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2-5 mai 2011
[Antidote au pessimisme ambiant —
Un collectif de réfugiés tunisiens
occupant le 51 avenue Simon Bolivar,
violemment expulsé: 150 arrestations.]

Parmi les réfugiés tunisiens errant aux abords du Parc de La Villette – entre soupe populaire et harcèlement policier – quelques dizaines avaient trouvé un refuge provisoire auprès de la Coordination des Intermittents & Précaires, dont les locaux sont hélas promis à une démolition imminente. D’où l’urgence pour eux de trouver une solution plus durable, sans perdre l’acquis d’un début de solidarité collective, hors les menues embrouilles & débrouilles de la survie en solitaire. Hier soir, vers 1h30 du matin, ils ont investi les deux étages d’un bâtiment vide au 51 de l’avenue Bolivar, près des Buttes-Chaumont.
La suite en style télégraphique et images à la volée.

Une banderole qui annonce la couleur: derrière les fausses compassions, la répression.

En début de matinée, faible présence policière et sans déguisement ostentatoire.

Les élus socialistes tergiversent, invoquent la vétusté du bâtiment tout en promettant de ne pas demander l’expulsion, tandis que la Police déballe ses grilles pour mieux cerner le problème.

Un égoutier sort de son trou… et se demande aussitôt s’il ne ferait pas mieux d’y retourner.

Les soutiens extérieurs, qui grossissent peu à peu, interpellent les représentants de Delanoë, le soi-disant compagnon de route du Printemps arabe. Dialogue de sourds jusqu’à l’ébauche d’une solution: si la police écarte son dispositif, une délégation des occupants sortira négocier avec les gens de la mairie.

La bleusaille en uniforme se fait un peu prier, mais finit par lâcher du lest et laisser passer les sacs de ravitaillement, hissés au bout d’une corde.

Là-haut, ça crie toujours « Police dégage ! », « Y’en a marre », « Liberté » et le reste en version originale non sous-titrée.

Comme ce n’est pas un coup d’éclat médiatique d’une association humanitaire à gros budget ni un happening people radical chic, mais plutôt une improvisation de dernière minute, avec ses doutes, ses espoirs, ses fragilités, ses désaccords à fleur de peau, bref comme ça essaye de s’inventer ensemble, ça risque de passer inaperçu. Pas de porte-parole pas de micro, c’est la loi du genre. Sauf que si, y’a quand même une caméra… celle du cinéphile de la Préfecture & dautres photomateurs en civil, zoomant les trublions à la fenêtre.

Aux étages, ça se presse en grappe puis s’éparpille, gueule en chœur puis rigole en aparté. Au terme de l’après-midi, les propositions de relogement en foyer Emmaüs et hôtels meublés étaient encore discutées par l’Assemblée Générale des occupants.

En espérant, qu’aux aurores, demain matin, la municipalité n’invoquera pas un chimérique « péril en la demeure » pour repasser la patate chaude à la police et s’en laver les mains.
Après tout, pour l’ex-ami de Ben Ali que fut Bertrand Delanoë, ces témoins gênants d’une Révolution ne peuvent lui apporter que des ennuis. S’ils retournaient fissa en contre-bas du périphérique, dans quelque zone d’invisibilité sociale, ça lui laisserait la conscience plus tranquille.

Post-scriptum du 4 mai:
Après refus par les réfugiés tunisiens, mardi, de quitter les lieux pour rejoindre le très précaire foyer d’accueil (d’ailleurs fermé en journée) proposé par la mairie, l’occupation continue, sans écho dans la presse ni parmi les organisations de la gauche de la gauche. Comme quoi, l’autonomie des luttes, ça ne plaît pas à tout le monde. Une manifestation spontanée a regroupé, dans la soirée, plusieurs centaines de personnes face à des tentatives d’intimidation des forces de police (BAC) aux abords de l’immeuble. La foule a bloqué l’avenue jusque tard dans la nuit au cri de : «Étissam, étissam, hatta yaskout annidham ! » [«Occupation, occupation, à bas le système!»].
Ce mercredi midi, toujours besoin de monde, nourriture, lait, jus de fruits, tabac, couvertures, duvets, matelas, vêtements et sous-vêtements pour homme, médicaments de base, serpillères, pelles, balais, seaux, sacs poubelle…
Et rendez-vous quotidien à 18 heures devant le 51 avenue Bolivar.

