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14 octobre 2019
Nouveau récapitulatif automnal :
six mois d’inscriptions murales.

Sale coup pour la sempiternelle convergence des buts (sinon des luttes), on a vu la semaine dernière les gentils organisateurs d’Extinction/Rébellion s’ingénier à effacer à l’acétone tags et graffitis sur le Pont au Change occupé, près du Châtelet. Comme s’il leur fallait tout à la fois scénographier la désobéissance collective et en faire disparaître toute trace de contamination textuelle, hors la marque déposée de leur logo.

Il ne s’agit en rien de moquer le sincère élan des mobilisés de base de ce mouvement, mais d’interroger les modalités de ce nouveau management militant, singeant les pires rigidités du fonctionnement entrepreneurial, l’opacité de son organigramme, la consensus participatif de ses AG et l’affichage obsessionnel de son très corporate logo.
On aura beau avoir quelques doutes sur la routine hebdomadaire des Gilets Jaunes qui, face à la dissuasion militarisée du pouvoir en place, finit par faire tourner toute révolte en rond, mais ces errements ont au moins quelque chose de familier, ça ressemble aux cercles parfois vicieux de nos propres envies : pas si fastoche de détruire ce qui nous détruit ? Il n’est pas de solution toute faite, unanime, prémâchée. Pourtant, en cours de route (et de déroute relative), le mouvement des JG aura inventé une forme d’expression textuelle inédite : des bribes de sens plein les dos, un désordre de mots improvisés au marqueur noir sur jaune, entre customisation de cartables chez les ados, fabrication de banderoles individuelles et détournement des griffes du prêt-à-porter par un auto-graffitisme sauvage.

Et si l’on juge la puissance d’une lutte à sa capacité à détourner les médiums établis, à créer de toutes pièces une esthétique inédite et à préserver une hétérogénéité discordante dans ses messages, disons que les JG ont fait bouger les lignes de l’action verbale collective – tout comme les colleuses de stèles in memoriam des victimes de féminicides –, tandis qu’Extinction/Rebellion, se contente de poursuivre la logique publicitaire marchande par d’autres moyens, singeant de vieilles recettes de propagande (inventées par l’ultra-libéral Edward Bernays aux USA), ce qui n’est pas très bon signe.

Ceci dit, j’en reviens aux usages infra-ordinaires du graffiti textuel qui continue son bonhomme de chemin, malgré la chape de plomb gentry-chiante des milieux urbains. Pour preuve, quelques extraits de ma collecte depuis avril dernier.

Que l’effondrement
Rapproche les amours
qui se perdent…
Saint-Denis, rue Ambroise Croizat, bombage, 27 avril 19

Si ton corps
pouvait parler
Qu’est-ce qu’il
dirait ?
Paris II, rue Greneta, pochoir, 27 avril 19

TANDIS QUE
LES FORÊTS
SE CHANGENT
EN HOLOGRAMME
Québec, pochoir, 30 avril 19

L’oiseau ne chante plus
Quand les cartouches sifflent
Marseille, bombage, 2 mai 19

Je t’aime
Ou…
QQch qui ressemble
au même champ lexical
Montréal, 8 mai 19

Vivre en France
vous coûtera
un bras, vous plaindre…
UN ŒIL !
Lyon, quai sous pont Pasteur, bombage, 10 mai 19

POSE
TON
LUNDI
Paris XI, rue Rochebrune, doigt sur vitrine sale, mi-mai 19

tous les nuits
je fume du cannabis
maman
Alger, Beb Ezzouar, bombage, mi-mai 19

NIQUE PAS
TA MER
Paris VI, bd Saint-Michel, mi-mai 19

Ceci est une
société en phase
terminale
Lyon 5, place des Minimes, panneau électoral, mi-mai 19

au chaud, au bistrot
Strasbourg, bombage, mi-mai 19

Je ne veux pas des choses,
je veux des moments
Nice, mi-mai 19

Ulysse,
reviens !
pénélope
Paris VI, quai de Conti, mi-mai 19

rester
extra
ordinaire
Paris XII, passage Abel Leblanc, bombage mi-mai 19

LES OURS ILS ONT
PÔ-LAIRE D’ALLEZ BIEN
Nantes, craie, mi-mai 19

toujours et à jamais
se roulent des
pelles depuis l’éternité
Paris XI, bd de Ménilmontant, blanco, mi-mai 19

