Pour etre tenu au courant
de temps en temps


@ffinités





































































































































































































































































Pages : 1234545

25 janvier 2018
[Images arrêtées & idées fixes
Rien à surligner, tout à impréciser.]



15 janvier 2018
[Sous le portrait-robot d’un criminel-né…
quelques pistes de lectures à contre-pied.]

Dans ce roman-puzzle, Encore heureux, la pièce manquante, Bruno Lescot, n’a jamais droit d’exister que par défaut, sous le prisme déformant d’un dossier d’instruction accablant, bref selon un portrait-robot établi à ses dépens et qui va le condamner à 25 ans de cavale. Mais outre « l’empreinte négative » de ses actes & traits d’esprit subversifs, le livre porte partout la trace d’une foultitude de signes extérieurs au destin très particulier de son pseudo-héros, comme autant de points d’intersection entre lui et les époques qui l’ont traversé de part en part, qui l’ont contraint à un certain exil intérieur. Parmi tant de détails qui élargissent les contours de ce personnage et devraient permettre aux lecteurs de se l’approprier comme bon leur semble, ces quelques brèves de mémoire glanées au fil des pages :

Un « attentat à la pudeur mutuel » dans une maternelle, la parution des aventures de Mafalda dans Charlie mensuel, la mise à la fourrière d’un scooter gris métallisé de marque Lambretta, le concept de « pervers polymorphe » selon Sigmund Freud, la persécution des jeunes albinos en Afrique sub-saharienne, le vote de la loi permettant le divorce par « consentement mutuel », l’arrestation par la police française de l’écolière Rachel Rochman le 16 juillet 1942, les « badges d’amour » du gourou Moïse David de la secte Les Enfants de Dieu, le passage à tabac homicide du lycéen antillais Lucien Maylon aux portes de l’hippodrome de Pantin, la traduction en espagnol du Nouveau monde amoureux de Charles Fourier, une interview exclusive de Jacques Mesrine dans Paris-Match, le journal du Collectif des fugueurs en lutte Le Péril jeune, l’enlèvement du richissime industriel Henri Lelièvre, la « cure de paroles » des toxicomanes à l’hôpital Marmottan, la grève des tickets-repas au Crous de Tolbiac, un concert punk de Métal Urbain au Gibus, la mort du sans-abris Alain Bégrand sur le parvis de la fac de Jussieu, la manie auto-accusatoire dite « syndrome d’anti-Stockholm », les graffiti Ni trop tôt ni trop tard nitroglycérine et Bienvenue au septième ciel, une collection d’affiche de Détective, les succès commerciaux de la Ritaline aux USA, les braquages « à mains désarmées » du Gang de postiches au début des années 80, l’inauguration du night-club Les 120 nuits près du métro Strasbourg Saint-Denis, un séjour clandestin à la clinique de La Borde, une thèse sur le pseudo peintre cubiste Torres Campalans, la création de la Brigade national de recherche des fugitifs, Rien qui ressemble à l’amour chanté à capella par Colette Magny… jusqu’au krach boursier des subprimes du 8 octobre 2008.



23 octobre 2017
[50 ans d’aphorismes urbains.
La collecte est devenue un bouquin.]

Après avoir relevé des milliers de graffiti textuels dans un recoin d’archyves.net, l’idée a mûri d’en rassembler la matière brute dans un livre, conçu avec l’ami graphiste Philippe Bretelle. Plusieurs mois de dinguerie maniaque pour établir la maquette définitive à quatre mains : un immense cadavre exquis sur trois colonnes par page, ponctué de quelques jeux typographiques extra-larges et d’une centaine de photos. Et voilà, ça sort en librairie le 25 octobre à prix aussi riquiqui que possible : dix-neuf euros. On peut aller en feuilleter quelques extraits ici-même.

