Pour etre tenu au courant
de temps en temps


@ffinités





































































































































































































































































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9 septembre 2013
[Images arrêtées & idées fixes
Essais de taxidermie libidinale.]

Petits trophées du prêt-à-porter.



3 septembre 2013
[Pub à contre-emploi
Détournement de fonds.]

En période d’austérité, réussir ses actes manqués.



29 août 2013
[Légendes urbaines
& rumeurs à la chaîne —
Paraboles, ras-le bol !?]

Chez nous, les aiguilles de la montre se sont arrêtées y’a perpète, pile en octobre 88, et depuis vingt-cinq ans plus rien qui tourne rond en Algérie, sauf l’ennui en boucle dans la tête, comme qui  dirait en parabole, cinq cents morts d’après le compte à rebours officiel, toute ma génération zombifiée, c’était ça le prix à payer pour s’être révolté trop tôt, t’imagines, faire le printemps arabe en plein automne, drôle d’idée, fatale erreur de jeunesse, on n’a jamais raison avant la bonne saison, et aujourd’hui, c’est mort, interdit de sortir depuis un quart de siècle, et leur loi du silence, un vrai croissant de lune au fond de la gorge, comme qui dirait en parabole, chacun chacal pour bouffer ses martyres, d’ailleurs aux élections d’après, en 89, on n’a pas eu le choix, enfin si, la peste ou le choléra, comme qui dirait en parabole, soit t’absous les corrompus soit t’adores les barbus, dix ans de ballotage, et pour quel résultat ? deux cent mille morts au fond des urnes, tous rayés de la carte électorale, et les autres sans opinion publique, une guerre qui a même pas de nom, juste la décennie trou noir, entre frères ennemis sortis du ventre de la même mère, l’aîné sous l’uniforme et le cadet sous sa barbe postiche, deux chances sur deux de se tromper, et à chaque barrage routier que des brebis tondues et des ânes battus, comme qui dirait en parabole, le cheptel des vaincus, ensuite passé l’an 2000, il a bien fallu réconcilier les morceaux, proclamer la paix des braves entre GIA et FLN, cinquante-cinquante sur le racket import-export, gaz naturel ou Marlboro clando, chacun ses torts amnistiés à part égale du bizness, et même si le pire est derrière nous, l’horizon, lui, il arrête pas de reculer, comme qui dirait en parabole, c’est le temps mort qui n’en finit pas, ça remonte à plus loin qu’on croit, l’âge d’or des années 70, les cadeaux empoisonnés de Boumédienne, tout le pouvoir au soviet des généraux, et les imams en embuscade, le grand bond en avant, mon œil, retour aux sources du désert, l’arabisation coranique puis le code la famille, et ça, dans le genre, c’était la pire des paraboles, mais du coup on leur a renvoyé dans la gueule, dix vingt trente millions sur le toits et les balcons, des paraboles partout!, vu que c’était couvre-feu permanent, on a fait semblant d’obéir au doigt et à l’œil, tous cloîtrés chacun chez soi pour mieux dégager ailleurs, chez Canal + ou Al Jazeera, juste avec sa télécommande et même le décodeur pirate, histoire de zapper où tu veux sans visa, parce que ça sert d’abord à ça la parabole, une idée fixe pour se barrer sans que ça se voie.

Ce petit monologue fait suite à d’autres textes courts de la même sensibilité paranoïaque-critique et pseudo-auto-réalisante, une série entamée sur ce blog depuis plus d’un an. J’en ai regroupé l’essentiel dans un petit fichier pdf. qui évoluera au gré des ajouts ultérieurs. Ça aurait pu s’intituler Micro-mytho-récits.  On a tranché pour Choses tues, dont le fichier est consultable ici même.



26 août 2013
[Une vacance, des vacances
Photo-feuilleton en 18 stations.]





19 juillet 2013
[Images arrêtées & idées fixes
Métonymie anatomique (2).]


Âmes sœurs, corps étranger, pieds en miroir.



11 juillet 2013
[Le Street Art dans tous ses états
Graffiti des quarante dernières années,
textes & images à méditer pendant l’été.]

Les manuels scolaires ont déjà embaumé les graffiti du printemps 68 en une sorte de défouloir scriptural sans lendemain. Et pourtant, des seventies à l’immédiat aujourd’hui, ça n’a pas cessé de proliférer, se renouveler, passer de main en main, n’en déplaise à ceux qui voudraient traiter les tags au Kärcher sous prétexte de vandalisme autistique.
 Alors, pour donner à voir la permanence clandestine des expressions murales depuis quatre décennies, on a fureté à tous les coins de rue, traqué les bribes de phrases à la craie, au marqueur ou à la bombe dans des livres, des revues, des archives photo et parmi les sites consacrés au « Street art », malgré l’indifférence manifestée par les pros du Graff pour la créativité textuelle qui continue d’exister à rebours du carriérisme narcissique de ce milieu, obnubilé par le colorisme XXL à l’aérosol et la monomanie du blaze territorial. N’empêche, ici ou là, les murs ne cessent de prendre la parole, de produire du sens, entre  mots de passe urbains et petites annonces anonymes, il suffit d’aller y voir de plus près, de prêter attention par exemple au renouveau du pochoir ironique & révolutionnaire à Tunis, Istanbul, Barcelone, Lisbonne ou au Caire, en passant par les petits mots doux & rageurs qui font des petits un peu partout : à Besançon ou Melbourne, Toulouse ou Oakland, Marseille ou Montréal, Paris ou Montreuil, même si l’efficacité implacable de la vidéosurveillance et des équipes de nettoyage privées ou municipales gagne chaque jour du terrain.
D’où cette compilation numérique, comme un chantier à ciel ouvert, qui voudrait recenser ces bribes d’écritures malhabiles, potaches, dyslexiques, absconses, lapidaires, complaisantes, lacunaires, puériles ou sidérantes, glanés depuis quelques années sur des sites web ou, pour les plus contemporaines, avec mon appareil photo toujours prêt à zoomer d’inédites inscriptions sauvages, sans oublier l’aide précieuse de quelques comparses amateurs… notamment Frédéric Aceituno, Jeanne Guyon, Ariane Audouard, Alexis Berg & Grégoire, Philippe Bretelle, Frédéric Ciriez, Daniel Dzierzgowski, Pierre Fraenkel, «Frimousse45», Joanna Grudzinska, Henry Landroit , Diana Maloyan, Yannick Maufras, Alexandre Mouawad, Louise Pagès, J.F. Platet, Philippe Rekacewicz, Natacha de la Simone, Jorge Valadas, Delphine Werner & Marianne Zuzula. Ainsi que certaines archives du Net, parmi lesquels:

