Pour etre tenu au courant
de temps en temps


@ffinités





































































































































































































































































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17 octobre 2018
[Images arrêtées & idées fixes
Huit clichés raccords
avec leur temps mort.]



10 octobre 2018
[Souviens-moi, et cætera —
De ne pas oublier… la suite.]


Et voilà que ça continue, quatre ans et demi après la sortie de
Souviens-moi, d’autres lacunes fragmentaires qui me reviennent en mémoire, alors autant mettre en partage ces pièces manquantes quelque part, là où tout a commencé, sur ce pense-bête, non pour préméditer un tome 2, juste pour laisser ce chantier à ciel ouvert…

De ne pas oublier que plus de trente ans après la catastrophe de Tchernobyl, les gros mammifères (élans, cerfs, sangliers, loups) ont proliféré, donnant à cette zone d’exclusion radioactive, un faux air de réserve naturelle, même si, à y regarder de plus près, outre la raréfaction des hirondelles au printemps, décimées par les effets du césium 137, on observe que les toiles d’araignées d’ordinaire tissées selon la distribution homogène de leurs fils de soie suivent désormais une trame décalée, irrégulière, incomplète, comme dans les expositions d’Art Brut ces dessins reproduisant à l’infini un certain désordre psychique.

De ne pas oublier que j’ai attendu plusieurs décennies avant de me pencher sur le sens du mot procrastination qui m’avait toujours fait penser, selon une intuition homophonique, au bruit d’une mâchoire mastiquant une crevette non décortiquée.

De ne pas oublier que, posé sur la chaudière trônant au milieu de la cuisine, le petit tonneau en céramique où gisait une mer de vinaigre m’a inspiré depuis la nuit des temps de mon enfance un effroi mêlé de fascination face à ce semblant de méduse sanguinolente flottant en surface, sitôt le bouchon ôté, spectacle qui par association de hantises s’apparentait à mes yeux au reliquat d’une fausse couche maintenue là, au secret.

De ne pas oublier que lors d’un voyage familial au Mexique, l’ingestion d’un tacos renfermant des huîtres déjà mortes sous une sauce suspecte m’avait valu huit jours de tourista carabinée et allégé de quelques kilos au retour de ce périple archéologique d’une toilette l’autre.

De ne pas oublier qu’écrire ça revient à interrompre son propre flux de conscience pour mieux en imiter le cours détourné.

De ne pas oublier que lors du même séjour familial à Mexico, nous avions été contraints de suivre toutes les étapes d’un pèlerinage politico-muséal, devant telle fresque de Diego de Rivera, puis tel tableau de Frida Kahlo, puis face à la maison rouge de Trotski , ce fameux exilé bolchevique assassiné d’un lâche coup de piolet par un ignoble agent double missionné par l’odieux despote Staline, etc., alors que partout sur les murs je voyais fleurir des affiches ou des slogans majuscules vantant les mérites d’un Partido Revolucionario Institucional qui semble-t-il monopolisait ici le pouvoir depuis des décennies, d’où cette question posé à notre guide suprême, alias mon père, si fier d’avoir été dissident trotskiste au début des années 40 : « Ben dis, papa, ça a l’air super-chiant ta révolution permanente ? »




5 octobre 2018
[Images arrêtées & idées fixes
Ni fleurs ni couronnes…
se préparer à l'automne.]



28 septembre 2018
[Souviens-moi, et cætera —
De ne pas oublier… la suite.]

Et voilà que ça m’a repris quatre ans et demi après la sortie du livre, quelques oublis marquants remontés à la surface, des Souviens-moi qui manquaient à l’appel, par-ci par-là. Alors pourquoi les laisser en friche, déshérence ou lévitation ? autant les mettre en partage quelque part, là où tout a commencé, sur ce pense-bête, non pour préméditer un deuxième volume, juste pour laisser le chantier ouvert, sans chercher à savoir, comme au premier jour, ce qu’il en adviendra…

De ne pas oublier le sale garnement, sinon le petit merdeux que j’ai dû être à bien y repenser quarante ans plus tard : moi, au sortir du collège, avisant une rombière en manteau de fourrure, dans la rame d’un métro bondé, et l’approchant pour demander d’une voix de fausset « Votre truc c’est du synthétique ou du vrai poil d’animal », tout en sortant de ma poche un zippo dont la mollette crissait sous mes doigts, prêt à enflammer sa peau de bête, ou pas.