Normalement, ce gros volume devait mettre un terme définitif à ma quête obsédante, sauf que non. Tant qu’il y aura des mots sur les murs, j’aurais du mal à faire l’impasse. Alors, comme depuis  septembre dernier, j’en ai déjà noté pas mal de bribes sur mes carnets et pris quelques photos, autant les mettre en ligne…
No copyright unlimited.

société tu m’auras pas…
[tu parles]
[NON… J’écris]
Lyon, bombage, mi-juillet 08

Dimanche est un jour pour se
venger des six autres
Chazay-d’Azergues (Rhônes-Alpes), bombage, mi-mars 14

CHAQUE PARTICULE DE MON CORPS
REFUSE CETTE TORPEUR SILENCIEUSE
Lausanne, 3 mai 14

GAGNER DU BLÉ PR QUE
MES RÊVES CÉRÉALISENT
Ancelle (Hautes-Alpes), bombage, juin 16

quoi faire
après
l’orgie
Paris XX, 26 juin 17

NEVER GROW UP !
Londres, Shoreditch, bombage, 8 août 17

Doubt
Anger
Madness
Paris xx, rue de la Ferme de Savy, bombage, 28 août 17

Il est interdit
de LIRE
Lyon, Croix-Rousse, sur trottoir, 2 septembre 17

LA RÉVOLUTION EST UN JEU D’ENFANTS
Paris XX, rue de la Mare, 5 septembre 17

Si l’on ne se respecte pas
entres NOUS pourquoi
est ce que les
GENS nous
respecteraient ?
Paris XIII, bd Vincent Auriol, bombage, 7 septembre 17

BE KIND
(PARCE QU’EUX)
Paris III, rue Turbigo, craie, 12 septembre 17

Sucer des bites
rend immortel
Guéret (Creuse), av. Fayolle,
près du théâtre La Fabrique, mi-septembre 17

JE
SERAI

TU SERAS

N’IMPORTE OÙ DEMAIN
Paris V, rue de la Clef, pinceau, mi-septembre 17
il n’y a rien de plus misérable
qu’économiser l’amour
Paris III, rue Montmorency, 16 septembre 17

HURLER DOUCEMENT
Montréal, plateau Mont Royal,
bombage, 17 septembre 17

L’UNION
FAIT LE TRAIT…
Paris XVIII, rouleau, 17 septembre 17

La seule façon
de s’en sortir
c’est de plonger dedans
Lyon, Croix-Rousse, pochoir sur trottoir, 20 septembre 17

Des mots de passe
sous les mots d’ordre
Paris XIII, bd Auguste Blanqui, 21 septembre 17

LES POTES
EN CIEL
Paris XIX, qua de Loire, papier collé, 24 septembre 17

vivre n’est pas
évident
Colmar, bombage, 26 septembre 17

NOUS SOMMES
LES
ACTRICES
DE NOTRE
VIE !
Paris X, rue Lucien Sampaix, 26 septembre 17

LE MONDE
EST A TOUT
LE MONDE
et oui. Ça fait beaucoup de monde
Paris X, près hôpital Saint-Louis, 27 septembre 17

SANS TOI, LES
ÉMOTIONS D’HIER
NE SERAIENT QUE
LA PEAU MORTE DES
EMOTIONS D’AUJOURD’HUI
Paris XVIII, rue La-Vieuville, pinceau,
Hippolito, 29 septembre 17

J’emmerde pôle emploi
J’veux être astronaute
Nantes, av. Pacaud, bombage, 1er octobre 17

LA FRANCE EST UNE AUTRE
Paris XVIII, rue d’Orsel, bombage, 1er octobre 17

Si ton cœur
est trop lourd
pose le et pars
[oui quand
je serai mort]
Paris XVIII,  rue Foyatier, txy, 3 octobre 17

LE METRO EST
UNE BOÎTE À
GENS QUI VA
TRÈS VITE
Paris IV, rue de Fourcy, 6 octobre 17

Les riches ne
savent pas !
Paris XVIII,  rue Marcadet, bombage, txy, 7 octobre 17

MYTHO$
Paris XI, rue de Montreuil, bombage, 9 octobre 17

PARDON
GÉNÉRATIONS
FUTURES
Montréal, Hochelaga, pochoir, 9 octobre 17

l’insolence de nos élus

Pas d’ordonnances
auto médication
Nantes, près Préfecture, bombage, 10 octobre 17

