@ffinités

20 juillet 2011
[Texticules et icôneries — Arrêt de travail en vue.]
Risques de somnolence prolongée.
Post-sciptum :
D’ici la dernière semaine d’août, le pense-bête suspend ses émissions photo-texutelles, histoire de me vider la tête et ressourcer les idées ailleurs. Pour les visiteurs occasionnels, c’est l’occasion d’aller parcourir le reste du site, flâner dans les recoins, se perdre dans le dédale. Suffit de regarder en haut à gauche, pour cliquer sur la case départ.
17 juillet 2011
[Allergie à l’air du temps –
France Culture licencie,
la preuve par le vide.]
En 2010, c’était Pascale Casanova – et son émission l’Atelier Littéraire – qui était congédiée par l’ancienne direction de France Culture «pour un désaccord concernant son contrat de travail». Aujourd’hui, c’est au tour de Francesca Isidori – et son émission Affinités électives – de passer à la trappe. Licenciée en trois minutes, montre en main, après des dizaines d’années à l’antenne. Motif invoqué, libérer des cases pour les suivants… et puis un bilan d’audience un peu « faible ». En fait, on lui reproche trop d’exigence littéraire hors mode, coterie et actualité marchande. Dans la foulée, on apprend la disparition de l’Atelier de Création Radiophonique, animée depuis une décennie par les producteurs Frank Smith et Philippe Langlois. Ceux-là jouaient trop à la marge du sampling textuel. Dehors les gars, faut draguer l’auditeur mainstream, pas s’enfermer dans son petit labo expérimental. Et puisque jamais deux sans trois, on apprend aussi la fin de la chronique de Sophie Joubert…
La roue tourne, dira-t-on, et peu importe les aléas des ressources humaines dans telle maillon de la chaîne culturelle, avec pas que du bon mais pas tant de mauvais, comme partout ailleurs dans nos vies, des vies perdues, des profits retrouvés. Et puis quoi, restons zen, la balle au centre. Rien à dire, ça les concerne, entre journalistes, animateurs, producteurs et leur direction. Lutte de places, querelles internes. On n’a pas connaissance du dessous des cartes ni aucune raison de s’en mêler.
Et pourtant si, ça commence à faire beaucoup de monde du mauvais côté de la balance. Et toujours dans le même sens : le populisme anti-intello, le nivellement par la bassesse, le carriérisme décomplexé des têtes molles de la Kommunication. Avec en ligne de mire, cet idéal tautologique : de Very Inculte People tendant le micro à d’autres VIP.
Alors, même si je déteste les pétitions (à répétition), quelques endroits où partager son ire, ajouter son nom, mettre son grain de sel.
C’est ici ou là, et même ailleurs.
16 juillet 2011
[Texticules et icôneries — Rien à signaler.]
Absence de perspective, surface illimitée.
14 juillet 2011
[Inscriptions murales — no copyright.]
En 68, les murs de la fac de Nanterre puis du Quartier Latin ont «pris la parole», l’espace d’un printemps. Durant les années 70, chaque lutte, occupation, grève, cortège a marqué son territoire à l’encre noire ou rouge, côtoyant d’autres traces de révoltes loubardes, junkies, baba cool, punk, sans oublier l’humour corrosif de l’anti-sexisme et la provoc des pédés sortis du bois. Mais cette contagion-là n’a pas eu les honneurs de l’édition commémorative. Et rarement droit de cité puisque, selon une légende rétrospective, tout était déjà écrit en mai-juin 68. Comme si l’imagination ayant eu le pouvoir deux mois durant, ça suffisait comme ça. Plus rien à signaler, ou alors de très pâles copistes, émules redondants & scribouilleurs sans intérêt.
Bref, après l’âge d’or des premiers mots «d’ordre & de désordre», serait venu l’âge mûr, vite faisandé, de la contestation stéréotypée. Et pourtant, ça n’a jamais cessé depuis… de faire des petits, avec des flux et des reflux, des moments de crispation dogmatique et des états d’expressivité massive. Sauf qu’à force de fétichiser le seul graffitisme made in 68, de lui faire un sort si particulier que séparé et réifié, on a manqué ses métamorphoses ultérieures, ses subjectivations protéiformes, ses renouvellements vivaces.