MON DENTIER
EST UN CACTUS
Grenoble, rue Aimé Berey, bombage, 17 mai 19

AUGMENTONS
LE GOÛT
DE LA VIE
Paris XIX, place des Fêtes, 18 mai 19

Cî-gît
Je t’aime
Nantes, mi-mai 19

Le Monde est higher
Paris XX, rue de la Duée, craie, 22 mai 19

jsuis pas inspirée
Montréal, plateau Mont-Royal, bombage, 22 mai 19

Siamo Tutti
pour les pissentlits
Nantes, bombage, 25 mai 19

– d’Amazon
+ d’Amazonie
Paris XX, passage de Pékin, 27 mai 19

LIBEREZ les murs
Nanterre, fac, bombage, 28 mai 19

J’en ai marre d’aimer
des mecs pas aimables…
Marseille, rue des Belles Écuelles, 3 juin 19

Boulot
Mc’Do
Porno ?
Caen, bombage, 9 juin 19

En réalité parfois je rêve !
Marseille, rue des Mauvestis, 10 juin 19

le gouvernement
se fait Kafka
dessus
Montpellier, bd Victor HJugo, 11 juin 19

il y a mystère
dans l’horizon
Paris VI, quai Malaquais, bombage, 13 juin 19

Espèce d’atypique
Lyon, Croix-Rousse, collage papier, mi-juin 19

La police a mauvais caractère
Paris XI, passage de l’Asile, collage papier, mi-juin 19

JACQUES
RIGAUT
IS ALIVE
Paris VI, rue Crébillon, doigt sur vitrine sale, 24 juin 19

Ni dieu (du stade)
Ni maître (de stage)
La Rochelle, bombage, 29 juin 19

THIS IS
NOT A LOVE
MESSAGE
Paris X, rue Taylor, bombage, 30 juin 19

TERRORISTES
BIENVEILLANTS
Lorient, place Artstide Briand, pochoir, 1er juillet 19

écoute
ta mère
Paris X, rue des Petites Écuries, bombage, 9 juillet 19

Viens on s’apprend
Marseille, bombage, 13 juillet 19

le détail fait vivre
Lausanne, bombage, mi-juillet 19

Ma couleur
préféré
est le
transparent
Douarnenez, rue Jean Jaurès, mi-juillet 19

La police nous prothèse
Saint-Vincent-d-Tyrosse, près de la gare,
bombage, mi juillet 19

10% du peuple est sobre
les autres sont sur la planète mars
Algérie, Jijel, bombage, 26 juillet 19

Prière de tout déranger
Lisbonne, bombage, 4 août 19

J’passe ma vie à la foutre en l’air
Paris XX, 21 août 19

ALAIN JUPPÉ
EXISTE
VRAIMENT
Bordeaux, près Mairie, 22 août 19

T’ES PAS LIBRE
T’ES JUSTE EN
VACANCES
Nantes, sur poubelle, 29 août 19

I HAVE NO WORDS
Paris XIX, rue des Alouettes, 29 août 19

MOINS DE COSTARDS
PLUS DE HOMARDS
Nantes, bombage, 16 septembre 19

Si tu n’as pas
d’amant
do it
youself
Paris XVIII, rue Paul Albert, craie
sur trottoir, 24 septembre 19

Tes yeux sont comme l’État
ni justice ni paix ni égalité
Sétif, Cité des 300 logements, bombage, 4 octobre 19

En attendant la suite de cette collecte, j’ai rassemblé ces doléances murales, et bien d’autres, dans un volume deux à Tiens, ils ont repeint! Il est téléchargeable ici même en pdf.

Lien distinctif de l’article pour le faire circuler, c’est juste là.