Pour infos régulièrement remises à jour c’est ici ou .

Dernière minute, mercredi 4, vers 14 heures:
Les sans papiers occupant le 51 av. Simon Bolivar, évacués par la police.
Enorme quadrillage policier, puis évacuation des occupants, avec grosse armada : gardes mobiles, hélicoptère, et même le Claude Guéant himself signalé au commissariat du 19e. Les soutiens restés à l’extérieur ont fait leur possible pour retarder ou contenir l’assaut, mais les briseurs de porte en uniforme tenaient une fois encore le bon côté du manche, bref du monopole soi-disant «légitime» de la violence. Et les cogneurs patentés s’en sont donnés à cœur joie!

Tunisiens et Lybiens ont été extraits du bâtiment, et mis dans des bétaillères blanches à vitres dépolis… après minutieuse séparation des personnes solidaires bientôt relâchées et les sans-papiers interpellés manu militari. Une forme de tri sélectif que la Mairie de Paris n’a pas hésité à cautionner… par ses propositions en trompe l’œil trahissant un volonté de ne pas se mouiller aux côtés de ceux qui sèment le trouble d’une rive à l’autre de la méditérannée. Et un dégât collatéral de plus, côté population civile, à mettre au compte du jeu de dupe géopolitique de Sarkozy, le bellicisme humanitaire.

Hyper-post-scrtiptum du 5 mai:
Quant aux allégations du communiqué de la Mairie de Paris — «Les contacts sur place ont été rendus très difficiles par la présence de collectifs militants anarchistes ou radicaux qui ont préféré dénigrer l’action et l’engagement de la Ville et des associations plutôt que d’accompagner et d’aider réellement les ressortissants tunisiens. Ils ont pris une lourde responsabilité en entraînant ces derniers à rester sur place.» —, ils partent d’un incroyable préjugé xénophobe. Comme si les décisions de ces réfugiés tunisiens & libyens, toutes prises en Assemblée Générale, ne pouvaient leur avoir été soufflées que de l’extérieur, par des agités extrémistes. Ce qui suppose que ces pauvres inconscients sont par nature incapables de toute initiative, réflexion, méfiance et sens du rapport de force. Et pourtant, les socialistes municipaux (et dans ce cas précis alliés objectifs de la répression en cours) devraient se rendre à l’évidence: ces réfugiés tunisiens & Libyens (qui représentent un gros tiers de leurs frères d’infortune parvenus à Paris, via Lampedusa) se sont d’abord regroupés pour échapper au cas par cas de la roulette russe policière, puis ont mûrement réfléchi, discuté et mis au vote la décision de s’héberger eux-mêmes au 51 avenue Bolivar, et une fois sur place, ont empêché que médias et parrainages divers leur volent leur lutte, en tenant des AG à huis clos. Et c’est après maintes hésitations sur la tactique à adopter, sans qu’aucun soutien ne les pousse à la faute ou à l’affrontement stérile, qu’ils ont refusé l’offre indécente de la Mairie parisienne, autrement dit la dispersion dans des foyers d’hébergement nocturne ne leur assurant aucune sécurité de jour, ni aucun lieu pour continuer à exister collectivement, sur un mode politique inspirée par le souffle de révolte du Printemps arabe.
À cet égard, le désir, exprimé par une minorité de revenir en Tunisie, avec une aide au retour suffisante leur permettant de rentrer la tête haute et de façon revendiquée et groupée, a toujours été relayé par les soutiens extérieurs, mais il semble que la plupart des organes de presse écrite ou audiovisuelle aient hésité à donner quelque écho à ce mouvement tentant de s’organiser hors les normes habituelles de la gestion caritative du «problème» de l’immigration.
Quand les migrants, précaires, chômeurs, sans-papiers, prostituées, handicapées, etc. veulent sortir de leur rôle de victime — et de l’hypocrisie du discours victimaire qui va avec —, bref s’émanciper par eux-mêmes, cette gauche-là prend peur et brandit le chiffon noir du péril «anarchiste». Pathétique, et toc.

En forme de synthèse provisoire: De qui la Ville de Paris est-elle l’amie?