Pour assurer le lien, refaire émerger la permanence anonyme & clandestine de la poésie subversive depuis quatre décennies, on a fureté un peu partout, entre l’avant-hier et l’immédiat aujourd’hui. D’où ce petit livre numérique, comme un chantier à ciel ouvert, qui voudrait recenser les bombages méconnus de nos quarante dernières années, retrouvés dans des livres, revues, albums de photos, sites web ou, pour les plus contemporains, au premier coin de rue, si d’aventure….
Et ici, nul souci d’exhaustivité, puisque la tâche est infinie par définition même. Mais pour donner envie à quelques amateurs de me prêter main forte, pour enrichir la liste de leurs récentes trouvailles ou pour en inventer d’autres à faire soi-même, à découvrir ci-dessous, quelques tags piochés parmi plus d’un millier d’autres déjà compilés ici-même…
Si dyeux est mort
kill le sait?
[Montreuil, rue des Roches, mi-juillet 11]
Nos martyrs ne sont pas à vendre
[Tunisie, Kasserine, juin 11]
Écoute la nuit
[Paris, rue Michel Le Comte, à la craie, 2 juin 11 ]
Essayer, c’est résister
[Paris, rue de Bagnolet, papier collé, 26 mai 11 ]
Être humain
se conjugue au présent
[Paris, place de la Bastille, sur trottoir, 23 mai 11 ]
I love elles
[Paris, rue Francis Picabia, 14 mai 11 ]
Poetic futur or not!
[Paris XX, Belleville, immeuble en construction, 4 mai 11]
Un mec dans mon pieu
pas dans ma peau
[Paris XIII, rue Jeanne d’Arc, fin avril 11 ]
ton patron a besoin de toi…
tu n’as pas besoin de lui!
[Besançon, 26 avril 11]
À bas le libéralisme existentiel
[Marseille, 30 mars 11 ]
Heureux soient les félés
ils laisseront passer la lumière
[Paris, Canal Saint-Martin, 22 mars 11]
Laissez-nous écrire notre histoire
[Paris, quartier Goutte d’Or, mars 11 ]
Non à l’est non à l’ouest
[Libye, Benghazi, 21 février 11 ]
Plutôt chômeur que professeur
[Grenoble, porte de l’IUFM, 19 février 11 ]
Le moi ne
[Paris, rue de l’Orillon, 11 février 11 ]
Fiché, fauché, fâché
[Toulouse, rue Jaurès, 5 février 11]
Nous voulons la liberté,
nous voulons vivre,
nous voulons du haschich
[Le Caire, 30 janvier 11]
À les vies dansent
[Paris, rue Maubeuge, 19 janvier 11 ]
Aimerai bien essayer l’enfer des autres…
c’est où?
[Genève, rue des Étuves, janvier 11]
Marre des banalités en grand format
[République, métro, sur pub, fin novembre 10]
Qui promène son chien
est au bout de sa laisse
[Marseille, Cours Julien, fin novembre 10]
Pôle emploi t’as de beaux yeux tu sais
[Dijon, fac, 10 novembre 10]
Je cours derrière rien
mais rien me suit
[Marseille, novembre 10]
En grève jusqu’à la retraite ha ha ha!
[Paris, Odéon, octobre 10]
Soyons désinvoltes n’ayons l’air de rien
[Le Mans, 12 octobre 10]
My body is your body
[Istanbul, octobre 10]
Tout vient aux mains qui savent s’étendre
[La Baule, septembre 10 ]
La sagesse ne viendra pas
[Besançon, placard publicitaire, août 10]
Masque télépathique à vendre
[Saint-Girons, août10]
J’ai des papillons dans le ventre
[Paris XI, bd Magenta, sur asphalte, 20 juin 10]
Pauline partout Justine nulle part
[Rennes, 1er mai 10]
En raison de l’indifférence générale
demain est annulé
[Lille, rue de Cambrai, mars 10]
Notre monde est en sommeil
faute d’imprudence
[Paris, rue des Francs-Bourgeois, à la craie, mars 10]
Il n’y a pas d’ailleurs où guérir d’ici
[Montreuil, à la craie, février 10]
Trop de chefs
pas assez d’indiens
[Besançon, place Pasteur, 16 octobre 09 ]
Tiens, t’es radié!