AH, JE T’AI
A JETER
ACHETER
Belgique, Charleroi, rue de la Montagne,
peinture, 10 octobre 17

Vive
l’ISF

D comme DÉCHET
R comme RUBBISH
H comme HARSCHLOCH !
Paris XIV, bombage, près Denfert-Rochereau,
bombage, 10 octobre 217

Pas d’feelings
Montréal, Hochelaga, bombage, 11 octobre 17

NON AU CDI MINUTE

FAINÉANT
MAIS
DÉTERMINÉ
Marseille, pinceau sur autobus, 12 octobre 17

VIVE LES GOUINES !!
Strasbourg, 12 octobre 17

Quand est-ce
qu’on casse
le schéma ?
Nantes, bombage, mi-octobre 17

déçu
des
sous
Paris V, rue Buffon, mi-octobre 17

C’est exactement ici que j’ai
appris que j’avais pas gagné au loto
Montreuil, Croix-de-Chavaux, mi-octobre 17

Et que fais-tu pour
les premiers de corvée ?
Paris XVIII, pinceau sur trottoir, 17 octobre 17

BRAQUER
LA PEUR
ENTRE DEUX
RESPIRATIONS
Paris XIII, bd de l’Hôpital, papier collé, 18 octobre 17

c’est nous les perturbateurs
du fond
de la classe…

HAMON
INSU

Respect du Désordre
Nantes, bombage, 19 octobre 17

NOS NUITS
N’ONT+ BESOIN
D’ÉTOILES POUR BRILLER
Paris XIII, bd de l’Hôpital, bombage, 18 octobre 17

Evolution ?
Chimp,
Chump,
Trump,
Extinction !!!
Lyon, près place Louis Chazette, pochoir, 20 octobre 17

WE
NEED
RESPECT
Paris XVIII, bd Ney, près camp sauvage
de migrants, bombage, 21 octobre 17

l’avenir est cuit cuit
Paris XIX, rue du Rhin, près dessin d’oiseaux, 21 octobre 17

NE TE LAISSE PAS
GOUVERNER
PAR DES CRAIES
Paris XIX, craie, 21 octobre 17



4 octobre 2017

[Dans l'œil du cyclone macroniste...
le risque d'une implosion défaitiste.]

Par-delà de l’état d’urgence ou de sidération
ne plus se laisser prendre pour des «on».



19 septembre 2017
[Pseudo-dico, idiot & logique
Extraits d’un livre en cours.]

Parmi d’autres textes courts en chantier, il y a ce petit opuscule : Pseudo Dico, idiot & logique, qui s’épaissit peu à peu, sans urgence ni échéance aucune.

Dans sa «pseudo-intro», j’ai essayé de revenir sur le «Comment du pourquoi » de ce projet qui hésite entre le goût du fautif et la faute de goût.

« […] Seul défi minimal, commenter chaque mot par association d’idées, esprit de conflagration, étymologie intuitive, amalgame accidentel, contresens inopiné, déduction analogique, méprise significative, sinon par défaut mineur ou faute d’étourderie. Et surtout, lâcher la bride, perdre contrôle, laisser sortir les bouts d’énoncé à l’oreille, faire confiance aux courts-circuits intérieurs, aux paradoxes venus d’ailleurs. Projet impur et simple, trivial et mégalo. D’où son sous-titre – idiot & logique – qui me revient de loin, l’éternel adolescent jamais lassé de singer les sapiences de l’homo academicus, avec force grimaces et effets de manches. […]
Tant qu’à se moquer du monde, attention à ne pas renier le bouffon en soi, faute de quoi la satire tourne vite au concours d’aphorismes édifiants. Et je n’ai pas le surplomb du moraliste de l’âge classique ou des récents adorateurs de feu Debord. Aucune envie de redresser les torts, de m’arbitrer donneur de leçons – ni même d’anti-leçons.
Le travail de subversion se situe ailleurs. Il suffit de jouer sur tous les malentendus, trahisons, décalages entre le mot et la chose, le vocable fossilisé et son référent d’origine, le moule du signifiant et sa réalité contrefaite. C’est mon principe de base: mettre en relief des hiatus poétiques. J’ai dû croiser cette drôle d’intuition entre 15 et 16 ans, à force de dévorer du Nietzsche en n’y comprenant qu’une ligne sur trois, puis en laissant décanter ma lecture d’alors. Et j’y suis encore fidèle, à ma façon bâtarde. Une fois détrôné le surmoi littéraire, tout redevient permis: métaphores bancales, alexandrins boiteux, citation détournée, faux amis volontaires, coq-à-l’âne ou amalgame abusifs. Ça passe ou ça lasse, peu importe.
Bien sûr, j’aurais pu faire le tri au départ, chasser la blague facile, neutraliser le calembour dérisoire, ne garder que le meilleur du début à la fin. Mais quand on vide son sac de vocabulaire, il vous passe de drôles de couacs par les méninges, et c’est souvent d’assez mauvais goût, entre autres foutaises et débilités. J’aurais pu me cacher derrière mon petit doigt d’auteur, mais l’idiotie a sa logique implacable.»