De ne pas oublier cette fillette métis perchée sur un tabouret qui, pieds ballants face à l’objectif du photographe, ne peut s’empêcher de se mordre les lèvres, d’ébaucher un sourire ou une moue de travers, puis de chercher sa maman des yeux, la bouche bée ou carrément boudeuse, toutes poses interdites selon les normes d’une carte d’identité, comme la dame du guichet d’État-Civil leur en a déjà fait la remarque au vue d’une série de portraits délivrés par la flasheuse automatique du Monoprix à côté, fillette impossible à figer sur place donc, et pourtant si, in extremis, maintenant que, assis sur le même siège, je me tiens bien droit et du premier coup conforme au cadre légal, et deux minutes plus tard une gueule de repris de justice validant dix ans de liberté supplémentaire sur mon prochain passeport.

De ne pas oublier que le tire-comédon, outil familier de mon adolescence acnéique, doté d’un nom rare qui faisait penser à quelque animal exotique ou de pure invention, m’a permis d’extraire préventivement un tas de points noirs, mais donné à saisir aussi, par analogie du concret et du poétique, une phrase à mes yeux fétiche de Paul Valéry : « Ce qu’il y a de plus profond en l’homme, c’est la peau. »

De ne pas oublier le reportage de Paris-Match lu chez ma grand-mère deux mois après l’élection de Mitterrand, ces double-pages consacrées à l’empalement mortel du fils de Romy Schneider sur les grilles d’une propriété cossue à Saint-Germain-en-Laye, chez la famille de son beau-père je crois, et combien cela m’a marqué de façon indélébile, sous le poids endeuillé des mots, le choc granuleux des photos, tandis que la fraternité ressentie envers le petit Didier, Denis, non c’est plutôt David je crois, ce martyr de quatre ans mon cadet, nourrie par la terreur rétrospective d’avoir échappé au même sort lors des diverses escapades nocturnes, finirait par supplanter dans ma mémoire l’abolition de la peine capitale et la mise au rencart de la guillotine à l’issue des vacances de l’été 1981.

De ne pas oublier que, à deux-trois semaines des oraux du bac français, celui qui m’avait prêté main forte en décryptant les signes de la dégénérescence bureaucratique dans le poème Les Assis de Rimbaud, un père dont les conseils éclairés m’ouvraient des horizons tout en m’encombrant de sa lourdeur doctorale, ce foutu géniteur omniscient deviendrait un jour l’archétype du vieillard goitreux, ventru, claudiquant la tête basse d’une chaise à l’autre, cloîtré entre les murs de livres de sa retraite clochardisée, avait tout les symptômes de l’assis perpétuel décrit par ses soins un quart de siècle auparavant.

De ne pas oublier que je n’ai pas encore trouvé la force – mais s’agit-il d’une force ou d’un point faible à respecter ? n’importe – disons le courage glaçant ou l’insouciance réflexe d’effacer sur mon téléphone portable les numéros de certains de mes proches trop tôt décédés : Laurent Massenat, François Keen, Adrien Tronquart ou Solveig Anspach.



27 août 2018
[Images arrêtées & idées fixes
Quelques photogrammes
dénichés loin de Paname.]



21 juin 2018
[Tiens ils ont (encore) repeint !, la suite –.
ce n'est qu'un (d)ébat, continuons les abus.]