[Lens, mur de l’antenne Assedic
incendiée la veille, 17 janvier 06]
Le travail est à la vie
ce que le pétrole est à la mer
[Paris XIX, rue Haxo, 03]
Ici personne n’est normal
[Sarajevo, 95]
La mélancolie est un style de vie
[Uruguay, Montevideo, «leyenda ingeniosa», 89 ]
Bourvil’s not dead
[Lyon, entrée fac Lyon II, 86]
Chiez sur les cadres
tapez dans le décor
[Paris XX, passage Stendhal, 81]
Rasez les Alpes qu’on voit la mer
[Lausanne, Lôsane Bouge, été 80 ]
Votez les visions
[Nice, mars 78 ]
Il delitto paga
[Bologne, 20 février 77]
Futurs ancêtres
que vos os pourissent sous la lune
[Paris, pro MLF, juin 71]
Y a-t-il une vie avant la mort ?
[Belfast, Bogside, 71]
Si ça continue faudra que ça cesse
[Flins, usine Renault, juin 70]
8 juillet 2011
[Allergie à l’air du temps —
Il y a deux ans à Montreuil,
flashback, flashball & cie…]
Il y a un peu moins de trois ans, face à la place du Marché de la Croix de Chavaux, en plein centre de Montreuil, une ancienne clinique privée en état de délabrement complet était occupée, réaménagée avec les moyens du bord et régulièrement ouverte au voisinage pour des braderies, permanence précarité, concerts, projections et débats.
De l’extérieur, ça ressemblait à ça.
Il y a deux ans, à la fin du mois de juin, le squat de la Clinique était vidé manu militari, puis blindé de partout avec maître-chiens. Quelques jours plus tard, le 8 juillet 2009, un repas collectif dans la rue piétonne de Montreuil, suivi d’une petite ballade festive aboutissait à l’intervention policière disproportionnée sur le terre-plein de la place du Marché : flash-balls aussitôt braqués, tirs à volonté sur le petit attroupement, sans aucune sommation, ni respect des distances minimum ou des zones d’impact (comme l’ont démontré des rapports balistiques, une reconstitution sur place et des témoignages concordants). Et les cow-boys surarmés de la BAC visant sciemment les nuques, les épaules… faisaient pas moins de cinq blessés. Quant à l’ami Joachim Gatti, une balle en plein visage… éborgné à vie.
Aujourd’hui, à la place de la bâtisse démolie à la fin de l’été 2009, un terrain vague aux gravats savamment labourés pour empêcher toute installation d’un campement de Rroms ou d’autres sans-logis. Les herbes folles ayant peu à peu gagné tout l’espace, on contemple dans l’interstice des palissades ou à travers le grillage de l’entrée, un espace vert, dont nul ne pourra jouir avant longtemps, puisque ce genre de friche spéculative est interdite au public. Tout un symbole.
Dans les jours prochains, d’autres lieux occupées sont menacés d’expulsions. On peut se tenir au courant à cette source-là. Face à ces réappropriations collectives, l’équipe municipale de Dominique Voynet use d’un double langage permanent, entre compassion et stigmatisation, (on en déjà parlé longuement ici). Reste que cette duplicité politico-médiatique laisse les mains libres au Préfet du 93 pour mener son sale boulot d’expulseur des pauvres dont le seul tort consiste à s’être organisés eux-mêmes plutôt que de subir le quota et les cas par cas des listes d’attente .
Quant au tri sélectif que la Mairie de Montreuil tente d’opérer entre les habitants des squats dits «politiques» et les «vrais mal-logés», on ne peut que lui promettre un réveil difficile le jour où elle comprendra que ceux qui rénovent des maisons en revendiquant la «grève des loyers» ne sont pas des agitateurs extrémistes, parachutés hors sol, mais des jeunes chômeurs & précaires du coin qui en ont plus que ras la frange du gentil paternalisme de la gauche gestionnaire.
Il suffit de lever un peu la tête au-delà des seules échéances électorales pour s’apercevoir que les prochaines révoltes sociales, déjà amplement commencées en Grèce ou en Espagne, n’hésiteront pas faire la critique en acte des faux semblants du discours social-démocrate.
4 juillet 2011
[Texticules et icôneries —
Des goûts & des couleurs, tri sélectif.]
