites classés par l’UNESCO risquait de porter ombrage aux opérations immobilières engagés sur des zones a priori non constructibles pour le seul bénéfice de l’entourage de l’ex-président Ben Ali.

De ne pas oublier, tandis que les années 70 tiraient à leur fin, ce blousons noir à la longue crinière gominée qui vendait à la criée un journal militant, la Nouvelle Action Royaliste, sur le trottoir du boulevard Saint-Michel et qui, pour mieux attirer la sympathie des passants alentour, lançait d’une voix gouailleuse cet immuable aphorisme : « La monarchie, c’est l’anarchie plus un ».

De ne pas oublier que depuis le pot commun des langues sémitiques, l’arabe et l’hébreu nomment la « bénédiction divine » d’une façon presque similaire et que ce même mot, adopté sur le tard dans l’usage d’un français familier sinon argotique, a légèrement changé de sens, abolissant le dieu censé porter bonheur pour ne plus signifier qu’une hasardeuse baraka.

De ne pas oublier que, seul de ma famille à avoir été visiter ma mère, méconnaissable après plus d’un mois d’agonie à l’hôpital Saint-Louis, dans sa toute dernière demeure, ce cercueil qui allait être aussitôt refermé puis mis en terre, j’ai compris, mais trop tard, qu’il ne serait plus jamais temps d’effacer le leurre effroyable qu’une telle vision allait imprimer en moi.



7 juin 2011
[Texticules et icôneries — Management, en trois lettres.]

L’homme, une entreprise moderne.



6 juin 2011
[Lectures en partage —
Louis-Ferdinand Céline…
sans complaisance ni paraphrase .]

« On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui… » comme disait le franc-tireur irrécupéré Pierre Desproges. Pour ce qui concerne Céline, c’est presque pareil. On peut aimer la plupart de ses fictions, et ne pas vouloir partager cet intérêt en trop mauvaise compagnie, et surtout pas avec les idolâtres qui pensent que son maudit génie le dédouane de tout, ou pire encore, que le racisme militant de ses pamphlets n’a jamais été qu’une cerise sur la gâteau de son œuvre au noir, une écart de langage de sa volubile monstruosité. D’où l’envie de répondre à la commande de Télérama par un article, sans doute le dernier, en forme de mise au point… pour faire un ultime distinguo entre les ambivalences fécondes des romans céliniens et les ambiguïtés nauséabondes de certains de ses paraphraseurs.

Ci-dessous ma contribution à ce numéro hors-série paru début juin.

Céline mis à nu par
ses contradictions même

Les premières impressions de lecture sont des boussoles plus fiables qu’il n’y paraît. Comme tant d’autres, découvrant Voyage au bout de la nuit en fin d’adolescence, j’ai eu le sentiment d’aborder une langue outrepassant les clivages académiques entre l’oral et l’écrit, et surtout le sentiment d’être confronté à un roman d’une puissance subversive inédite, tant il mettait à bas les leurres justifiant l’ordre établi. Impression bientôt renforcée, avec le vrai-faux récit autobiographique Mort à crédit, qui s’en prenait au confinement mortifère de la cellule familiale pour mieux engager sa fiction dans une série d’écoles buissonnières, aux élans d’indiscipline contagieuse. Mais comment ne pas déchanter en apprenant que le même auteur avait aussi été un pamphlétaire antisémite déchaîné à partir de 1937, ayant collaboré, au moins par trois brûlots, à l’hallali xénophobe des années 40 ? Dès lors, face à un tel dilemme, ne resterait plus qu’à choisir son camp…
Pour les uns, Céline serait le critique acerbe des « massacres » patriotiques et des aliénations de la misère moderne. Pour les autres, il serait le porte-voix ordurier des pires « bagatelles » racistes. Il faudrait donc oublier l’un pour l’autre, sinon défendre l’un contre l’autre, puisque son oeuvre semble à jamais irréconciliable avec elle-même, non pas inachevée exprès comme celle d’un Rimbaud brisant sa plume pour tenter la «vraie vie […] ailleurs», quitte à devenir vendeur d’armes, mais écartelée entre deux périodes incompatibles, Céline ayant, après une paire d’ouvrages fulgurants, définitivement soumis son génie à des trocs idéologiques sans retour. La seule lecture de Guignol’s band, publié en 1944, suite à la série des pamphlets, démontre le contraire, tant l’esprit de cette saga londonienne renoue avec l’esprit réfractaire de Voyage : dynamitage des conventions syntaxiques et implosion des normes sociales par l’éloge d’une bohème cosmopolite. De même, sa trilogie allemande – D’un château l’autre, Nord et Rigodon – prouve une ultime fois que son versant narratif n’a rien perdu de sa force clinique et satirique. Ainsi, l’émergence du ressassement antijuif – et plus largement phobique envers tous les métissages au nom d’un racisme biologique – n’a pas résorbé l’esprit d’insoumission de son premier pavé dans la mare littéraire. Le chantre antisémite n’a donc pas succédé au romancier iconoclaste, ils ont coexisté, plus ou moins explicitement, du début à la fin, constituant à mesure une oeuvre ambivalente, agitée de remous politiques disparates et contradictoires.