Dans Tiens ils ont encore repeint ! 50 ans d’aphorismes urbains, avec l’ami graphiste Philippe Bretelle, on a voulu donner à voir la continuité mutante et hybride des écritures sauvages nées lors de mai 68, mais aussi faire la nique aux embaumeurs commémoratifs de ce printemps-là. Car ce sont souvent les mêmes qui magnifient les graffitis contestataires de la fin des sixties, et qui prennent des airs scandalisés sitôt que des bombages ou des tags, ces indignes « dégradations », apparaissent dans leur centre-ville gentrifié, aux abords d’une ZAD ou dans une fac occupée ici et maintenant. Ces anciens jeunes repentis, à moins qu’ils ne soient d’emblée nés vieux, ont la mémoire sélective et horreur des troubles poétiques, existentiels, transgenres ou subversifs d’aujourd’hui. C’est des conflits du temps présent qu’ils cherchent à faire table rase, en abolissant toutes traces de discordance active dans l’immédiate actualité. Si ce livre a eu un mérite, c’est de leur saloper la bienséance nostalgique, en redonnant la parole à tous les « amateurs du désordre ».
Cette collecte m’a tenu en haleine une dizaine d’années durant, et si j’ai cru qu’avec sa publication l’obsédante glane murale tirait à sa fin, c’est raté. Tant que les inscriptions fleurirons dans la rue, j’aurais du mal à faire l’impasse. Alors, comme le printemps 2018 m’a donné de nouvelles matières, j’ai pris des photos ou noté sur mes carnets d’autre bribes textuelles. Et autant partager ces trouvailles dans un nouveau volume en ligne… à télécharger gracieusement ici en pdf.

Quelques extraits icono et typographiques…
sens dessus dessous.

L’OISIVETÉ C NOTR PROJET
Paris XIII, fac de Tolbiac, 11 avril 18

Plus de libido
Moins de lacrymo
Paris VI, rue de la Sorbonne, fac, 12 avril 18

UNE DRÔLE DE
FAÇON DE
LA MAIN…
Notre-Dame-des-Landes,
bombage
sur caravane détruite, 12 avril 18

Et si vous pouviez
tuer le temps
sans blesser
l’éternité ?
Paris XIII, Le Lavomatik, pochoir, mi-avril 18

SAVE
OUR
SISTERS
Inde, Kathua, après viol d’une fillette, pinceau, mi-avril 18

J’ARRIVAIS PAS A DORMIR
Millau (près de), rouleau, mi-avril 18

LA NUDITÉ EST
UN VILAIN
DÉFAUT…
Pessac, fac Bordeaux-Montaigne, pochoir, mi-avril 18

mais qui selectionne
ceux qui selectionnent
ceux qui sont selectionnés ?
Paris XIII, bd Blanqui, bombage, 19 avril 18

merci d’exister
Paris III, passage du Pont aux Biches, pinceau, 19 avril 18

sous mes seins la grenade…
Paris XX, rue Clavel, bombage, 27 avril 18

BOUFFE À CHIER
VIE DE MERDE
Paris XIII, bd de l’Hôpital, bombage,
sur McDo saccagé, 1er mai 18

Ta mer
elle a
la cher
de poul
Arras, rue du Canon d’Or, 1er mai 18

ON TRAVAILLERA
QUAND ON SERA MORT
Paris XIII, bd de l’Hôpital, bombage, 1er mai 18

Normal si je pleure
je coupe des oignons
Paris X, rue des Petites-Écuries, 1er mai 18

Face au travail
tout feux
tout flemme
Paris XIX, Belleville, bombage, 2 mai 18

HABEMUS
PANAME
Paris XVIII, près Sacré-Cœur, bombage, 2 mai 18

Occupons l’opinion publique
Paris V, rue d’Ulm, ENS occupé, bombage, 3 mai 18

M’en
Ballecouille
J’SUIS MAJEUR
Marseille, bombage, 3 mai 18

Crier toujours
jusqu’à la fin
du monde
Paris III, rue du Vertbois, 3 mai 18

+ de pizza
pas de patriarcat
Lyon, allée d’Italie, ENS occupée, 4 mai 18

DEMAIN
ÇA COMMENCE
AUJOURD’HUI
et tous les jours
ça recommence
Paris IV, rue  Pierre au Lard, 4 mai 18