Pour se faire une idée du glossaire en question,
un bref aperçu de leurs entrées alphabétiques
avec ou sans issues d’aucun secours.

BÉNÉVOLAT : labeur sans le beurre.

BURN OUT : haut & bas latin, tripalium ou trip valium.

CHIRURGIE ESTHÉTIQUE : tout faux shop.

CLITORIS: la pulpe et le zest.

DÉMAGOGUE : qui me prend pour un « on ».

ÉGOÏSME : plus mesquin dénominateur commun..

GLANDER : unisex., se tripoter la glande pinéale (voir Grosso mollo & Flemme hard).

GUEULE DE BOIS : toupie or not toupie.

IMMOLATION : charbon de soi.

INSOMNIE : éclipse de sommeil.

LEADER D’OPINION : impérativ., connais-toi moi-même.

MARTYR : sujet/objet d’une pulsion morti-fière.

NÉO-COLONIALISME : de pire empire.

OUBLIER: perdre date.

OTTOMANIE : s’entêter à prendre « les Turcs » pour tête de Turc.

RÉCIDIVISTE : receleur de torts

REGRET: passe-temps pour mort-vivants

RESCAPÉ : dernière personne du pluriel.

RHÉTORIQUE : néant plus néanmoins.

STABULATION BOVINE : cow-working.

SUICIDE: de vie à très pas.

VIEILLESSE : retour de flemme

Pour aller feuilleter le livre in extenso, c’est ici même.



30 août 2017
[Comment sortir de sa cage,
en 33 arrêts sur mirages…]



17 avril 2017
[Quinze millions d’abstinents ou d’indécis,
rejoignons le parti (pris) des sans partis]

Bienvenue au Pari Mutuel Urnien

Des impératifs catégoriques affichés un peu partout…

Des clones en costard qui causent en notre «On»…

Des chantages martyrologiques millénaires…

Des hommes-troncs qui veulent nous audimater…

Une banalité de base impossible à oublier…

L’envie de ne plus choisir ni la carotte ni le bâton…

La tentation de voter pour le moins con, mais lequel ?

L’idée de procéder par élimination, mais jusqu’à quel point ?

Alors pourquoi pas perdre son temps
à voter pour un non-gagnant…?

Ce genre de casting c’est quand même assez déchirant, non ?

Si au moins on pouvait ajouter des nuances personnelles
sur le bulletin…

Plutôt donner son suffrage ou d’autres trucs
à des gens qui en ont besoin…

Mais attention à ne pas faire le jeu des politiques du pire…

Côté sécuritaire, on a eu les photocopies,
si on peut éviter de sa payer l’originale !

