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de temps en temps


@ffinités





































































































































































































































































14 mai 2012
[Antidote au pessimisme ambiant
À propos du Printemps Erable au Québec,
un mouvement pan-américain de refus
de l’endettement scolaire obligatoire.]

On se souvient que c’est dans le berceau du néo-libéralisme thatchérien, en Angleterre, qu’un vaste mouvement étudiant avait contesté les coupes budgétaires dans le domaine de l’éducation qui se traduiraient là aussi par un renchérissement des droits d’inscription et donc un endettement massif de l’immense majorité des candidats à la fac et autant de boulots précaires sous-payés pour joindre les deux bouts. Un tel clash social ne s’était pas vu outre-Manche depuis des décennies.

Sur le continent américain, la contestation radicale de l’endettement forcé des candidats à l’Université a commencé au Chili par une grève étudiante de cinq mois entamée en mai 2011. Dans ce pays où justement, depuis l’arrivée des Chicago boys de la contre-révolution libérale dans les valises du Pinochet, l’enseignement supérieur avait été totalement privatisée. Face à des manifestations monstres de dizaines de milliers de jeunes scolarisés & précaires, deux ministres ont dû démissionner. Et le troisième, Harald Beyer, croyant calmer le jeu (de dupe), en annonçant la création d’une agence publique qui remplacerait les multinationales bancaires pour assigner les prêts et bourses aux étudiants, vient de relancer la contestation. Pour preuve, plus de cent mille jeunes manifestants dans les rues de Santiago le 25 avril dernier.

Aujourd’hui c’est dans la province francophone du Canada que ça prend une ampleur inégalée: trois mois de grève, deux cent mille personnes dans les rues de Montreal le 22 mars, et aucun essoufflement ni enlisement à l’horizon. Bien au contraire, des initiatives qui s’inspirent du mouvement Occupy étasunien, qui essaiment hors les facs, qui se réapprorie la rue & la pensée critique, tous azimuts. En écho aux pionniers du Printemps Arabe, ils ont appellé ça Printemps Erable, avec cet adage en guise de sous-titre: «Ils pourront couper les feuilles, ils n’arrêteront pas le printemps.»

Pour déjouer les négociations en trompe-l’œil, le mouvement a choisi de multiplier les initiatives, au-delà de la normalité routinière: des marches de nuit au cri de «Fuck la trève, vive la grève!» qui, déclarées illégales à partir de 22 heures, ont donné lieu à un début de répression musclée. D’autant que la police locale a déjà pas mal de bavures à se reprocher. Et que depuis une décennie, le Collectif Opposé à la Brutalité Policière (COBP), organise un cortège rituel le 15 mars pour protester contre la violence étatique et ses cow-boys en uniforme.
Certains, pour participer à ce courant d’incivilité festive, ont pris le parti de la franche dérision., en organisant un pseudo-défilé des «étudiants super-riches du Québec», le 1er avril.

D’autres, du mouvement BixiPoésie,  on préféré coller des stickers pirates sur le garde-boue des vélos municipaux, en lieu et place des slogans publicitaires récemment alloués à des sponsors privés.

D’autres encore ont préféré, en ce début mai, manifester en très petite tenue, pour mettre à nu l’hypocrisie morale de leur dépouilleurs même. Extrait de la «ma-nue-festation» en vidéo ici même.

Des multiples façons de faire collectif hors des sentiers battus, on se fera une idée en compulsant cette banque d’images Quelques notes, nothing pretentious, abondante et attentive aux moindres détails. Parmi les photos en libre-partage, ces trois-là.

Pas d’angélisme non plus, la contagion subversive du mouvement finissant par inquiéter les autorités, on a vu ressortir l’arsenal habituel des tentatives de division & intimidation des fauteurs de trouble… et la sempiternelle invitation au retour à la normale, de gré ou de force.
D’abord par la dénonciation systématique du syndicat le plus combatif (et le moins corporatiste), la CLASSE, dont l’extrémisme «irresponsable» a été souligné dans les news officiels. Pour juger sur pièce, on pourra écouter le discours d’un de ses porte-paroles, Gabriel Nadeau-Dubois, sur cette vidéo qui doit beaucoup, sur le fond et la forme, aux activistes de Occupy Wall Street.

Ensuite par la surenchère répressive et le pourrissement tactique, destinés à trier le bon grain de l’ivresse anarchisante, puis à stigmatiser les actes criminels des méchants Black bloc (un jet de fumigènes dans une station de métro présenté comme un «attentat»). Ainsi, le 4 mai, lors du rassemblement à Victoriaville, où se tenait le conseil général du Parti libéral actuellement au pouvoir, la foule, déterminée à encercler le bâtiment, a connu des charges et des gazages d’une rare violence. Le nombre de blessés, manif après manif, ne cesse de s’accroitre. Et l’obligation de reprendre les cours sous la «protection» des brigades anti-émeute devient monnaie courante. Plusieurs vidéos en témoignent, militante ou aux ordres, ici et .

Pour goûter aux débats qui font rage là-bas, on pourra se reporter sur ces blogues la swompe et Poème Sale qui tentent de «jaser» sur l’immédiate actualité et la «fêlure» qui en émerge. On ira également lorgner du côté de la Force étudiante critique et de la revue numérique Fermaille.
On pourra aussi lire la mise au point des libertaires du Carré noir.
Mais on écoutera aussi très attentivement ce texte de Marie-Christine Lemieux-Couture, scandé en plein air par Katia Gagnon au parc Émilie-Gamelin, le 25 avril 2012, durant la manifestation «Ostie de grosse manif de soir». On en goûtera la ligne de tension poétique & politique,  sous-titrée pour les peu-comprenants, ici même.