Enfermer
dehors !
Montpellier, 5 mai 18

LA VITA È TROPPO STRANA
Naples, bombage, 5 mai 18

I will not control myself
Rennes, fac Rennes-2, bombage, 6 mai 18

Remets
une couche
frère !
Marseille, Le Panier, 9 mai 18

CONTRE
L’INDIVIDU MODERNE
Albi (près de’), bombage, 9 mai 18

Brulons nos forets
pour faire du profit
Tulle, bombage, 10 mai 18

Adict
au
sex
Paris X, rue Lucien Sampaix, 10 mai 18

Rend visite
à
ta mère
Montréal, Hochelaga, bombage, 12 mai 18

Detruire , dit-elle
Paris X, rue de Lancry, 12 mai 18

CE TAG
SERA
LÉGITIME
DANS 50 ANS
Nanterre, fac, bombage, mi-mai 18

YOU NEVER
LISTEN TO
ME
Sarajevo, mi-mai 18

VA TE
FAIRE INTÉGRER
TOI-MÊME

MELENCHON LE PLUS CON
DES FRANÇAIS PRO-BOLIVAR
Saint-Denis, fac Paris-8, bombage, mi-mai 18

je t’aime dans tous mes états
Paris X, rue des Récollets, mi-mai 18

J’haïs les hommes !
[moi aussi]
Montréal, Hochelaga, bombage, mi-mai 18

PA D’PROJET
QUE DES
PROJECTILES
Paris V, place de la Sorbonne, mi-mai 18

je suis
un platane
Paris XI, bd Jules Ferry, blanco sur platane, mi-mai 18

on est les
erreurs de
votre usine
à cerveaux
Marseille, près fac Saint-Charles, bombage, 16 mai 18

crois en toi
[qui peut t’en n’empêcher]
Paris III, passage du Pont aux Biches, bombage, 19 mai 18

God is Alive
He lives inside my
GameBoyColor
Paris IV, rue du Renard, papier collé, 19 mai 18

Vous ditent
que se sont des
nuissances mais
c’est le bruit de
notre libertée
Cheix-en-Retz, 20 mai 18

LA VIDA ES
TOMBOLA
Paris III, rue Quincampoix, 20 mai 18

OUI
au
“NI”
Sète, bombage, 20 mai 18

Ils font pousser les barbelés
cultivons les tenailles
Clavière (Hautes-Alpes), bombage, 22 mai 18

J’en ai laissées des plumes
A t’aimer pendant des Plombes
Marseille 2, montée St Esprit, « Artusa », 22 mai 18

certains sont
des esclaves
d’autres
pic-niquent
Paris IX, rue de Bellefond, pochoir, 24 mai 18

Un écureuil
ça trompe
énormémeuil !
Lyon, Croix-Rousse, 25 mai 18

J’AIME
BIEN LA VIE
ÇA REMPLIT
MES JOURNÉES
Paris XIII, rue Esquirol, bombage, 28 mai 18

Rêve pas,
Vole de tes ailes
Paris III, rue de Bretagne, pochoir, 30 mai 18

ou est
mon fils
Paris XVIII, rue de Chartres, 1er juin 18

#balance ta banque
Paris XI, bd Beaumarchais, bombage, 2 juin 18

TOUT LE MONDE
ADORE LA
MIÈVRERIE
PSEUDO-SUBVERSIV.
Bordeaux, rue Planterose, bombage, 5 juin 18

ôte tes
peurs
lèche mon
aisselle
Toulouse, 5 juin 18

LE RÉALISME
C’EST RÊVER
Paris X, rue René Boulanger, 6 juin 18

élève tes
mots, pas
ta voix
Nantes, bombage, 7 juin 18

“JE SUIS 4127eme
SUR LISTE D’ATTENTE
ET TOI?”
Paris XI, av. de la République,
lycée Voltaire,
pochoir, 7 juin 18