De prime abord, la tentation est forte d’aller glaner parmi les déclarations de Céline quelque éclaircissement. En remontant au début des années 30, on aura l’illusion de trouver une réponse : l’auteur de Voyage s’affichant médecin des pauvres, issu d’un milieu modeste et de conviction anarchiste «jusqu’aux poils» et «depuis toujours». Et s’il paraît certain de rater le prix Goncourt, comme il l’écrit en novembre 1932 à une amie viennoise, c’est justement parce que son livre serait «trop anarchiste». Mais cette profession de foi récurrente, menée de front avec une affirmation exagérément plébéienne de ses origines, a d’abord une portée provocatrice. Face aux journalistes et aux notabilités du monde des Lettres, il ressent la nécessité de surjouer le trouble-fête canaille, sinon pour épater le bourgeois, du moins pour s’en distinguer radicalement. Plutôt que l’étendard libertaire en tant que tel, il brandit alors une sorte de signifiant épouvantail qui le démarque de toutes les écoles littéraires – y compris celles «populiste» ou «prolétarienne» du réalisme social – et des clivages idéologiques qui divisent alors l’intelligentsia en deux camps retranchés. Fort de cette place à part, il va s’efforcer de ménager ses nombreux admirateurs communistes – de Henri Barbusse à Elsa Triolet, ou même Léon Trotski –, sans s’aliéner ceux de l’autre bord – dont le polémiste d’Action Française Léon Daudet. Préservant au maximum l’image confuse d’un enragé pessimiste hors de tout engagement public partisan, il cultive sans mot dire le malentendu commode qui fera de lui jusqu’au Front Populaire un écrivain associé aux marges anarchisantes de la gauche.

Suite à la très décevante réception critique de Mort à crédit en 1936 – ressentie comme son plus cuisant échec –, Céline va bientôt sortir de sa réserve, avec la publication de Mea culpa, retour cinglant sur l’escroquerie sociale du soviétisme, puis l’année suivante de Bagatelles pour un massacre, le premier d’une série de trois pamphlets violemment racistes. Dès lors, ayant troqué son semblant de drapeau noir pour une autre bannière, celle de l’antisémite militant, il lui faut à tout prix justifier, en privé comme en public, cette mutation radicale. Dans sa correspondance se profile un nouveau discours censé légitimer sa violente intrusion sur le terrain idéologique. Céline se présente en franc-tireur d’une cause presque perdue, l’un des rares à avoir osé briser l’omerta des puissances «judéo-bolcheviques». Mais qu’on ne s’y trompe pas, loin d’être tabou à l’époque, la harangue contre les métèques en général, et les Juifs en particulier, était bien au contraire en voie de banalisation. Et ses brûlots, soi-disant publiés à contre-courant, ne manquaient hélas pas d’opportunisme.
Quant aux tracas professionnels dont il aurait fait le frais dans la banlieue rouge, il s’agissait d’une rupture logique, maintenant que le docteur Destouches hurlait avec les loups le mot d’ordre de la bourgeoisie défaitiste : «Plutôt Hitler que le Front Populaire». Et qu’il avait faite sienne la politique du pire des anti-conformistes de droite, ceux qui allait tenir le haut du pavé pendant quatre ans de Révolution nationale. Mais là encore, Céline a beau s’efforcer d’apparaître comme un électron libre, jaloux de son indépendance polémique et trop outrancier dans ses charges contre les «enjuivés» et le «masochisme aryen» pour être assimilé au ventre mou de la collaboration littéraire, cet écart tactique ne doit duper personne. Il fut pendant l’Occupation un des plus efficaces pousse-au-crime du régime en place, un compagnon de route certes turbulent, mais dont les excès de langage ont joué un rôle non négligeable, sa gouaille servant de caution populacière au Vichystes bon chic bon genre et son humour prêtant à ses appels au lynchage un ton farcesque déculpabilisant. En 1937, André Gide avait cru trouver à ses Bagatelles les circonstances atténuantes de la blague potache, sauf qu’à l’heure du pogrom industriel Céline était bel et bien devenu le bouffon attitré d’une xénophobie d’État. D’où la mauvaise foi jamais démentie de ses commentaires ayant trait à cette période – une double posture scandaliste et victimaire –, tentant de faire oublier qu’il fut alors tout l’inverse, polémiste à succès, choyé pour avoir rejoint le camp des persécuteurs.