Même si y’en a plus que marre
du marché de dupes électoral…

Bref, ça prend la tête d’affiner sa tactique
en fonction du quarté de tête(s)…

Et les prédictions numérologiques,
ça ne marche pas à tous les coups…

L’abstention, ça se défend si on à d’autres desseins
pour ranimer la flamme des luttes sociales…

Par exemple, prendre rendez-vous quoi qu’il arrive dans la rue…

Avec tous les transgenres du Précariat représenté nulle part…

Sans avoir peur d’être traités
d’ultra-minoritaires irresponsables…

Surtout par les candidats qui promettent le retour
du plein-emploi stable payé au lance-pierres…

Bref, y’a plus à méditer dans ce graffiti
que dans leurs professions de foi.



3 janvier 2017
[Mieux vœux tard que jamais
Quelques oublis de l’An passé ?]

Grand blanc sur ce blog depuis l’été dernier. Et pour cause, on avait la tête à d’autres chantiers : une collecte de graffiti (Tiens, ils ont repeint ?! – 50 ans d’aphorismes urbains, à paraître aux éditions La Découverte fin 2017) et un roman au long cours qui m’occupe le cortex à mi-temps (pour les éditions de l’Olivier, disons plutôt, en 2018).


Histoire de conjurer ce silence à rebours, on signalera deux trois ajouts passés inaperçus sur ce blog.
Primo, le texte sur le «Peusdo-complot des Illuminati», paru dans le premier numéro du Crieur, dont on trouvera l’intégralité en format .Pdf ici-même.

Deuzio, un tract de mon cru qui a circulé durant le mouvement contre la Loi “Travaille!” et son monde, intitulé «Je sommes tou[te]s le cortège de tête», dont on trouvera copie dans ces parages.

Tertio, un texte de commande pour les 20 ans du prix Wepler à laquelle j’ai répondu au pied de la lettre en deux pages auto-fictives ainsi chapeautées : «20 ans sans les poussières». On pourra en lire un extrait ci-dessous ou l’intégrale prose sur pdf dans ce coin-ci.

Avoir vingt ans ça n’arrive qu’une fois dans la vie. On s’en voudrait d’en sous-estimer l’importance, d’en négliger la portée spirituelle, d’oublier une date si charnière. Dans mon cas, j’ai commencé à m’y préparer de longue date, dès mon seizième anniversaire. Quatre ans devant soi pour se peaufiner un caractère audacieux et abrasif, bref délibérément inoubliable, un profil sans trace d’acné parasite ni poils au menton, un portrait-robot assez recherché et encore fugitif de jeune adulte, aussi blasé qu’ingénu, à mi-chemin du futur gendre idéal vaincu par l’esprit de sérieux et d’un reliquat acidulé de frasques d’éternel gamin.
Parvenu à l’échéance biologique de la vingtaine, il allait falloir solder les comptes de l’enfance et devenir l’endetté chronique de tout ce qu’on manquera à être en chemin. Du moins est-ce ainsi que rétrospectivement je m’imagine pris entre le marteau et l’enclume, écrasé d’avance sous l’injonction d’un jour devoir m’embaucher quelque part mais prenant cette terrible perspective plutôt à la légère.
À vingt ans, j’étais encore cet arrogant rigolard qui, deux ans plus tôt, avait inscrit au fronton de ma classe d’hypokhâgne au Lycée Henri IV : LACAN EST MORT TOUT EST PERMIS. Le dandy-maître de la psychanalyse venait de casser sa pipe au lendemain de la rentrée scolaire, le 9 septembre 1981. Hasard malencontreux, un de ses petits-enfants trônait au premier rang, parmi d’autres grosses têtes molles. Entre ce rejeton outragé et moi, l’insulteur profane de son grand-père sévère, le pugilat fut évité de peu. Promu à mon corps défendant en cet établissement d’élite, j’étais donc un élève dilettante et insupportable qui préférait arborer le dernier gadget de Pif le Chien à l’heure de la pause récréative que feuilleter avec une négligence calculée une édition défraîchie de L’Être et le Néant. Huit mois plus tard, je ferai partie des énergumènes exclus d’office avec un tas d’annotations déplaisantes sur mes bulletins : « Mauvais esprit », etc.
Moi, le natif pur jus de la rive droite, hanté depuis l’enfance par la vue quotidienne de ce peuple de marchands des quatre saison, aristos de la clochardise et putains à martinet aux abords des Halles, j’allais migrer en banlieue, au peu coté lycée du Raincy, et parfaire mon inadmissibilité à Normal Sup. Dont acte, en m’y reprenant à deux fois. Et tant qu’à redoubler mon échec, en bonne compagnie, autant le faire avec panache, en enchaînant les nuits blanches arrosées de Zubrowska, en effeuillant mon cœur d’artichaut à la moindre occasion féminine, en agitant ici ou là un drapeau noir rétif à l’austère socialisme mitterrandien, en alternant sur ma platine les vocalises grinçantes de l’ironiste punk Johnny Lydon et le clavecin moins tempéré qu’il n’y paraît du baroqueux Monteverdi. Le cul toujours entre deux chaises : révision in extremis et dissipation chronique.