MON EMPLOI
DU TEMPS
EST MON SEUL
EMPLOI
Lyon, Croix-Rousse, bombage, 9 juin 18

LA PERLE EST
L’AUTOBIO [graphie] DE
L’HUITRE
Nantes, bombage, 15 juin 18



8 juin 2018
[Sous-ensembles flous (4) –
Enfer climatisé et grève du cœur.]

Sachant qu’en France ils sont 66% à avoir dans leur entourage au moins un proche frappé par la misère et 34% à s’être déjà trouvés dans une situation d’extrême précarité, les discours sur la pauvreté ont-ils mesuré toute la différence entre ceux qui dépendent de l’auxiliaire être ou avoir ?

***

Plus il y a de CO2 émis à l’air libre plus il y a de trous dans l’atmosphère respirable, et plus la couche d’ozone se fait miter plus ça se réchauffe en surface sur la croûte terrestre, jusque-là rien que de très naturel comme catastrophe annoncée, plus  le ciel est  obturé plus ça tombe sous le sens que les rayons solaires vont nous griller tout crus, sans filtre, et que la banquise va se fondre dans les profondeurs aquatiques et que ça fera remonter les eaux de quelques millimètres par an autour de la mappemonde, et que cette marée haute d’origine plus du tout lunaire, elle va pas aider les pauvres du Bangladesh à rester au sec, ni empêcher les désert, sous l’effet de la canicule, de gagner du terrain en d’autres coins du globe et en des temps pas si lointains, bref, moins y’aura d’atmosphère sans CO2, plus y’aura de zones inhabitables sur notre mère la Terre, et c’est à partir de là que ça devient irrespirable comme raisonnement, parce que plus y’aura partout des conditions de non-vie caniculaires plus on aurait besoin de clim pour rester à demeure dans son hémisphère, aux USA c’est déjà ventilé à plus de 90%, mais pour les deux tiers de l’humanité, ça va devenir urgent de faire pareil, pour préserver des espaces vitales, même parmi les clapiers de la banlieue mondialisée, en Chine ou au Nigéria, chez l’épicier du coin ou le méga-mole péri-urbain, et chacun chez soi dans sa bulle automobile, et d’ici la fin du siècle ça sera le cas presque partout, à 70% équipés sur la terre entière, sauf que l’air de rien ça rajoutera 23 milliards de tonnes de CO2 dans les nuées, soit presque moitié plus que nos émissions actuelles, et là c’est au-delà de ce qu’on peut à peine penser imaginable comme raisonnement, plus il fait chaud en ville plus y’a de clim à domicile, et plus ça demande d’énergie fossile plus ça intoxique la biosphère, ouais, plus on branche la clim plus l’odieux CO2 nous pompe l’air, et plus ça se réchauffe sous la voûte céleste plus faut qu’on génère du froid, pire ça fout la zone au-dessus de nos têtes, et plus ça dégénère le climat plus ça creuse notre tombe ici-bas, bref plus on rafraîchit l’air ambiant plus y’a de trou entre nous et l’au-delà, et plus on se creuse les méninges avec cette foutue usine à gaz moins on voit le bout du tunnel, vu que plus il fera chaud plus faudra rajouter du froid, chaud froid, chaud froid, et caetera et caetera.

***

Etant donné que 20% des automobilistes avouent s’être déjà endormis au volant de leur voiture et que 80 % des messages publicitaires sont ressenties comme « sources d’ennui », sinon d’assoupissement profond, ne seriez-vous pas tenté, à première lecture, d’en tirer certaines conclusions hâtives ?