«Speak rich en Tabernaque [juron manifestant la colère]
Sur toutes les chaînes de radios comme celles de la TiVi
Speak rich say Quebec Inc
Parlez-nous du bien commun vendu au moins offrant
Des trous dans les poches de la nation
Pour que vos gaz de schiste perforent notre ignorance
Speculate on our future
Donnez-nous des choniqueurs de foutaises
Des bourreux de crânes de nuages pelletés
Des démagogues de la condescendance érigée en système
Pour nous faire avaler la pilule de votre mépris
Speak rich en Tabernaque
Ne tournez pas vos langues de bois sept fois dans votre bouche
Coupez à blanc nos arbres à profits
Fianancez les multinationales à même notre trésor public
Pendant que nous peinons sous le poids de notre «juste part»
Éduquez-nous à l’investissement et à la richesse
En nous endettant jusqu’à plus soif
Pour que vos intérêts nous plient l’échine
Speak rich en Tabernaque
As if we don’t know about how you lead a finacial crisis
Dites Fitch, Moody’s, Standard & Poor’s
Pour calmer notre tension du désespoir
Faites-nous croire que nous payons la dette de notre solidarité
Quand nous écopons des frais de 25 ans de libéralisme corrompu
Speak rich
Speak rich over our dead bodies
Because nous sommes 99% à creve de faim
Pour nourrir le Chonos du capitalisme sauvage
Speak it out loud
Because nous sommes lobotomisés par vos modèles de consommation
Nous comprenons des langages simples
Comme celui de la publicité
Nous comprenons des langages vides
Commes celui de vos discours politiques
Nous comprenons
Nous comprenons un peu trop
Speak rich en Tabernaque
Give us an American dream
Pour épancher nos plaies de capital humain…
Baïllonnez nos révoltes de votyre poivre démocratique
Supprimez notre honte sous la matraque des libertés individuelles
Étouffez-nous de vos droits lacrymogènes
Déformez notre cohésion sociale
Sous l’objectif propagandiste de vos mass media
Nous parlons peu
Mais nous n’oublions pas
Speak rich en Tabernaque
From Thatcher to Reagan
In Friedman or Von Hayek’s words
Bring usto the Washington Consensus
Enlight us with the New World Order
Nous sommes faits de désordre
Et votre norme et trop petite pour nous
Speak rich
Coupez les mùamelles de l’État
Excisez le peuple sous le bistouri des sintitutions financières
Il faut régler le pas des pauvres à coup d’inflation
Align us on your axis of evil
Nous sommes dociles dans la terreur
Pris de torpeur hivernale dans vos xénophobies quotidiennes
Mais si nous nous réveillons
Si nous nous réveillons
Nous savons soulever tous les printemps du monde
Speak rich
Tell us about your «cultural revolution»
Dites-nous combien vous êtes «socialement responsables»
Que notre lexique gauche se vide de son sens
Au bénéfice de vos soliloques sourds d’idéologie dominante
Condamnez notre culture de misère à votre dédain
Parce qu’elle ne cadre pas dans votre économie du Savoir
Parce que vous craignez que la force de notre «nous»
Renverse la faiblesse de votre «je»
Quand vous vous recroquevillez sur une «majorité silencieuse»
Pour mieux nier la rumeur dont la rue est otage
Quand nos cris résonnent sur les pavés
Pour faire entendre qu’une autre voie est possible
Speak rich en Tabernaque
Commencez-vous à comprendre
Que nous ne sommes pas seuls?»

Pour mieux saisir les références cachées de ces vers libres, on reviendra à la source d’un autre poème fondateur, Speak white, de Michèle Lalonde, créé en 1970 à l’occasion de de la première Nuit de la poésie à Montréal, qui a fait l’objet en 1980 d’un montage parallèle d’images contextuelles, à ne pas manquer, c’est juste là.

Et en guise de dédicace à tous les foutus endetteurs patentés, ces deux réponses lapidaires, brandies par quelques-uns des 99% planétaires, ces insolvables précaires et fiers de l’être…

Et en avance de trois jours sur le calendrier des festivités, l’affiche qui va tout bientôt recouvrir Montréal du même programme écarlate.

Post-scriptum du 15 mai:
Tandis que, à Montréal, quatre personnes sont toujours en détention provisoire, après dénonciation, pour jet de fumigènes dans une station de métro sous le chef d’inculpation ubuesque de «incitation à craindre un acte terroriste», une banderole de soutien a été déployée au cours de la manif de soutien du 14 mai, qui vaut pour là-bas, ici & ailleurs:
«L’État brutalise, les médias terrorisent, nous sommes tous fumigènes!»

Parmi les gardés à vue préventifs du jour, la mascotte des derniers cortèges, un prof de philo déguisé en «Anarchopanda», selon son pseudo-profil sur Fakebook. Qui contrevient ainsi au récent projet municipal d’interdire aux manifestants le port d’un masque «sans motif raisonnable». Et ci-dessous le contrevenant, en liberté… surveillée.

Quant aux piquets de grève brisés par les Robocops, au Collège Lionel-Groulx comme ci-dessous, ça se passe de commentaires…