atelierdecreationlibertaire.com/croix-rousse-alternative/
villenotre.blogspot.fr/
motsville.canalblog.com
http://archeologue.over-blog.com/
fragmentdetags.net/
loeildelecureuil.wordpress.com/
senorcalderon.wordpress.com/
memoireenbeton.wordpress.com/
plaques-sensibles.hautetfort.com/
kl-loth-dailylife.hautetfort.com/
urbietorbi.canalblog.com/archives/François Bonneau
paristofs.over-blog.com
expotempo.blogspot.fr/
les2nouilles.com/
lesbeauxdimanches.hautetfort.com/
flickr.com/photos/zerbihancok/
flickr.com/photos/grusia4ever/with/8581197739/#photo_8581197739
flickr.com/photos/66944824@N05/
flickr.com/photos/jblndl/
louiseverdonephotos.ca/

Nul souci d’exhaustivité dans cette collecte, puisque la tâche est infinie par définition même. Mais, tout de même, ce recueil provisoire compte déjà plus de 3000 graffiti distincts – transcrits tels quels, datés et localisés autant que possible. Juste le work in progress d’un recensement partiel & partial, qui un de ces jours deviendra peut-être un gros bouquin, mais dont on peut déjà feuilleter ou télécharger l’état actuel en format pdf  ici même

Et dans la foulée, pour donner envie à quelques transcripteurs dilettantes de me prêter main-forte, pour enrichir la liste de leurs trouvailles in situ ou pour en inventer d’autres à taguer par ses propres moyens, on lira ci-dessous quelques messages & aphorismes plus ou moins récents extraits de ma collecte, piochés parmi tant d’autres.

ihr habt die macht
doch wir haben die nacht
[vous avez le pouvoir
nous avons la nuit]

[Berlin, Mur, 85]

sans honte
et sans emploi

[Montréal, 90]

allez tous vous
faire connecter

[Bruxelles, Waterloosesteenweg, 27 février 03]

– internet
+ cabernet

[Italie, Lecce, 20 juin 06]

les proverbes de vieux
font mourir de faim les jeunes

[Rennes, papier collé, «Mathieu Tremblin», 08]

aimer les inconnus

[Lyon, 10 février 08]

creemos ser pais
y a penas somos paisaje
[nous croyons être un pays
et à peine sommes-nous un paysage]

[Bolivie, La Paz, mai 08]

jusqu’ici
tout va mal

[Strasbourg, à la craie sur trottoir, 21 avril 09]

l’odeur de l’ordre
dure où l’or dort

[Poitiers, Fac de droit, 22 mai 09]

l’amour est
un sens unique

[Lyon, au pochoir, 28 juin 09]

je suis la femme
de ma vie

[Le Bourget, près du Musée de l’Air, 27 juillet 09]

rien est possible
tout est probable

[Belgique, Ixelles, 14 avril 10]

l’infini attaque
mais un nuage sauve

[Paris X, «R.C.», 25 juin 10]

why so alone?

[Ukraine, Kharkiv, 9 août 10]

tous asthmatiques
comme che guevara

[Paris XI, rue Alibert, 14 août 10]

j’aime mon quartier sous cellophane

[Brest, 31 décembre 10]

poëtiquement correct!!

[Lyon, Croix-Rousse, octobre 11]

je veux quitter
ce monde
et vous?

[Montréal, à la craie, mi-décembre 11]

pour des siècles et des siècles
ta mère

[Montpellier, décembre 11]

arrête de m’aimer si fort
ça m’étrangle

[Paris XX. rue des pavillons, fin décembre 11]

anastrophe

[Berlin, près du buste de Ernst Thälmann,
au pochoir, avril 12]

être à l’ouest

[Pau, 16 avril 12]

la normalita uccide
[la normalité tue]

[Italie, Vérone, 7 mai 12]

i am not me

[Canada, Montréal, 8 mai 12]

on est ce qu’on fait
pour changer ce qu’on est

[Nantes, Université , Bât. Tertre, 7 novembre 12]

révolution de l’indignité
et sommeil des cimetières

[Tunis, «Zwewla», mi-novembre 12]

nous sommes
notre seule limite

[Canada, Montréal, Université du Québec, fin-novembre 12]

souriez, vous êtes tous
des «ready made» cellulaires!

