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29 avril 2019
Après le Grand Blabla gouvernemental

retour sur quelques doléances murales.


Débat numérique à cocher en quelques clics, tournée du One-Macron-Show délocalisé plus près de chez vous, requiem caritatif pour feu la charpente de Notre-Dame et enfin cours magistral élyséen sur « l’art d’être français ». Si ces techniques de diversion n’ont pas enfumé grand monde, elles auront du moins permis au Pouvoir en place de prouver par l’absurde que tout recours à la démocratie directe est une perte de temps, un arbre à palabres qui cache la forêt des petits intérêts égoïstes, un fatras de doléances dont les mots-clefs débouchent sur un non-sens commun : « moins d’impôts et plus de service public ». C’était prévisible : à questions fermées, réponses téléguidées. Le message implicite était de dématérialiser, dénaturer, déraciner le désir d’Agora Généralisée qui, informellement, passait déjà à l’acte d’un rond-point à l’autre. Alors comment faire cesser ce joyeux bordel et faire taire ces « Gaulois réfractaires » ? Au moyen d’un grossier simulacre participatif, il s’agissait de démontrer l’inconséquence atavique du populo, puisque dès qu’on lui cède un ersatz de parole collective, il s’enferre dans ses contradictions, il aspire à n’importe quoi et son contraire, bref il voudrait toujours plus de beurre, mais sans le financer par son labeur.
Quant aux « gilets jaunes », après avoir détruit leurs cabanes, de peur qu’il ZADifient chaque carrefour en rase campagne, on les a soumis samedi après samedi aux flux tendus de l’expérimentation répressive (fouilles préventives de masse, nasses systématiques, canons à eau & tanks, usage exponentiel de LBD 40 & de grenades dernier cri, brigades motorisées ou cynophiles, groupes mobiles de civils encagoulés, garde à vue extensibles à volonté et condamnations à la chaine). Pourtant, rien n’y a fait, six mois plus tard, cette stratégie de la tension a beau avoir été appliquée avec un zèle inédit, ça n’a pas tué le « péril jaune » dans l’œuf, juste dissuadé les sympathisants par millions de se joindre aux cortèges hebdomadaires. Et d’un autre côté, ça aurait même eu tendance à solidariser plusieurs dizaines de milliers de trublions, qu’on a dans un premier temps tenté de mettre en conflit avec les marcheurs du climat, sans succès, puis sommé d’avouer leur vraie nature : des « idiots utiles » de l’extrême droite, sinon d’immondes bestiaux porteurs de la peste brune. Encore raté

Faut dire, la ficelle était un peu grosse : en se proclamant dernier rempart face aux foules « lyncheuses » du national-populisme, les gouvernants ont surtout pris leurs désirs pour la réalité, et révélé leur propre vision complotiste du corps social, cherchant à réduire toute émotion populaire à une forme de putschisme « illibéral », une conjuration d’ennemis intérieurs des libertés démocratiques. Au risque, selon cette politique du pire, abusant du monopole de la violence légitime, d’enfanter des monstres : parmi les forces de l’ordre surtout (dont la fascisation routinière va laisser des traces durables), mais aussi chez les irréductibles d’en face, voués à une surenchère défensive auto-ritualisée, si commode à criminaliser, mutiler, embastiller, tandis qu’une mise en avant médiatique de porte-paroles douteux masquait les inventivités locales, les vrais cahiers de doléances ou les motions transversales des assemblées de Commercy ou de Saint-Nazaire.
Six mois d’enfumage sémantique et lacrymogène, donc, à seule fin de maintenir le cap d’un néo-management d’Etat – résolu à investir les rares espaces non marchands et à éradiquer la gratuité déjà résiduelle des services publics par ubérisation, privatisation rampante et mise en concurrence déloyale. Et comme dans le contexte actuel – où le feu couve encore sous les cendres – les décideurs énarchiques ont intérêt à ne pas vendre la mèche – la  défense mordicus d’une infime minorité d’actionnaires –, ils ont empruntéau corpus idéologique d’extrême droite son leurre habituel : stigmatiser les « derniers de cordée », ces profiteurs du chômage, ces addicts des minimas sociaux et autres migrants clandestins (en taisant bien sûr que ces boucs émissaires sont pour la plupart des working poors, surexploités au noir ou à temps très partiel). Et comme lot consolatoire aux « inclus » du corps électoral – le seul qui intéresse nos élus –, on a balancé un os à ronger aux salariés & retraités méritants, du moment qu’il acceptent de bosser plus longtemps pour la Start-Up Nation. Et voilà, la boucle devrait ainsi être bouclée : « Françaises, Français, encore un effort…» pour serrer la ceinture autour du cou de vos faux-frères de galère, ces « nantis » du bas de l’échelle.

Rien ne dit qu’une telle arnaque intellectuelle, usée jusqu’à la corde depuis quarante ans d’alternance gestionnaire, arrive une nouvelle fois à ses fins, notre silence résigné. Parmi toutes les façons de déjouer ce coup de bluff présidentiel, il en une qui, très modestement, fait contre-feu aux leurres des discours officiels, les graffiti qui se muent ces derniers temps en doléances murales. Leur poésie subversive en dit souvent plus long que bien des discours, éclairés ou crépusculaires, des leaders auto-proclamés du mouvement.