Natures mortes plus ou moins photogéniques.
2 juillet 2011
[Souviens-moi — (suite sans fin).]
De ne pas oublier qu’à force de fracasser des coquilles de noix d’un coup de tête sur la table, pour faire rire mes enfants aux éclats, j’ai eu le lendemain, outre une sévère gueule de bois, une petite croûte sanguinolente au-dessus des sourcils, en lieu et place de ce troisième œil qui marque au front la plupart des sagesses extrêmes-orientales.
De ne pas oublier que le très inquiétant titre de cette thèse de doctorat – Le sort posthume de la personne humaine en droit privé – m’a plusieurs fois fait défaut à tel ou tel mot près et que, pour le retranscrire ici le plus fidèlement possible, j’ai été obligé d’en redemander l’intitulé exact auprès de son auteur et amie juriste au teint si pâle qu’on la dirait vouée à une convalescence éternelle.
De ne pas oublier que, selon mes calculs approximatifs d’ancien surveillant d’externat au collège Paul Valéry, un élève sur trois se plaignant d’un racket, d’un vol ou d’une agression verbale mentait par intérêt ou par omission, mais que ce parjure abusif cachait souvent une plaie intérieure dont il partageait la mauvaise conscience avec le faux coupable, d’où l’incongruité tragique d’un recours à la force publique qui par réflexe pavlovien préfère trancher dans le vif.
De ne pas oublier qu’au premier jour de l’été 2011, lors de l’arrestation d’un noctambule invectivant ses maîtres, un berger allemand de la brigade cynophile de Paris-Nord a reçu un coup de pied dans la gueule et, faute de pouvoir répondre dent pour dent, muselière oblige, a été conduit aux urgences vétérinaires où on lui a certifié deux jours d’Interruption Temporaire de Travail (ITT).
De ne pas oublier que mon père est mort cinq ans après la mise en circulation des premiers euros dans onze pays européens, mais qu’à partir d’une «brique» – cent mille balles quoi! –, il comptait toujours sur son dernier lit d’hôpital en anciens francs.
De ne pas oublier que, lors d’un hommage aux fusillés de «l’Affiche rouge» sur le parvis de l’Hôtel de Ville, après avoir crié «Oui, Manouchian était un sans-papiers!», j’ai été conduit de force jusqu’à un car de police déjà bondé, puis bousculé au point de laisser tomber mes lunettes par terre, aussitôt écrasées sous les rangers d’un CRS qui, faute de pouvoir exprimer sa jubilation en public, allait bientôt se trahir à voix basse : «Sale p’tit pd d’intello de merde!»
De ne pas oublier que dans 89% des cas l’abuseur sexuel connaît de plus ou moins longue date sa proie, soit par des liens de parentés directs, soit en tant qu’intime ou proche gravitant à visage découvert aux alentours de ce cercle a priori vertueux de la cellule familiale.
De ne pas oublier que le manutentionnaire de base, embauché par intérim, s’il veut, pour alléger sa charge lombaire, s’installer au volant d’un chariot élévateur et déplacer ainsi les palettes à distance, bref s’il veut donc changer de posture et devenir cariste, doit se payer lui-même un permis de conduire spécialisé, à près de 800 euros de sa poche, sans délais ni crédit formation, soit deux tiers du SMIC mensuel, tout comme l’apprenti maître-chien qui conserve à sa charge le total des frais de bouche, accessoires et vaccinations que nécessite son clébard adjoint.
De ne pas oublier que j’ai déjà dû rencontrer l’amie d’ami d’un inconnu dont les cousins éloignés ont perdu de vue un couple qui, avant de se séparer, étaient en procès avec le fils mitoyen d’un marchand de biens tombé en faillite puis racheté à la bougie par une association humanitaire cofondée par le demi-frère d’un type plutôt lambda qui ne saura jamais ni pourquoi ni selon quel détour j’ai cru utile, malgré tant d’intermédiaires virtuels, d’évoquer ici l’hypothèse, faute de liens avérés, d’une relation sans cause ni effet.
[La série des Souviens-moi ayant fait son
chemin par extraits sur ce Pense-bête,
on en retrouvera la somme remaniée et
augmentée dans un volume à paraître
aux éditions de l'Olivier en mars 2014.]