[Amiens, rue des Teinturiers, face à la fac
d’Art & de Design, 10 janvier 13]

veuillez-nous excuser pour le désagrément…
nous mourons pour vous

[Syrie, Damas, «ALS», mi-janvier 13]

je ne sais pas pourquoi je vis

[Besançon, mars 13]

aux héritiers de la bonne étoile
j’offre le reste du ciel

[Lyon, rue Louis Blanc, 5 mars 2013]

la vraie vie est
• ici
• ailleurs

[Paris XX, rue du Retrait, 11 mars 13]

un désert de soupirs
des lézardes de hasard

[Paris XIX, rue Botzaris, annexe
Ambassade de Tunisie, mi-mars 13]

partout où je suis
j’écris un point de ma vie
entre guillemets

[Paris VI, rue de l’Échaudée, «Haiku», 17 mars 13]

les murs renversés sont des ponts

[Saint-Ouen, rue du Dr Bauer, 18 mars 13]

ni argent ni talent

[Paris XVIII, rue du Ruisseau, papier collé, 19 mars 13]

je tuerais père et mère
pour avoir une famille

[Nantes, papier collé, 20 mars 13]

n’oublie pas ton créateur [baise ton père]

[Paris X, rue Saint-Maur, 28 mars 13]

à partir de 30 ans
on perd 100 000
neurones par an!

[Paris XI, passage Rochebrune, 31 mars 13]

iron lady? rust on peace
[dame de fer? rouille en paix]

[Irlande du Nord, Londonderry,
après décès de Margaret Thatcher, 10 avril 13]

notre civilisation est un château de cartes

[Besançon, «Ber», 12 avril 13]

sans dec!?
j’ai une tête
à payer ta dette?

[Paris XVIII, au pochoir, 17 avril 13]

goudou inch’allah

sous les pavés
la cuisine équipée

[Paris, rue de la Fontaine au Roi & rue Boyer,
«Tagtical Media», mi-avril 13]

pour aimer assez
il faut aimer trop

[Paris XX, rue des Partants, 7 mai 13]

hypocrisy
is a culture

[Nantes, La Courrouze, au pochoir, 9 mai 13]

to buy or not to be

[Portugal, Lisbonne, au pochoir, mi-mai 13]

arrête le tch@t
parle à un chat

[Paris XVIII, rue du Chevalier-de-la-Barre, 16 mai 13]

l’amour c’est
une occupation
de l’espace

[Paris XX, rue Florian, 17 mai 13]

revolution till infinity

[Égypte, Le Caire, 26 mai 13]

bienvenue au festival
des gaz lacrymogènes

[Turquie, Istanbul, près Institut Français, 1er juin 13]

j’ai envie de
serrer nité!

[Angers, 4 juin 13]

le partisan du moindre est fort

[Lyon, rue Flesselles, au pochoir, mi-juin 13]

rien 2 tel
qu’un pigeon voyageur

[Paris XVIII, 27 juin 13]

nique les clones

[Lyon, Croix-Rousse- 2 juillet 13]

Outre cette compilation systématique & hasardeuse de quarante ans d’écritures murales, on trouvera sur le site deux diaporamas sur le même sujet, l’un consacré aux bombages des années 70 et l’autre s’enrichissant au jour le jour d’inscriptions plus récentes, glanées sur le Net ou prises sur le vif, sur cette page-là.

Et une quarantaine de graffiti en image, issus de mes découvertes des derniers mois, soit empruntés sur le Net (avec le nom du photographe sur le .jpg), soit photographiés par mes soins.



28 juin 2013
[Images arrêtées & idées fixes
Tautologies iconographiques.]

Du presque pareil au quasi même ?



19 juin 2013
[Texte & image, coïncidences rétrospectives —
Le travail photographique d’Arnaud Lesage
et une fiction brève pour lui rendre hommage.]

En 1996, frappé par une ressemblance graphique entre deux photos de ses archives, Arnaud Lesage décide de tenter de faire la même image n’importe où dans le monde, en utilisant le même prétexte : l’apparition d’une forme verticale. Mais au lieu de la conformité que ce projet absurde semble promettre, apparaissent entre les images des décalages, qu’il convient de révéler dans des assemblages spécifiques…

Presque vingt ans plus tard, ça donne un livre – Anatopées – qui se déploie en accordéon recto verso sur près de 6 mètres, avec sur chaque pli et repli la mise en rapport sérielle de quatre tirages en noir & blanc. Précisons, et ce ne fut pas une mince affaire que l’objet final a été maquetté dans le moindre détail par le graphiste Philippe Bretelle et fabriqué sous la direction d’Éric Guglielmi, fondateur des éditions Gang. Pour se rendre compte de la matérialité du projet, sinon en commander, le cas échéant, un exemplaire, c’est ici.

