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19 février 2018
[Solde net & sous-ensembles flous (1)–
Des chiffres pris au pied de la lettre.]

SI C’ÉTAIT À REFAIRE, 20% des parents de nationalité allemande se seraient abstenus d’en avoir un jour conçu l’idée, s’ils avaient su que ce faisant ils étaient désormais devant un fait à tout jamais accompli, ces 20%-là se seraient bien gardé d’avoir à regretter de ne pas s’être abstenu, et maintenant qu’ils ont commis l’irréparable, que la chose a été préconçue par leur mutuel consentement, les deux l’ayant fait sinon exprès du moins ensemble coïtalement parlant, hors cas d’abstinence ou d’empêchement physiologique ou de perte accidentelle, si c’était à défaire comme un pull-over rendu à sa pelote de laine, eh bien non il est déjà trop tard, hors date limite de procrastination, tant pis pour ces 20% comptabilisés parmi les couples géniteurs de la population allemande, après terme ils regrettent amèrement d’être devenus parents, ils auraient préféré démentir les taux de fécondité dans l’œuf, ne pas avoir à se parjurer eux-mêmes et contrefaire les papa-maman comblés, mais maintenant que le natif est là, le post-conçu tout nouvellement échu, même à regret il ne sera ni repris comme bouteille consignée ni échangé contre un à-valoir quelconque, ces parents à contrecœur ont beau être 20% à le trouver surnuméraire, à se demander pourquoi ils ont troqué leur liberté sans attache filial et autre fil ombilicale à la patte, libres comme ils étaient neuf mois plus tôt de s’abstenir sans rejeton ni opinion, malgré le diktat de la procréation majoritaire, et pourtant si c’était le monde qui était à refaire, on trouverait bien parmi l’échantillon des couples en âge de se poser la question cinq, dix ou quinze sur cent qui souffrent à leur tour de n’en avoir point eu, zéro progéniture à leur actif, malgré leur désir inextinguible d’un jour se reproduire, et dans leur cas ce n’est pas faute d’avoir essayé sous X, Y ou Z, candidaté à l’adoption en terres natales ou étrangères, alors si c’était à faire autrement mieux qu’à présent, un monde où les vases communiqueraient d’une conception à l’autre, où le regrettable intrus des uns ferait le comble du bonheur des autres, si c’était un monde redistributif en tout et pour tout dans le moindre détail, où chacun se pourrait libérer de son surplus pour le céder gracieusement à qui s’en trouve dépourvu, où le partage des remords et des frustrations serait assuré tout risque, la navette des trop perçus et des manque à gagner…

SAUF QU’IL Y À PEU À ESPÉRER de ce côté-là, le planning interfamilial des naissances, pas moyen de s’en défaire de ce monde mal conçu d’avance et par après, décidément nul n’y aura jamais droit à une seconde chance, celle d’annuler le malencontreux événement, impossible de s’en défaire, d’effacer la tête à toto sur l’ardoise magique, oh non pas qu’il ait été question de jeter le bébé dans les eaux troubles d’un puits sans fond, non juste en transvasant le petit baigneur pour qu’il aille se faire pouponner ailleurs, sans l’avorter une fois certifié existant, juste en aspirant le malvenu, mais attention pas dans le tambour d’une lessiveuse, dans une machine à remonter le temps, et si c’était quand même faisable que l’enfant change de point de chute vu qu’il n’a pas eu lieu au bon endroit, eh bien 20% des procréateurs d’outre-Rhin pourraient ne pas se morfondre d’avoir œuvré à leur propre perte et d’en maudire la fatale fœtalité, il suffirait qu’on les débarrasse ni vu ni connu de leur bévue et en lègue l’encombrant souci auprès des dizaines de milliers de non-mères et non-pères qui dépeuplent la République Fédérale Allemande depuis plus d’un demi-siècle, et comme toutes ces amours nullipares, on les devine nombreuses, ces couples esseulés dans des voies sans issue, inexprimées en leur féconde volonté, frustrés du fruit imaginaire de leurs étreintes, combien sont-ils à se rêver parents et à ne l’être point, presque autant que de couples pris au dépourvu par le malheureux événement et qui auraient tant préféré que cet angelot tombé du ciel y retourne illico, d’ailleurs imaginons qu’entre ces deux échantillons minoritaires, une fois les proportions arrondies à la décimale supérieure, ça fasse un compte tout rond, disons 20% de part et d’autre, et ainsi le tour serait joué et le diable déjoué dans le moindre détail, alors si c’était à refaire sous cette bonne étoile, des nés par défaut et des hélas pas-nés, y’aurait harmonie totale des deux panels à égalité, sauf qu’il est malaisé de faire se correspondre les ordres de grandeur à la virgule près, et comme zéro enfant virgule six ou un enfant virgule quatre, ça ne se peut concevoir, le monde tel qu’il devrait tourner, de plus en plus rond, n’est pas près de se parfaire, en s’échangeant de gré à gré le pire et le meilleur, vice (ou vertu) versa, chacun selon des vœux complémentaires, et de fil en aiguille avec cette méthode idéale qui pourrait tricoter les générations à venir, une maille à l’endroit, une maille à l’envers, y’aurait autant d’enfants à naître ou ne pas être au final, et beaucoup moins d’effets indésirables, non ?