[…]



23 août 2016
[Images arrêtées & idées fixes
De quoi a-t-on pris congé
en ces confins vacanciers ?]



10 juillet 2016
[Images arrêtées & idées fixes
Enchaînement de figures libres (ou pas)
exposées au hasard de ce désordre-là.]

Bon été, où que vous soyez. M’en vais ouvrir mes mirettes loin de Paname & ses no fun’s zones.



27 juin 2016
[De la genèse d’un syndicat Jaune durant la Belle Époque
aux vitres brisées de la CFDT, son dernier avatar ad hoc.]

Le 8 novembre 1899, lors d’un arrêt de travail massif dans les puits de Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire), un petit groupe de mineurs se constitue avec le soutien du patronat local pour empêcher l’extension du mouvement. Apprenant que ces anti-grévistes appointés se réunissent au Café de la Mairie, un cortège de manifestants se rend sur place. Les plus énergiques d’entre eux — fils spirituels de la fameuse «bande noire» qui avait défrayé la chronique locale de la «propagande par le fait» des anarchistes seize ans plus tôt — se saisissent de quelques pierres alentour et commencent à les lancer contre cet estaminet de mouchards et de traîtres à la cause ouvrière. Ce faisant, les prolos en pétard brisent très naturellement toutes les vitres dudit repère de briseurs de grèves. Peu après ces violentes échauffourées, la légende veut que le patron du troquet lapidé ait remplacé les carreaux cassés par de grandes feuilles de « papier huilé », de teinte jaunasse. D’où, semble-t-il, l’appellation infamante qu’en France on attribuera désormais  aux « anti-grévistes » de tous poils. À moins qu’il s’agissent d’une référence à ces œufs (et leur trace jaunâtre) que balançaient parfois les gueules noires en lutte pour la « journée de huit heures » contre les non-grévistes venus les remplacer au pied levé (même s’il existe quelques variantes régionales pour ces «jaunes» également traités de «renards» ou de «rouffious).

Il est cependant difficile de savoir si ce surnom a priori péjoratif ne découle pas, à l’inverse, du choix délibéré de cette couleur symbolique par les défenseurs zélés de leurs propres employeurs, le jaune s’inspirant du drapeau du Vatican contre le chiffon rouge des communards. De fait, en décembre 1901, l’Union fédérative des syndicats et groupements ouvriers professionnels de France et des colonies est officiellement créée avec les subsides du Comité des Forges (entre autres). Comme cette appellation à rallonge est malcommode, on lui en substitue rapidement une autre : Fédération Nationale des Jaunes de France, fondée par Paul Lanoir qui, dès mars 1902, synthétise ainsi son credo en trois mots : «Travail, Famille, Patrie», devise promise à l’avenir qu’on sait quarante ans plus tard.

En avril 1902, Pierre Biétry reprend les rênes du mouvement et rédige une sorte de bréviaire intitulé Le Socialisme et les Jaunes. Outre une fixette antisémite flagrante, l’ex-leader de l’éphémère Parti Socialiste National y ébauche une sorte de synthèse corporatiste : «Réaliser la renaissance nationale en créant la réconciliation des classes sur un programme de justice sociale.» Un an plus tard, la référence au socialisme est jetée aux oubliettes. La jeune Action Française et d’autres ligues patriotiques voient dans ces «groupes anti-collectivistes» et leur Bourse du travail «indépendante» une force nouvelle capable de faire face à la montée en puissance d’une CGT alors sous forte influence libertaire.