Après le débarquement de juin 1944, vient le temps de la fuite à travers l’Allemagne, de la captivité au Danemark, du procès par contumace, de l’amnistie, puis du retour d’exil dans un pavillon de Meudon. Parallèlement, une troisième légende voit le jour, d’abord conçue en terme de plaidoyer judiciaire, puis reformulée de manière à sauver d’un éternel Purgatoire les anciens et prochains romans, à s’assurer de leur retour en grâce posthume. C’est la lutte acharnée des quinze dernières années de Céline, occupant la majeure partie de sa correspondance ainsi que ses contacts avec des journalistes, jusqu’au point culminant de l’auto-interview Entretiens avec le professeur Y en 1955. Et que découvre-t-on dans cette ultime défense et illustration de l’auteur par lui-même ? Pas l’ombre d’un repentir sur le fond – ses obsessions racistes à peine mises en sourdine –, mais la fable d’un pur « styliste », rétif à tout « messaaâââge ». Et pour avaliser ce mythe du poète maudit, incompris, exécré pour ses seules alchimies langagières, il lui a fallu entrer dans la peau d’un personnage d’emprunt : l’inspiré misanthrope, reclus dans sa demeure banlieusarde tels Diogène en son tonneau ou Robinson échoué sur quelque île déserte. Qu’on lui pardonne donc ses écarts de langage passés, juste un trouble d’humeur, puisqu’il n’a jamais eu souci que de sa « petite musique ». Et comment ne pas pardonner les errements d’un ombrageux prosateur survivant dans les décombres de sa tour d’ivoire ? Mais là encore, nul ne devrait s’y laisser prendre. En se donnant le beau rôle du simple « joueur de flûte », Céline met en avant son inventivité formelle pour mieux passer à la trappe ses écrits de propagande anti-juive, sauf que, ce faisant, il vide ses fictions d’une source d’imprégnation essentielle : les référents socioculturels et les points d’ancrage historiques qui ont servi à façonner ses transpositions imaginaires. Et à force de décontextualiser son œuvre pour en minorer la part inexcusable, Céline finit par revendiquer un verbe sans contenu et couper à la racine l’essence même de son énergie émotive.

Céline en anarchiste canaille, proscrit des arts et lettres; Céline en antisémite à ses risques et périls; Céline en bête à style, rattrapé par des malédictions idéologiques qui lui seraient étrangères. Au-delà du charme volubile de tout légendaire d’auteur, quelles leçons tirer de ces versions successives, endossées au gré des circonstances, en dépit de leurs omissions et incompatibilité flagrantes? Presque aucune, sinon le goût chez lui de l’attaque et de l’esquive, entre surenchère et martyrologie, convergeant vers une ultime pirouette en forme de déni poétique. Mais pour qui voudrait sonder les enjeux des ses ambivalences politiques, autant fuir pareilles fables justificatrices, s’en déprendre sans regret, prendre le large et revenir enfin aux textes eux-mêmes.