Et comme on m’a proposé d’y mettre mon grain de sel, plutôt que de gloser en «préface» sur les idées fixes de ce photographe nomade, j’ai préféré m’inspirer d’un principe formel similaire – chercher des coïncidences rétrospectives à partir d’un motif aussi récurrent que dérisoire : celui d’une allumette brûlée de bout en bout. Fragment par fragment, j’en ai tiré une sorte de mode d’emploi autobiographique. Ça aurait pu s’appeler « Quatre fois rien », mais un autre titre s’est imposé :

Ni avant-propos ni postface, le long texte qui m’est venu n’apparaît pas en ouverture introductrice ou en simili clôture conclusive, il surgit à mi-chemin du livre (avec sa traduction en anglais sur le revers). Et c’est une place idéale, quand on préfère écrire, comme moi, en commençant par le milieu. Dedans, je tourne autour des manies incendiaires qui ont hanté mon enfance, sans effets spéciaux spectaculaires, à très petite échelle, juste une allumette cramée de bout en bout. Faisant le pari que cet «éloge infantile de la pyromanie» peut aussi se lire de façon autonome, et qu’il perdrait beaucoup de son sens une fois redécoupé en simple extraits – trop bref de brèves –, je le reproduis tel quel, in extenso :

De quelques façons
d’en revenir au même

1. Sortez une allumette de sa boîte, frottez-la sèchement sur le grattoir latéral.
2. Passez-la main gauche (si vous êtes droitier) en penchant le sommet embrasé vers le bas de façon à faire courir la flamme sur le bois encore blanc, puis stabilisez l’allumette à l’horizontal et attendez qu’elle se consume à petit feu jusqu’aux trois quarts.
3. Dans le même temps, vous aurez eu soin d’humecter de salive le pouce et l’index de votre main libre (droite ou gauche, indifféremment si vous êtes ambidextre).
4. Sitôt que la combustion touche à sa fin, saisissez entre vos deux doigts mouillés l’allumette presque entièrement carbonisée et redressez-la jusqu’à en noircir l’autre extrémité.

Ceci n’est pas un manuel de survie post-apocalyptique, ni les messages cryptés d’un ordre d’insoumission, ni l’avant-goût d’une recette de fitness culinaire, ni l’épilogue d’un traité du zen, ce serait plutôt l’éloge minimaliste d’un acte gratuit.

Ça commence en queue de poisson, tu te souviens, et ça finit pareil.


En incendiant l’allumette de part en part, sans jamais la quitter des yeux ni la laisser glisser d’entre vos mains, vous aurez donc relevé un défi enfantin : « Brûler la vie par les deux bouts. »
Mon grand frère passait ses vacances estivales, porte close, à échafauder des donjons en pièces détachées, des trois-mâts en bois exotique, des blindés Panzer en kit plastifié ou des carlingues de planeurs en balsa rhabillés de papier japon. Et moi, son éternel cadet, pour ne pas le déranger, je m’entraînais à noircir allumette sur allumette dans la coupelle où, le soir venu, les parents feraient brûler une spirale anti-moustique.

Broyer du noir, tu te souviens, des fois, ça finissait par faire du bien.

On dit… « brûler la chandelle par les deux bouts », mais comme le jeu n’en vaut pas la chandelle, et que souffler n’est pas jouer, alors qui trop embrase mal éteint.

Vous avez suivi étape par étape l’expérience ci-dessus, touché du doigt le principe d’incinération qui parvient à changer un fétu de bois tendre en son double de charbon, et dix vingt trente ans plus tard, ce mirage fugace vous reste encore à l’esprit, il vous obsède à tel point que vous le revoyez souvent passer sous vos yeux, un des rares souvenirs intact, concret, épidermique, de votre enfance, l’évanescente lueur qui éclaire votre nuit des temps et, pour tirer une leçon de cette alchimie amusante, vous vous dites que s’il demeure un détail invariant qui fasse date dans le lointain d’une existence, ça tient à si peu de chose, cet infime fragment consumé, disons votre carbone 14.

D’une main l’autre,
feu l’enfance,
braise fin prête
à s’éteindre.

Mon grand frère, jusqu’au diagnostic de sa myopie précoce, aurait tant voulu être pilote de chasse dans l’US Air Force, conducteur nocturne de train de marchandises, astronaute sans retour en station orbitale, vainqueur in extremis au 24 heures du Mans. Et moi, son modèle réduit, je me serais bien vu pigeon voyageur, mais messager de personne, en fugue intérieure, de mes propres ailes.


En cette allumette réduite à sa plus simple expression, au-delà du sens propre – faire charbon de quoi que ce soit –, on pourra voir un sens plus indirect, métamorphique, figuré : le sombre filament d’une idée fixe. Et brandir la « beauté convulsive » du «soleil noir » qui va avec, celle dont s’obnubilait la jeune garde surréaliste, pressée de jeter au feu la crevarde littérature pour entretenir la flamme d’une immédiateté du vécu.


Dans les comics, dès qu’un personnage vient d’avoir une idée, ce soudain Eurêka s’illustre sous la forme d’une série d’ampoules qui lui font une drôle d’auréole en surplomb, sans qu’ainsi enluminé il n’ait besoin de révéler le secret qui lui brûle les lèvres.


Si j’étais un héros de bande dessinée, il me suffirait d’un seul trait – ce filament noir à peine consumé –, pour illustrer le phénomène contraire, non pas l’éclair fugitif d’une solution à je ne sais quelle énigme, mais l’infime trou noir qui obture le filigrane de mes pensées présentes, un de ces éclats d’amnésie, d’absence partielle, signalant que tel ou tel détail vient de me sortir de l’esprit.


Ça entre par une oreille, tu te souviens, et ça sort par l’autre.


Bûchette fossile,
entre deux phalanges,
perpétue le tison
d’un oubli.


