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27 janvier 2014
[Le Street Art dans tous ses états
Censure municipale et privatisation arty,
sur le mur du 15 rue du renard (suite).]

Depuis juin 2010, j’ai choisi un mur parmi tant d’autres – le renfoncement d’une sortie de garage, au 15 rue du Renard, à mi-chemin du centre Beaubourg et de la place de l’Hôtel de Ville –, où photographier sous le même angle les métamorphoses d’un angle mort urbain investi par des adeptes du graffiti, du pochoir ou de l’affichisme éphémères. On en avait déjà rendu compte dans un article,de septembre 2013, mettant en regard ce principe d’exposition sauvage et les espaces labellisés du Street Art officiel, comme ces quelques mètres carrés que l’association M.U.R. s’est fait concéder à l’angle de la rue Oberkampf et de la rue Saint-Maur, petit îlot branché pour happy few de la mouvance – un tel Graffitik Park en liberté très surveillée servant aux autorités municipales à justifier partout ailleurs l’éradication des autres expressions murales, renvoyées dans le même sac d’un vandalisme dégradant.
Revenons à notre spot non-autorisé, au 15 de la rue du Renard. Depuis l’automne 2013, une quarantaine de photos (à voir plus loin) témoigne des motifs qui n’ont cessé de s’y déployer, côtoyer, parasiter dans une succession irrégulière, mais moins chaotique qu’il n’y paraît, comme autorégulé selon un processus immuable. Sous la pression des riverains outragés, les nettoyeurs de la mairie de Paris ont en effet décollé, effacé puis repeint douze fois en une seule année ce même mur. Et c’est très paradoxalement, ce rituel hygiéniste – tel un running gag sisyphéen – qui permet le renouvellement perpétuel de ce lieu d’exposition illégal. Chaque passage au kärcher, chaque remise à nu, chaque ripolinage au gris redonnant ainsi aux activistes du papier collé ou de la bombe aérosol une surface «propre» à leur appropriation, un aplat idéal qui leur sert de toile de fond.… et ainsi de suite. Éternel ressort dialectique entre censure monochrome et inventivité polymorphe, selon les secrètes superpositions d’un palimpseste à ciel ouvert.
On remarquera cependant que cette modeste Zone de créativité temporaire connaît d’autres écueils, abus ou limites. Entre autres pierres d’achoppement, la privatisation de cette friche murale pour une seule et même artiste – Konny Steding – dont les sérigraphies néo-punk, aux effigies rebelles convenues,  laissent peu de place aux tags in progress barbouillés par d’autres petites mains anonymes, occupent le terrain sans trêve ni répit, bref monopolisent ces quelques mètres carrés pour en faire la vitrine officieuse de ses vernissages d’artiste. Quand le hors champ des marges se fait la nique, en singeant les pulsions dominantes de l’arrivisme autopromotionnel, La preuve par l’image, en photo-feuilleton, ci-dessous.



En guise d’épilogue provisoire, ce nouveau collage in situ, où se dévisage quelques chose de nous-mêmes. Tout un programme emblématique.

Avant qu’on les effaceurs d’encre murales ne viennent remettre les compteurs à zéro.