***

Une fois attesté que 20% des arrêts cardiaques recensés sur la voie public à Paris ont lieu dans une des cinq gares de la Capitale et que 2% des pannes et retards de trains sont dus à des mouvement sociaux, pensez-vous qu’il vaudrait mieux ne plus s’émouvoir en commun ou entamer une grève du cœur illimitée ?



24 mai 2018
[Images arrêtées & idées fixes
Tout baigne… la mer monte.]



17 mai 2018
[Pseudo-Dico, idiot & logique
Extraits d’un abécédaire en cours.]

Parmi d’autres textes courts en chantier, il y a ce petit opuscule : Pseudo-Dico, idiot & logique, qui s’épaissit petit à petit, sans régularité ni finalité figées d’avance.


Dans sa «pseudo-intro», j’ai essayé de revenir sur le «Comment du pourquoi » de ce projet qui hésite entre le goût du fautif et la faute de goût.

« […] Seul défi minimal, commenter chaque mot par association d’idées, esprit de conflagration, étymologie intuitive, amalgame accidentel, contresens inopiné, déduction analogique, méprise significative, sinon par défaut mineur ou faute d’étourderie. Et surtout, lâcher la bride, perdre contrôle, laisser sortir les bouts d’énoncé à l’oreille, faire confiance aux courts-circuits intérieurs, aux paradoxes venus d’ailleurs. Projet impur et simple, trivial et mégalo. D’où son sous-titre – idiot & logique – qui me revient de loin, l’éternel adolescent jamais lassé de singer les sapiences de l’homo academicus, avec force grimaces et effets de manches. […]
Mon principe de base: mettre en relief des hiatus poétiques. J’ai dû croiser cette drôle d’intuition entre 15 et 16 ans, à force de dévorer du Nietzsche en n’y comprenant qu’une ligne sur trois, puis en laissant décanter ma lecture d’alors. Et j’y suis encore fidèle, à ma façon bâtarde. Une fois détrôné le surmoi littéraire, tout redevient permis: métaphores bancales, alexandrins boiteux, citation détournée, faux amis volontaires, coq-à-l’âne ou amalgame abusifs. Ça passe ou ça lasse, peu importe.
Bien sûr, j’aurais pu faire le tri au départ, chasser la blague facile, neutraliser le calembour dérisoire, ne garder que le meilleur du début à la fin. Mais quand on vide son sac de vocabulaire, il vous passe de drôles de couacs par les méninges, et c’est souvent d’assez mauvais goût, entre autres foutaises et débilités. J’aurais pu me cacher derrière mon petit doigt d’auteur, mais l’idiotie a sa logique implacable.»

Pour feuilleter le livre in extenso, c’est ici même.
Pour se faire une idée de ces words in progress,
un bref aperçu de leurs entrées alphabébêtiques.

ASCÈSE : faim de non-recevoir.

BUREAUCRATE : inspecteur des travaux infinis (y compris en ex-URSS ou chez Google & co).

CIRRHOSE : il était un foie.

DÉMIURGE: drone narratif.

EUTHANASIE : rien ne sert d’agonir, il faut périr à point.

GRIVOIS : sexplicitement parlant.

HUMAIN : made in ici-bas.

INSURRECTION : éternel retour à l’anormal.

LECTEUR (-TRICE) : évadé(e) de l’intérieur parti(e) se captiver ailleurs.

MÉCÉNAT : générosité défiscalisée (voir Dollar pour l’art & Retour sur divertissement).

NARRATOLOGIE : règlements du conte (voir Propp & Trope).

ORGASME : illusion cosmique.

PENDU : jeu devinatoire pour d’innocents enfants en mal de potence.

RÉSILIENCE : à quelques gloses malheur est bon.

STIMULACRE : carotte en forme de bâton.

TRANSGENRE : X Y Zen.

VIS-À-VIS : ouverture sur l’autre huis.

ZÈBRE : premier code-barre à l’état naturel (voir Design & Biométrie).



11 mai 2018
[Images arrêtées & idées fixes
Détours de rôles, entre autres huis.]