Quant à ce résidu de mémoire, n’y voir aucune métaphore exemplaire ou facétie de second degré, rien qu’une matière première littérale. Cette allumette cramée de long en large n’arpente rien que son éphémère combustion. Après usage, dans sa noirceur parfaite, on lui trouverait sans doute quelques ressemblance avec une mine de crayon, une barrette de shit, une crotte de souris ou ce segment de caoutchouc qui nous file entre les doigts lorsque, pour réparer le faux contact d’un plafonnier, on dénude d’un centimètre ou deux le fil conducteur qui s’était détaché du domino, puis qu’on revisse la douille au cul d’une ampoule neuve, non sans courir le risque de s’électriser sur place, suspendu au charme trompeur d’un accident domestique.


L’homo erectus a mis une éternité pour inventer le feu, pierre contre pierre, et la guerre qui s’ensuivit, œil pour œil, sang pour sang. Mais depuis lors, n’importe quel enfant, en sa sauvagerie primitive, s’est déjà essayé, frotté de près, à l’expérience inverse. Il suffit d’attendre que la flammèche rebrousse chemin, court le long de la tige, en épuise le combustible, jusqu’à extinction du feu. Des siècles à sortir des cavernes, en pleine conscience éclairée, et puis, scratch, pfuit, plus rien. Homo declinus. L’art de s’éteindre en beauté. De régresser d’un seul geste, et repartir d’où l’on vient, en fumée.


Et la lumière ne fut plus,
repose l’allumette,
gisante ténébreuse,
paix à ses cendres.


À votre insu, vous approchez de la puberté et, l’air de ne pas y toucher, vous avez tenté une expérience décisive, joué avec le feu, brûlé d’en connaître l’infime secret, sa mystérieuse transsubstantiation : de l’embrasement vif-argent au tison d’ébène, de l’étoile flamboyante au fusain carbonique. Big Bang minuscule, à portée de la main. L’âme rougeoyante qui phosphore, qui souffre, qui brille de ses derniers éclats et rien au-delà que le corps inerte d’une brindille noirâtre. Ça y est le miracle est presque éventé. Nulle existence éternelle, hors ce reliquat de charbon compact. En attendant d’aller vider en douce le cendrier, avec son tas de cadavres calcinés ras bord et le mégot d’une première cigarette planqué dessous, par simple association d’idées, sans céder à la déception, et son odeur de tabac froid, vous cherchez une non-réponse à cette non-question – la vie après la mort etc. –, et, comme d’habitude, vous vous en tirez par une pirouette, un calembour puéril : « L’incandescente aux Enfers ».


Quand les extrêmes se touchent, tu te souviens, ça fait un drôle d’effet.


L’âge venant, maintenant que ma pyromanie élémentaire s’est muée en tabagie quotidienne, pour couper court à la peur panique d’en crever, poumons carbonisés de longue date, je médite cette leçon de choses, apprise à mi-chemin de ma jeunesse – « inspirer, expirer » – , en me berçant de son credo matérialiste, faussement binaire, disons plutôt négativement positif.


On dit… « il n’y a pas de fumée sans feu », sauf que si fumer c’est gravement nuire, y’en pas mal qui, dans feu votre entourage, mentent comme ils respirent.


Depuis plus d’un siècle que la photographie existe, nous dédouble plus vrai que nature, on a bien dû se faire à l’idée que, pour reproduire la réalité, il fallait en passer par là, avant développement, par un premier état brut, le négatif. Et sur le film argentique, pour y distinguer quoi que ce soit, il faut désapprendre nos réflexes visuels, inverser les valeurs du clair-obscur, repartir des ténèbres pour déduire quelque chose ou quelqu’un à l’œil nu. Sinon tout y demeurerait méconnaissable, obscurci de l’intérieur, désolidarisé de part en part, fondu au noir ou au blanc. Corps et décors soumis à leur informe abstraction. Et pour que cette scène primitive, d’une familiarité si étrangère, reprenne contours, relief et sens, mieux vaut patienter encore un peu, laisser tremper d’un bain à un autre, attendre que l’alchimie opère sa révélation contre-nature.


En matière combustible,
pas de deuxième essai ;
chaque allumette ne sert
qu’une seule fois.


Il y a longtemps que vous n’avez pas noirci une allumette de bout en bout, sans rien lâcher du début à la fin, et voilà que ce motif de satisfaction ridicule vous occupe à nouveau l’esprit, que cette image ravive d’autres visions incendiaires, des associations d’idées noires. Pour définir au plus juste cet effet rétroactif, vous n’avez pas trouvé mieux qu’un mauvais jeu de mots en franglais : flash black.


Après la première tentative, tu te souviens, il y a eu d’autres premières fois.


Ce qui me revient en mémoire, à force de gratter la même allumette, ce n’est pas seulement le fil dénudé d’une rallonge hors d’usage que j’avais rebranché en circuit fermé pour faire péter les plombs un soir de Noël, ni celui clôturant l’herbage d’une ferme voisine dont j’aimais effleurer les barbelés dans l’espoir d’un frisson à bas voltage, ni celui du grille-pain en surchauffe où quelques tartines en flamme m’avaient plongé en un sommeil si profond, ni celui de la machine à laver qui, à force de bouger toute seule, avait arraché la prise de terre, menaçant quiconque l’approchait d’un semblant d’électrochoc. C’était le faisceau convergent de ces quatre tentations, l’avant-goût d’un danger tout à la fois passé et imminent, le risque, encore palpable aujourd’hui, de se brûler les doigts à ce petit jeu-là.