« Ça a commencé comme ça », le nœud des contradictions céliniennes, dès le premier chapitre du Voyage justement, place Clichy, tandis que le discussion fait rage entre deux « carabins », Arthur Ganate, partisan de « la Race française », et Bardamu, dont le scepticisme affiché se double d’une « prière vengeresse et sociale » contre l’esclavagisme moderne, cette « grande galère ». Sans que l’auteur ait besoin de prendre parti, on devine de quel côté penche l’énergie verbale et comique de la scène. Le conservatisme borné du patriote y est moqué et a contrario la charge assassine contre le «Roi misère» valorisée. À partir de ce constat, on aurait vite fait d’extrapoler l’évidente empathie libertaire de Céline, dont on trouvera aisément trace ailleurs. À ceci près qu’il se charge aussitôt de nous faire déchanter. En effet, l’étudiant «anarchiste», réagissant «du tac au tac», n’est qu’un fanfaron de comptoir. Face au premier défilé militaire venu, le voilà qui renie ses protestations rebelles pour s’enrôler volontaire, contrairement à l’autre étudiant, belliciste sur parole quoique plus prudent dans les faits. Au terme de ce chapitre, les deux opinions en présence avouent leur vanité rhétorique et leur inconséquence immédiate.
Tout un programme… ravalant les prétentions idéologiques, quelles qu’elles soient, à un jeu de dupes. D’où la règle d’or que Céline pose d’emblée : dans ses fictions, il mettra en scène des êtres de conviction, mais pour les soumettre à l’épreuve du réel et leur faire rendre gorge le plus souvent. En cela, il n’a jamais été indifférent au discours politique, il est même l’un des rares écrivains à s’en être à ce point imprégné pour planter tel décor, nourrir l’intériorité de tel personnage, satiriser telle situation mais en préservant son art romanesque des adhésions partisanes explicites. Du moins a-t-il tenu cette ligne de crête, ce fil du rasoir jusqu’aux pamphlets qui, à cet égard, ne sont pas une parenthèse accidentelle ou délirante, mais un parjure littéraire au cœur de l’œuvre, abolissant le principe même de sa distanciation narrative – si l’on ose emprunter ce terme, non sans en modifier le sens, à la dramaturgie brechtienne.
Reste que la scène d’ouverture du Voyage se comprend mieux en revenant à la source historique de sa transposition : « L’Union sacrée » des consciences des années 14-18, soldant l’échec des espérances pacifistes. Or cette période d’unanimisme chauvin, c’est justement celle où le soldat  blessé et démobilisé Destouches va se confronter à la barbarie du monde, à ses injustice criantes, de l’hôpital militaire aux faubourgs londoniens, en passant par le bourbier colonial africain. Le regard critique du futur écrivain naît là, dans la meurtrissure de ces expériences, loin de l’étroit moralisme familial, ponctué toute son enfance durant par les vitupérations d’un père antisémite. Mais cette émancipation existentielle arrive à contretemps, alors que le glas des aspirations sociales de la Belle Époque a déjà sonné. Et si le premier roman de Céline porte la trace d’une authentique rage intérieure, il n’en est pas moins marqué par les stigmates d’un idéalisme trahi, ce champ du déshonneur politique. D’où le motif d’amertume qui traverse Voyage, Mort à crédit ou Guignol’s band, ressuscitant le fantôme d’une révolte invalidée par la Grande Guerre : un esprit anarchisant qui ne subsiste qu’en creux. Et d’où, plus largement, d’un roman l’autre, le malentendu que Céline a entretenu avec son époque, interposant entre son oeuvre et ses contemporains les survivances du débat d’idées d’avant 14 passé au crible de sa désillusion.
Ce décalage visionnaire porte le deuil d’une sensibilité libertaire tuée dans l’œuf, mais il a un autre point d’ancrage rétrospectif, enraciné dans les litanies conservatrices et xénophobes de son milieu d’origine. L’univers mental célinien est ainsi partagé entre des discours antagoniques issus des années 1900, anachronisme hybride qui va contribuer à brouiller les pistes. Certains ont d’ailleurs vu dans une telle ambiguïté initiale l’embryon d’un chimérique « anarchisme de droite » ou, pire encore, la matrice d’un « pré-fascisme » annonciateur des dérives racistes de Bagatelles. Il semble pourtant que ces polarités adverses – entre utopies défuntes et préjugés tenaces – n’ont pas joué le même rôle dans l’œuvre de Céline. Autant la harangue réactionnaire contre la décadence et le métissage parvient à s’autonomiser à partir de 1937, tarissant l’imaginaire romanesque au profit d’une écriture explicitement politique, autant l’anarchisme résiduel connaît, lui, un parcours inverse. Purgé de toute dimension idéologique, il n’a plus droit de cité que dans l’implicite de la fiction, en y intériorisant ses garde-fous anti-autoritaires et sa virulence critique. Depuis l’enfer du machinisme fordien de Voyage jusqu’aux enfants errants parmi les ruines du Troisième Reich de Rigodon, les rares indices d’un esprit réfractaire se distillent presque en secret, dans un écart de comportement, un propos rapporté ou la morale insoumise d’une situation. À chacun de pressentir ces faits et gestes subversifs, de les traquer entre les lignes, d’un bout à l’autre de l’œuvre romanesque, sans se laisser intimider par les éructations du narrateur qui, aux confins de la trilogie allemande, est redevenu un personnage parmi tant d’autres, juste la pitrale caricature d’un vieux con.

À propos de l’œuvre de Céline, quelques articles de mon cru,
documents & divers dans ce coin-là.



Pages : 12