16 avril 2018
[Sous les bottes du nihilisme d’État
l’herbe folle de la ZAD repoussera.]

Ceux qui brandissent l’éternel chiffon rouge du « désordre » contre les « agitateurs professionnels » de Tolbiac à Notre-Dame-de-Landes — ces prétendus aliens surgis de nulle part pour engorger « nos » amphis et « nos » campagnes —, ont leur propre zone (d’intérêt) à défendre, selon deux principes de base : la privatisation des espaces communs et leur soumission aux lois du Marché. Si tel écosystème ne peut être bituminé pour produire du flux de voyageurs et de kérosène, il ne faudrait pas que quiconque y cultive une autre façon de vivre, par l’entraide et le partage, bref tente d’échapper à l’impasse productiviste. De même, si telle fac ne veut pas se soumettre au tri algorithmique des bacheliers par bassin d’employabilité, il ne faudrait pas qu’en ces lieux académiques s’expérimente un usage critique des savoirs, sinon qu’on y ébauche par la palabre collective et son dissensus fécond une remise en cause radicale du dogme concurrentiel.
D’où le recours immédiat à une armada répressive, dont le monopole légitime de la violence est aujourd’hui d’une disproportion flagrante. Mais outre ce déséquilibre des forces en présence, sans cesse dénié sinon inversé par la propagande médiatique, ce qui frappe lors des confrontations de ces derniers jours sur la ZAD — au-delà des blessures et mutilations jamais comptabilisées officiellement concernant les manifestants —, c’est l’obstination des 2500 flics et gendarmes mobilisés à casser des cabanes, piétiner des semis, détruire les architectures précaires ayant fleuri sur place.
Faire table rase, mettre à bas des charpentes, démolir des chapiteaux, c’est le bras armé du régime qui, en reprenant provisoirement le dessus, montre sa vraie nature, nihiliste. Plutôt rien que ces habitats hors-la-loi. Remettre du vide à la place du moindre recyclage alternatif. Concasser les preuves matérielles de la créativité sociale en cours, tout en jurant n’avoir à faire qu’à une bande de casseurs extra-territoriaux, sinon extra-terrestres.
Ça rappelle bien sûr la révoltante destruction, sous d’odieux prétextes humanitaires, des lieux de vie qu’avaient érigés ensemble les migrants et leurs soutiens à Calais. Il fallait détruire leur « jungle », qui constituait pourtant l’amorce d’une réappropriation solidaire de leur dignité, pour les renvoyer dans l’invisibilité de la survie au cas par cas. En ces temps bêtement commémoratifs, on se souviendra qu’au cœur de Paris, au tout début des seventies, les dirigeants d’alors avaient préféré détruire les Halles qu’y laisser proliférer un début de ZAD contestataire.

Et dans un autre genre, selon la même logique, à Villeneuve-La-Garenne.

Quant à la Commune Libre de Tolbiac, les zombi(e)s qui la peuplent de jour comme de nuit y découvrent les plaisirs du passage à l’acte verbal. Et contrairement aux grincheux et bigleux qui ne veulent voir dans ces murs reprenant la parole que des dégradations, l’expression de ces discordes sèment une Zizanie À Développer.



30 mars 2018
[Solde net & sous-ensembles flous (3)–
L’orgasme : simulations sondagières.]