Financièrement, ce Mouvement Jaune est soutenu par de riches parrainages, celui du duc d’Orléans ou de la duchesse d’Uzès. Présent dans l’Est, le Nord et la région parisienne, ce syndicat autoproclamé « jaune » (Fédération Nationale des Jaunes de France) pourrait avoir atteint 100 000 adhérents l’année de sa (re-)création en mai 1908. Autre surgeon du même mouvement, le Parti Propriétiste, fondé par le même Pierre Biétry, valorise « la participation » et « la grande famille du travail » unie dans une « inséparable communauté d’intérêts » contre les partisans haineux de la « lutte des classes ».

Alors que depuis 1906, sous l’impulsion du radical-socialiste Clemenceau, la répression s’accentue face à l’essor d’un syndicalisme d’action directe – qui avec la Charte d’Amiens voté par la CGT prône le boycottage et le sabotage –, les « jaunes » sont désormais la providentielle armée de réserve d’une soldatesque noyant dans le sang la moindre tentative de grève générale. Le vent va bientôt tourner. Tandis que la combativité ouvrière connaît un certain reflux, en 1909, le nervi patronal en chef Bietry va jusqu’à proposer de « clouer la charogne de Jaurès vivante contre une porte. » C’en est trop. Ses excès de langage et son ancrage au sein de la droite extrême (un temps auprès de Charles Maurras puis plus durablement aux côtés de La Libre Parole de Drumont) l’ont rendu encombrant pour les gestionnaires étatiques (de centre gauche ou de centre droit) qui se partagent le gâteau au Parlement.

Le baroudeur anti-judéo-socialiste va tenter l’aventure en Indochine où il mourra en 1918. Quant à son mouvement d’idiots utiles au service des grands industriels, il a disparu aussi vite qu’il est apparu, faute de financement. Pour réapparaître sous d’autres prête-noms, dans les années 30, puis les années 70,
et caetera.

Toute ressemblance entre le précédent historique brièvement évoqué ci-dessus et, un gros siècle plus tard, la manif sauvage qui, jeudi dernier, a fait voler en éclats les portes vitrées du siège (anti-)social de la CFDT à Belleville, non sans entamer quelques pans de verre latéraux… pourrait bien ne pas être fortuite.
Qu’on en juge par ce tag sans équivoque laissé sur place…

Post-scriptum : Depuis une décennie, d’autres occupations pacifiques, amoncellements de poubelles ou jets de tomates avariées ont déjà visé ce même lieu, symbolique de la gestion «paritaire» par les frères siamois du MEDEF et de la CFDT du soi-disant déficit de UNEDIC sur le dos des chômeurs appauvris d’autant. Toutes ont donné lieu à des violences de la part des vigiles ou des CRS appelés en renfort puis à des dépôts de plaintes, selon une tentative de criminalisation des intermittents du spectacle & précaires en lutte. Sans esprit de revanche ni préjuger du mode d’action le plus approprié, sans blâmer non plus la totalité des militants de l’organisation sus-nommée mais la ligne politique de sa direction, deux trois liens juste pour se rafraîchir la mémoire, c’est ici ou .



15 juin 2016
Un mensonge d’État qui nous prend pour des cons :
l’hôpital Necker « dévasté » par des sauvageons…

En ce lendemain de manif monstre, vers midi et demi, il suffisait d’emprunter le parcours de la veille pour apercevoir les centaines de tags qui ornaient encore les murs (à part ceux du Val de Grâce ripolinés de blanc sur le boulevard du Port-Royal). Parmi les vitrines brisées, d’après un rapide calcul mental,  95% des devantures ciblées portaient l’enseigne d’une banque/agence immobilière /compagnie d’assurance/sucette publicitaire Decaux. Indubitablement, sur le boulevard Montparnasse, cinq ou six magasins de déco intérieur, d’optique ou de fringues, dépourvus de caractère symbolique flagrant, ont fait le frais d’un excès de zèle injustifié, d’ailleurs sans graffiti « explicatif » autour. Mais comment s’en offusquer au regard du gazage quasi permanent du cortège de tête qui, avec cagoule ou foulard citronné à mi-visage, comptait dès le départ plus de dix mille personnes rêvant non pas d’un baroud d’honneur ou d’un simple happening émeutier, mais d’un cortège offensif exprimant toutes les composantes du corps social d’aujourd’hui: United Colères of Précaires.

