Pour etre tenu au courant
de temps en temps


@ffinités





































































































































































































































































3 décembre 2018
La façade du triomphalisme macronien
ravalée à l’aérosol par quelques bons-à-rien.

Aux pouvoirs médiatiques et exécutifs qui s’offusquent devant cet Arc de Triomphe « souillé » et « dégradé » samedi dernier par des gilets jaunes, rouges & noirs – sinon « martyrisé » selon la vieille phraséologie des gardiens de l’ordre patrimonial – ce petit rappel historique. Ledit portique crypto-kitsch devait initialement, lors de sa conception en 1806, défigurer par sa mégalomanie césariste les alentours de la Bastille, avant d’être finalement implanté dans un coin plus huppé de l’Ouest parisien (la colline de Chaillot servant de lieu de promenade très en vogue), puis mis en sommeil durant la Restauration, et parachevé sous Louis-Philippe en 1836.
À l’époque, il s’agit d’un monumental hommage à l’impérialisme bonapartiste, pour devenir dans les décennies suivantes un memorial fourre-tout, honorant la Révolution de 1789 et l’esprit de conquête du défunt Napoléon, l’idole de la bourgeoisie aristocratique du XIXe siècle. En 1852, le baron Haussmann, chargé par Napoléon III du réaménagement urbanistique de la capitale (avec des objectifs hygiéniques, anti-barricadiers, mais aussi spéculatifs), programme, avec l’architecte Hittorf, douze artères formant une étoile autour de l’Arc, pour y établir des hôtels particuliers de grand luxe, travaux d’envergures achevés en 1869, soit deux ans avant la Commune.
Aujourd’hui, au milieu de cette place rebaptisée Charles de Gaulle un an après le printemps 68, on ravive tout autant la flamme de l’illustre empereur Napoléon que d’un soldat inconnu mort en 14-18, selon un rituel républicain confus ayant écarté de son récit national la moindre part d’ombre (escalavagiste, militariste, paupérisatrice, inégalitariste, coloniale, etc.). Bref, ce gros machin triomphant (remis en perspective, au milieu des années 1980, par une Arche de la Défense dédiée aux holdings de la Haute Finance (et donc à la contre-révolution libérale alors en vogue) est, outre son intérêt architectural quasi nul, d’un symbolisme patriotico-belliciste confus, oublieux et toujours empreint de néo-bonapartisme. Il y a donc un heureux hasard objectif à ce qu’il soit devenu, samedi dernier, l’épicentre de toutes sortes de tags anti-macronistes.

On en a recensé la plupart des graffitis en recoupant les photos sous différents angles :

LES GILETS JAUNES
TRIOMPHERONT !

MAI 68
DÉCEMBRE 2018

on a coupé des têtes
pour moins que ça

AUGMENTER
LE RSA

MACRON
DÉMISSION

VIVE LE VENT
VIVE LE VENT
VIVE LE VANDALSIME

PAS DE GUERRE ENTRE LES PEUPLES
PAS DE PAIX ENTRE LES CLASSES

On veut un président
des pauvres !

ON A RAISON
DE SE RÉVOLTER

ANONYMOUS FRANCE
ON A L

MANU
M’A TUER

Justice
pour
ADAMA

L’ultra-droite
Perdra

NIKE
L’ETAT

Quant à l’intérieur de l’espace muséologique (reservé à la grand-messe touristique), il a logiquement fait les frais de la confrontation, plus de douze heures durant, entre gilets de diverses couleurs et forces de l’ordre surarmées (ayant tiré en une seule journées près de quinze mille lacrymos, flashball et grenades en tous genres) dans trois arrondissements de Paris (le VIIIe, le XVIIe et le Ie).


Les belles âmes qui, émues par l’orbite béantes causée par quelques barbares iconoclastes dans une moulure de la Marianne nationale, n’ont en revanche pas eu un mot pour les nombreux mutilés chez les manisfestants (au bras, au pied ou à l’œil) suite à l’usage disproportionnés d’armes soi-disant “peu létales” du côté des CRS, Gardes Mobiles et civils de la BAC.

Quant aux graffitis photographiés par mes soins dès le lendemain matin, ils ornaient pour leur immense majorité les parages du boulevard Haussman, ce baron de la première gentrification parisienne. Retour à l’envoyeur donc.

Faute d’avoir pu être sur place, ce samedi de révolte tous azimuts, j’ai pas mal arpenté, lu, décrypté dans le grand flux numérique et trouvé, à rebours du bruit de fond général, sur Paris-luttes.infos un récit de l’intérieur conjuguant nuances circonstanciées et enthousiasmes sur le vif. A lire pour se désembrumer le cerveau disponible, c’est ici même.

Lien distinctif pour faire circuler juste là.