Par la fente ombreuse
d’une camera obscura,
le secret soudain projeté
en un rai de lumière.


On dit… « cela va sans dire », mais comme c’est celui qui le dit qui l’est et qu’on ne peut l’être sans l’avoir été, on en dit trop ou pas assez.


Ça sentait le graillon dans la cuisine, tu te souviens, l’huile qui crépite, gicle partout, déborde à gros bouillon. Et plus moyen de s’approcher pour couper le gaz sauf toi, maman, qui tire sur la poignée avec un torchon. La friteuse qui tombe à la renverse, trop tard, ça a déjà pris feu. Moi qui me précipite à ton secours, sans trop savoir quoi faire, à part vider la carafe d’eau sur le brasier par terre. Et toi qui me hurle de surtout pas faire ça, tu te souviens, coincée à l’autre bout de la cuisine, trop tard, c’est de ma faute si ça crame de plus belle. Et maintenant que l’incendie se propage, tu te souviens, avec des flammes de plus en plus hautes, je voudrais te demander pardon, même si ça ne sert à rien, maman, juste pour te dire que c’était pas exprès, à travers le rideau de fumées, mais les mots n’arrivent plus à sortir, trop tard, c’est resté coincé dans ma gorge, pendant que, pliée en deux contre le mur, tu craches tes poumons, sans que je sache comment réagir, bras ballants comme un con, tu te souviens, tétanisé par la peur panique. Toi qui menaces de brûler vive, et moi qui détourne la tête, pour échapper au jeu de miroir, toi qui me vois te voir, moi qui te vois me voir, alors les yeux soudain fermés, je préfère oublier la suite, plutôt que m’obséder à regarder la réalité en face, black out. Et voilà que ça me revient à l’identique, presque quarante ans plus tard, l’envie de me confondre en excuses pour disparaître à ta place, même si au bout du compte, hein maman, tu te souviens, personne n’est vraiment mort ce jour-là.


On dit… « faire feu de tout bois », et comme le pire n’est jamais sûr, on s’enflamme pour un rien, jusqu’à n’être que feu soi-même.


Parmi le vrac de mille et une allumettes sur la descente de lit, avec mon frère aîné, nous devions en piocher maximum deux à tour de rôle, mais jamais aucune, et cela jusqu’à épuisement du stock. Remporterait la mise celui qui disposerait d’un gain en nombre impair. Cet été-là, tout au long de ce mois d’août, la partie s’éternise, s’interrompt, reprend et s’achève par un match nul indémêlable. Sur le moment, on aura beau épiloguer, ça revient au même : l’un perd, l’autre aussi. Mais presque quarante ans plus tard, mon rival d’alors, devenu chercheur en probabilité, a trouvé le moyen de nous départager. Il refait les comptes sur le papier et démontre qu’entre lui et moi ça ne pouvait pas aller de pair, et que, faute d’être tombés juste, comme prévu par le calcul algébrique, ça voulait dire que celle qui manquait c’était forcément la sienne.


Manque à gagner,
dix de retrouvées ;
faute inavouée,
trois quarts consumée.


Vous avez presque achevé votre corvée de patates, deux kilos de pommes de terre épluchées sous les ordres de votre mère, coupées en fines lamelles, plongées dans l’huile bouillante. Et maintenant il vous reste à surveiller la cuisson, avant de rappeler la cuisinière quand il s’agira de les sortir de leur friture et les étaler sur trois épaisseurs de papiers absorbants. Sauf qu’entre-temps, un imprévu à dû vous distraire de votre tâche : le coup de sonnette d’un démarcheur en assurance-vie ou d’un Témoin de Jéhovah ou du facteur avec accusé de réception ou de la fille unique de la concierge pour aller jouer à la marelle dehors. Dans ce dernier cas, chacun chacune à cloche-pied sur le trottoir, entre ciel et terre, vous avez fini par oublier la friteuse sur le feu. Dommage, une heure et demie plus tard, des frites, il n’en reste quasiment rien au fond de l’écumoire, un petit tas de fétus carboniques qui tiendrait presque dans une boîte d’allumettes s’il vous venait à l’idée de conserver en l’état un si cuisant échec.


Dans la cuisine en feu, faute d’avoir su comment sauver ma mère, j’en suis désormais réduit à d’autres spéculations, reconstitutions, conclusions. Si ce n’est moi, c’est donc mon frère qui l’a fait, surgi de sa chambre en catastrophe avec dans les bras un édredon et d’autres couvertures, me bousculant méchamment au passage, avant d’approcher au plus près du brasier ardent et d’y jeter son lot de lourds tissus pour étouffer les flammes sous leur poids mort.


Un début d’incendie apocalyptique, selon le héros du jour.
Plus de peur que de mal, selon mon père.
Ça ira mieux demain, selon ma mère.
Et d’après moi, quatre fois rien.


Quitte à remettre bien à plat cet incident sans victime à déplorer ni problème avec l’assurance, on supposera que cela a dû se passer dans la première quinzaine du mois de février 1973, puisque le calendrier à feuilles détachables qui trônait non loin du frigidaire, quoiqu’un peu noirci sur les bords, n’a jamais été remplacé et qu’il a fallu attendre plus d’une trentaine d’années pour qu’on vienne le décrocher, à l’heure où d’autres comptes se soldaient, lors de la vente posthume de l’appartement, autrement dit après incinération de ses derniers occupants, mes parents, au Crématorium du Père-Lachaise.