J’avais une citation de KANT
mais je l’ai oubliée
Paris VIII, rue de Miromesnil, 24 décembre 18

Moins de Rois
Plus de galettes
Rouen, bombage, 5 janvier 19

PLUS CHOU QUE SCHLAG
Paris XI, av. Ledru-Rollin, craie, 6 janvier 19

Décrocher la thune
Paris XX, bombage, 9 janvier 19

on veut du beurre
dans les épinards
Nantes, fac, bombage, 16 janvier 19

TOUT LE MONDE
DÉTESTE
LE BEURRE DOUX
Douarnenez, bombage, 16 janvier 19

La solitude
rend secret
Paris XIX, Belleville, 21 janvier 19

J’AVAIS
D’BEAUX
YEUX
tu sais…
Toulouse, bombage, 21 janvier 19

Piétiner les
certitudes !
Nantes, bombage, 25 janvier 19

La semaine des 7 samedis VITE
Paris XI, près République, 26 janvier 19

A vous les Monuments
A nous L’histoire
Alger, Chevalley, bombage, 28 janvier 19

ENFANTILLAGES
ET
ADULTÈRES
Paris XX, Père-Lachaise, blanco, 28 janvier 19

VOUS REPRENDREZ
BIEN UN PEU
DE GLYPHOSATE ?
Bordeaux, bombage, 30 janvier 19

FINI DE
PERDRE
Saint-Étienne, 4 février 19

Il y a ceux qui
lisent Houellebecq
et ceux qui se révoltent

HOMO ECONOMICUS
VIVEMENT L’EXTINCTION !
Paris VII, bd Saint-Germain, bombage, 9 février 19

Rien ne ruisselle,
pourtant, tout s’effondre…
Grenoble, Arts et Métiers, bombage, 9 février 19

VIVE
LA
SIESTE
Lille, craie, 11 février 19

trust Zombies
Paris VII, rue Allent, 11 février 19

Etat mère ?
Toulouse, 11 février 19

Bienvenue nulle part
Nantes, fac, bombage, 12 février 19

MAIS
LE SOLEIL
NE LA VOIT
PAS
Paris XX, rue Laurence Savart,
pinceau sur trottoir, mi-février 19

la liberté, des pas s’ensuivent
Arles, rue des Carmes, craie, 16 février 19

borgne
to be
free
Rennes, bombage, 16 février 19

demain est un autre toujours
Paris III, rue des Quatre Fils, craie, 16 février 19

MASTURBATION
AUTOGESTION
Lyon, Croix-Rousse, bombage, 19 février 19

Attention !
les particules
mystiques nous
envahissent !
Porto, 20 février 19

EVACUATION
d’une latente
procrastination
Marseille, pochoir, 22 février 19

Mieux vaut une paire de mères
qu’un père de merde
Paris XIII, fac Tolbiac, 27 février 19

SEUL LE RHUM
Doit faire monter la
TEMPÉRATURE
Nantes, fac, craie sur macadam, 1er mars

L’ARGENT EST UNE UTOPIE QUI
A FAIT EXCEPTION
Montreuil, rue du Capitaine Dreyfus, 3 mars 19

FRANZ FANON
FRANZ KAFKA
FRANZ KOULTOUR
Paris V, rue Censier, bombage, 9 mars 19

acheter
pour
remplir
sa vide
Nantes, bombage, 9 mars 19

L’ETAT EST UN ETAT
LENTEMENT LETAL
Angoulême, près Musée du Papier, pinceau, 8 mars 19

le monde brûle,
Tu penses à tes notes
Paris V, rue de la Sorbonne, mi-mars 19

Une chaine reste
une chaine même en or
Alger, Birkhadem, bombage, mi-mars 19

Nous sommes
des
Pacificasseurs !!
Paris VIII, av. des Champs-Élysées, bombage, 16 mars 19

TU
MENDIRAS
TANT
Paris XI, 20 mars 19

Dieu est
ATHÉE
Paris XIX, bombage, 23 mars 19

Les sentiments sont
étrangers à la
pensée académique
Nantes, fac, bât. Censive, amphi 2, 27 mars 19

A cause que !
Lille, 29 mars 19

LES PATRONS
C’EST UTILE
Poisson d’Avril
Paris XX, rue Boyer, 1er avril

IMAKULÉ
Paris IX, rue de Bellefond, sur mur repeint, 5 avril 19

Nique les Papa
Paris IX, rue du Fg Poissonnière, 6 avril 19

LA VIE EST UNE
COPRODUCTION
Montréal, Hochelaga, bombage, 20 avril 19

ON EST
EN CORPS LÀ
Toulouse, bombage, 13 avril 19

WHEN I’M SOULE
U ARE MY SOUL
Paris XI, rue Jean-Pierre Timbaud, mi-avril 19

Suis-je un peintre réaliste
si j’fais une nature morte ?
Marseille, mi-avril 19

j’en ai marre
Alger, El-Harrach, bombage, 19 avril 19

MACRON
NOTRE DRAME
DES PAS RICHES
Toulouse, bombage, 20 avril 19

Cette histoire
manque de
Montréal, Hochelaga, bombage, 20 avril 19

Demain il
fera jouir
Lyon, Croix-Rousse, bombage, 23 avril 19

Plus de bourgeons, moins de bourgeois
Dijon, bombage, 24 avril 19

En attendant la suite de cette collecte, j’ai rassemblé ces doléances murales, et bien d’autres, dans un volume deux à Tiens, ils ont repeint! Il est téléchargeable en ligne ici même en pdf.

Lien distinctif de l’article pour le faire circuler, c’est juste là.