Arrivé devant l’Hôpital Necker, le champ de ruine ne saute pas aux yeux, c’est le moins que l’on puisse dire. Une seule vitre a volé en éclat, déjà remplacé par une feuille de contreplaqué. Une petite dizaine d’impacts au marteau, surlignés de scotch armé orange, sont aussi visibles sur les double-vitrages avoisinants. Un ou deux tags en plus… et voilà tout. Même pas une faute lourde de non-sens, juste une faute de goût sans dégâts collatéraux ni vilains bobos pour personne.

C’était donc ça — une erreur bénigne de balistique mal raisonnée — qui nous a valu depuis hier soir la fable d’une «attaque» puis de la prétendue «dévastation» de l’Hôpital des Enfants Malades où, parmi tant d’autres gamins en souffrance, l’ex-otage en bas-âge d’un fanatique daéchien tentait de retrouver ses esprits. Aucun rapport a priori, mais puisqu’il est désormais question de criminaliser les « casseurs » en les amalgamant à la figure de l’ennemi intérieur djihadiste, rien n’est trop énorme pour accréditer ce bobard faisandé.
Trêve de storytelling, un flash-back s’impose si l’on veut distinguer la part réelle des responsabilités. Hier, vers 16h30, alors que les forces de l’ordre avaient réussi puis échoué puis recommencé à couper/nasser la tête de manif, c’est à ce carrefour stratégique de la rue de Sèvre et du boulevard Montparnasse (métro Duroc) que la Préfecture avaient décidé de placer un très gros bataillon de CRS aux abords dudit hosto et en vis-à-vis un canon à eau. De fait, à l’arrivée du cortège massif, occupant chaussée et trottoirs, la police a chargé, choisissant de fixer l’affrontement pendant plus d’une demi heure aux immédiats parages de ce lieu de soin.

Et maintenant, cessons de travestir une réalité qui pourtant crève les yeux (comme un FlashBall justement). C’est à la Police d’assumer toute l’indignité de sa géo-stratégie irresponsable : noyer de gaz lacrymogène la rue jouxtant un Hôpital (avec les risques d’enfumage des ventilations de l’établissement), y faire assaut de grenades de désencerclement (ayant en cet endroit précis atteint plusieurs manifestants couchés au sol, ce qui avait déjà eu lieu au croisement précédent, propageant la rumeur infondée semble-t-il d’un ou deux morts et enrageant d’autant tout un chacun parmi les manifestants), avant de mettre en branle le fameux canon à eau, posté là en embuscade selon un scénario mûrement réfléchi. Ainsi serait-il préférable de ne pas inverser les rôles et plus que temps de demander des comptes au ministre de l’Intérieur pour le choix délibéré d’un telle tactique, si irrespectueuse d’un havre de paix que doit être un centre hospitalier. Le reste (un malheureux carreau cassé) n’est qu’enfantillages, montés en épingle pour effarer les téléspectateurs dans leurs chaumières et rassurer les Panama-Bankers et autres châtelains du pouvoir socialiste.
Bien sûr, il y aurait d’autres épisodes à évoquer à propos de la journée d’hier, mais quelques extraits d’aphorismes urbains y pourvoiront.

Post-scriptum : quant à savoir qui a vraiment cassé l’Hôpital publique en Île-de-France, à coup sûr, ce sont nos états-d’urgentistes du PS à force de coupes budgétaires et de logiques comptables, pas les jeunes énervés qui se battent à armes très inégales avec les Robot-cops du chien de garde en chef Manuel Valls. A ce sujet, on lira avec intérêt l’article d’un lecteur du site LundiMatin ici même.



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