Quelques frites en plus ou en moins, tu te souviens, pas de quoi en faire un plat.


Ce mois de février 1973, vous avez entendu parler à la radio d’un autre incendie, celui du collège Pailleron ; et vous avez appris de la bouche de votre mère au bord des larmes, la semaine suivante, que parmi les seize gamins étouffés sous les décombres, figurait une fille qui ne vous était pas inconnue, puisque vous fréquentiez, chaque samedi, le même atelier d’éveil à la poterie. Sauf qu’à peine évoqué son prénom, vous avez haussé les épaules, l’air de ne pas trop savoir qui c’était, et aussitôt changé de sujet.


Jusqu’à ma majorité, j’ai su retenir par cœur des dizaines de blagues, débilitantes, absurdes ou salaces, qui assuraient ma popularité de bouffon domestique en famille, de dissipé maladif en classe et de dragueur velléitaire en surprise party. Il ne m’en reste quasiment aucune trace, à part celle-ci, à propos de Jeanne d’Arc sur son bûcher, s’adressant à la foule des amateurs de sacrifice : « Puisque vous ne m’avez pas crue, vous m’aurez cuite ! »


Ce mois de février 73, vous auriez dû en décompter chaque jour & nuit au fer rouge sur votre avant-bras ou, pour n’en rien oublier, retourner vingt-huit fois votre langue dans la bouche avec un nœud au bout ou barrer d’une croix indélébile toutes les pages correspondantes dans votre agenda professionnel, sinon brûler chaque hiver autant de cierges que d’années écoulées depuis. Mais faute d’avoir jamais eu recours à pareilles pensées magiques, vous préférez faire le mort à certaines dates anniversaires, cesser d’exister en public et recourir à d’autres rituels suicidaires en aparté. Pourtant, il faudra vous y faire, il n’y a pas l’épaisseur d’une feuille de cigarette entre les vestiges du dedans et le vertige du dehors, entre l’obsolescence et l’incandescence, entre les fausses et les vraies semblances, bref entre vous et vous.


On dit… « mourir à petit feu », tant qu’on couve assez de braises en soi, mais de quel bois on se chauffe en attendant que ça renaisse de ses cendres.


Après les disparitions successives de nos grands-parents, mère & père, parmi tous les objets qui revenaient de droit à leur deux descendants, mon frère a souhaité garder la haute pendule à balancier, un tas de volumes reliés pure peau de porc, l’armoire normande sur trois pieds branlants et une batterie de casseroles en cuivre rétamé. De mon côté, j’ai failli choisir cette balance à fléau qui correspondait tout bêtement au signe zodiacal de ma naissance, avant de lui préférer la série de tares qui, dans leur boîtier, faisait partie du même lot, gros, moyens & petits kilos de fonte, in memoriam, dont la plupart se sont égarés entre deux déménagements, sauf le plus petit d’entre eux, quantité presque négligeable, ce minuscule contrepoids de 10 grammes, sinon moins, tant il a dû s’élimer dans ma poche au fil des années avant de se nicher dans une des boîtes d’allumettes dont j’ai depuis des lustres abandonné l’envahissante collection.


Pendant nos nuits blanches, un kilo de plumes dans l’oreiller, tu te souviens, ça pesait moins qu’au petit jour le même kilo sous nos semelles plombées.



7 juin 2013
[Texticules & icôneries
Calendrier des fêtes alternatives.]

Jour de galvanisation collective.



1er juin 2013
[Le Street Art dans tous ses états
Stickers et autocollants divers,
glanés depuis l’année dernière.]

Parmi les mauvais genres des arts muraux – papiers collés, pochoirs aérosol, typo-blazes XXL et graffiti à la bombe ou au marqueur – il y a un dernier cas de figure : le petit format adhésif. Soit l’étiquette amateur en papier gommé, soit le sticker en long en large ou en rondeur. Mais avec l’autocollant, on entre dans la fabrique sérielle, plus sophistiquée et onéreuse. Du coup, ce genre d’acte gratuit revient assez cher. Et côté support, on est obligé de délaisser le crépi granuleux des murs, pour s’attaquer au mobilier urbain : potelets, armoires électriques, panneaux de la voirie, pub sous verre, etc.
Et là, il y a concurrence déloyale entre le sticker commercial – avec logos, formules choc et coups de buzz – et celui qui n’a rien à vendre, qui détourne le sens commun in situ, disperse des apartés textuelles, crée des zones de turbulences visuelles.
Sauf qu’entre ces deux tendances, on a parfois du mal à distinguer la nuance, vu l’essor de l’auto-promo Facebook ou Tumblr sans parler des duplicatas  sous copyright OBEY© qui retourne comme un gant (un bonnet ou un T-shirt) l’idée même du détournement ironique pour mieux fourguer en magasin des produits dérivés à son image (et profit). Y’a même un néologisme pour résumer le phénomène – subvertissement – qui compacte élan subversif et commerce du divertissement.
 Autre cas de figure déprimant, les usages propagandistes du sticker par la nébuleuse fascistoïde, avec une large diffusion/radicalisation d’imageries homophobes et & xénophobes bien au-delà de ses territoires d’influence habituels,
on a parlé récemment ici même.
Pour se changer les idées, autant aller se ressourcer ailleurs. Parce que les stickers sans but lucratif ni nombrilisme geek ni message de délation, ça existe encore, même s’il faut se méfier des contrefaçons duplicitaires et des équivoques populistes. Au gré de mes flâneries sur le Net, j’en ai trouvé une ribambelle hors les étroites frontières franco-françaises et photographié quelques-uns en région parisienne. Petite revue en images des dernières trouvailles scotchantes en attendant les beaux jours caniculaires.