Contrairement aux apparences, 33% des femmes ont simulé l’orgasme lors de leur dernière relation hétérosexuelle, du moins est-ce ainsi qu’elles revoient les choses à tête reposée et confient la feinte extase qu’il leur a alors fallu mettre en branle, plaisir contrefait mais dont on ne saura jamais si leurs partenaires en ont été dupes, ni dans quelle proportion, faute d’avoir pris la peine de retourner la question auprès de cet amant d’un soir ou ce conjoint d’une vie, lors des mêmes ébats, pour sonder dans leurs pupilles dilatées et leurs cœurs battants, combien se sont sentis bernés par les fausses semblances de ces femmes âgées de 18 à 69 ans, et s’il y en a eu ne serait-ce qu’un sur cent à se l’avouer, un non-dupe du plaisir unilatéral pris au vol malgré tout, d’un Nirvana atteint en solitaire, tandis qu’en face c’était bidonné par une femme sur trois, ce qui ne signifie pas automatiquement que, parmi les deux tiers du panel restant, toutes ont joui chaque fois à l’unisson, mais on n’a pas cherché non plus à relativiser leurs réponses – un petit peu, mieux que rien, à la presque folie –, de peur des complications trop humaines qui s’ensuivraient, puisqu’en matière de sondage, l’extase c’est in ou out, yes or no, black ou white, pas de nuancier des humeurs, à question fermée réponse binaire, pourtant on aurait envie de savoir qu’est-ce qui pousse 33% des femmes à afficher un plaisir factice pendant l’étreinte, à en imiter la montée en puissance, singer sa pente douce puis raide, surjouer l’irrésistible crescendo, le font-elles par habitude, par ruse, par pitié, par devoir ?, se sentent-elles captives du rituel désincarné d’un amour usé jusqu’à la corde ? cèdent-elles au reliquat d’une complaisance attendrie ? s’offrent-elles en spectacle avec l’énergie d’un désespoir inavouable ? ou, pire encore, sous la contrainte d’un mâle dominant prêt à tout pour maintenir l’illusion de son sex-appeal ? sans négliger la part maudite du viol conjugal, mais tous ces cas de figure féminine, les sondeurs s’en contrefoutent, ils ont compté les brebis égarées du troupeau, celles qui font mine de jouir alors que c’est pour de faux, une bande de simulatrices, et là s’arrête leur enquête moutonnière, sans aller voir ce qui se passe de l’autre côté, chez les 100% de mecs en rut qui, eux, sont censés n’avoir rien à cacher, puisque par essence même leur plaisir tient du réflexe pavlovien, jet de semence à tous les coups, alors comment s’étonner que les échantillonneurs d’opinion n’y voient qu’un rapport comptable…
Et pourtant, ne leur en déplaise, l’amour par définition même ça se feint à deux, émulation spéculation, ça se plaît à complaire, ça se devance, anticipe, surenchérit l’un l’autre, bien au-delà de ce qui se joue ici-bas, simulation stimulation, on pressent que ça va aller de pair, dupe-moi encore et encore, plus c’est fictif plus c’est à vif, caresse-moi d’illusoires promesses, prends ta vessie pour ma lanterne, plus tu me feins mieux j’arrive à mes fins, déréalise-toi à mesure que je prenne feu, trompe-moi l’œil jusqu’au bouquet d’artifice, fais-toi croitre ce que tu veux, ma peau est firmament, ta langue torrent qui ravine, même s’il n’y a pas de rapport au sens propre, maintenant tout est figuré, deux oasis à leur yeux miroités, image mirage, tu ne me prendras que si tu lâches prise, sors de ton corps et entre en confusion, libido vertigo, donne-moi le change que je redouble la mise, paroles en l’air, inversion des gravités, oh hisse-toi jusqu’à ma chute libre, coup de bluff et strip-poker, toi et moi nous n’avons jamais fait que feindre, simili-mumures au pied du mur en attendant l’illusion cosmique, mais comment quantifier ce rapport, pauvres sondeurs de nos consciences, parce qu’au bout du compte à rebours, ça ne se mesure pas en taux de satisfaction, ça se joue à cache-cache, au comble d’un artifice mutuel, et ça manque si souvent sa cible, ça n’arrive peut-être qu’une fois sur mille dans le mille, coïtalement parlant, au diapason des mêmes leurres, pile ensemble à ce qu’il semble, feints prêts à la puissance deux, mais justement c’est fait pour ça l’amour, pour faire mentir les statistiques, l’exception qui ne confirme aucune règle, une contre-façon d’inventer un semblant de rapport humain.



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