Pour voir le diaporama complet,
on ira lorgner dans ce coin-là.

Depuis deux ans, moi aussi, j’ai pris le pli
et fabriqué mes propres Adages Adhésifs
qu’on peut retourner voir ici.



20 mai 2013
[Texticules & icôneries
Métonymie anatomique.]

Tête en l’air, tronc commun, platform shoes.



15 mai 2013
[Pseudo-dico, idiot & logique,
fragments d'un état provisoire.]

Parmi d’autres chantiers en cours, sur ce site, il y a ce petit opuscule : Pseudo Dico, idiot & logique, entamé en juin 2009 et qui s’épaissit peu à peu, sans souci d’aucune finitude.
Dans une brève préface, j’ai essayé de revenir sur le «pourquoi du comment» de ce projet :

«Jouer au Pendu à l’école, ça laisse des traces. La preuve, après quelques décennies d’études, d’examens, d’essais, d’ébauches, d’épreuves, de tentatives… j’y reviens, à mes marottes élémentaires. Pourquoi se priver du charme régressif ? Chacun ses tentations, moi c’est l’infantile qui me hante, l’énergie verbale en deçà des prudences mitigées de l’esprit de sérieux. Bas les masques, soyons bêtement éhontés, je vous présente mon projet de devinettes lexicales, un dictionnaire pour de faux. J’aurais préféré appeler ça Fictionnaire tout court, mais c’était déjà pris comme titre, par un farceur repenti des années 70, l’incertain Alain Finkielkraut, alors j’ai trouvé un ersatz commode, Pseudo-dico, pour le raccourci de la rime intérieure, si si, faut pas forcément chercher plus loin.
Seul défi minimal, commenter chaque mot par association d’idées, esprit de conflagration, étymologie intuitive, amalgame accidentel, contresens inopiné, déduction analogique, méprise significative, sinon par défaut mineur ou faute d’étourderie. Et surtout, lâcher la bride, perdre contrôle, laisser sortir les bouts d’énoncé à l’oreille, faire confiance aux courts-circuits intérieurs, aux paradoxes venus d’ailleurs. Projet impur et simple, trivial et mégalo. D’où son sous-titre –
idiot & logique – qui me revient de loin, l’éternel adolescent jamais lassé de singer les sapiences de l’homo academicus, avec force grimaces et effets de manches. […]
Bien sûr, j’aurais pu faire le tri au départ, chasser la blague facile, neutraliser le calembour dérisoire, ne garder que le meilleur du début à la fin. M’empêcher de faire tout à la fois le singe savant et l’analphabète de foire. Mais quand on vide son sac de vocabulaire, il vous passe de drôles de couacs par les méninges, et c’est souvent d’assez mauvais goût, entre autres foutaises et débilités. J’aurais pu me cacher derrière mon petit doigt d’auteur, mais l’idiotie a sa logique implacable.»

Pour se faire une idée du glossaire en question,
quelques entrées alphabétiques…
et leurs issues de secours.

ACHETEUR COMPULSIF : s’endette comptant, rembourse mécontent.

BARBARISME : saleté de mot impropre.

CRIMINEL DE BUREAU : monstre ni chaud ni froid.

DÉPRESSION : hibernation latente en dépit des normales saisonnières.

ÉLECTRON LIBRE : futur déchet radioactif.

FAYOT : né si vieux que premier de sa classe d’âge.

GRAIN DE BEAUTÉ : 1. signe de piste érotique; 2. point de suspension en braille.

HÉRITAGE : fausse commune.

INDIVIDU : singulier pluriel.

JET-SET : franglish, oisifs en apesanteur sociale, entre brunch dînatoire, dancefloor, after auroral, grasse matinée et sieste tardive (voir Jet lag vs Jet de pierre).

KAMA SUTRA : littérature à massage.

LAMBDA : archétype de l’être quelconque, tout à la fois compris et incompris dans la série alphabétique de ses semblables.

MÉTAPHORE : comme si comme ça (voir Echographie & Fausses semblances).

NOUS : 1. plein de personnes à égalité; 2. première personne de majesté.
obsolescence : si l’existence précède l’essence, l’inexistence aussitôt lui succède.

POTENCE : planche d’aucun salut.

QCM : acronyme improbable de Quota Cyclique Moyen ou Qui Coche Mieux ou Quelques Causes Molles ou Quand Combien Merci (et tant d’autres réponses à choix multiples).

RHUME : maladie incurablement bénigne.

SURMOI : auto-maton.

T.O.C : acronyme, effets indésirables de l’obsession sécuritaire (voir Gène & Tic).

VELLÉITAIRE : ressort de la volonté soumis à l’hypertension de plusieurs hypothèses incompatiblement préférables à la tentation de n’en rien faire.

ZÈBRE : premier code-barre à l’état naturel (voir Design & Biométrie).

Pour ceux désireux de feuilleter l’ouvrage ou de le lire in extenso, c’est ici.
Pour les autres projets de textes courts & en cours, c’est .



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