Pour etre tenu au courant
de temps en temps


@ffinités





































































































































































































































































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5 octobre 2015
[Images arrêtées & idées fixes
Non-droit d'asile, la bande-annonce.]

L’irrespirable… l’air de rien.



29 septembre 2015
[Mes Photomanies en librairie –
Apologie visuelle du non-dit.]

Les visiteurs occasionnels de ce Pense-bête s’apercevront sans délai que cet imagier a commencé d’exister ici même. Sans ce chantier d’archyviste à ciel ouvert, je n’aurais jamais montré à quiconque ce jardin secret photographique, initié avec mon premier appareil numérique vers 2008. D’abord, parce que ça n’avait rien d’un jardin secret, mais plutôt d’un terrain d’aventures fugitives sinon d’une champignonnière délaissée en profondeur, dans les cavités mémorielles de mon ordinateur.
Et puis, une fois ce site inauguré, c’est remonté à la surface. Quand on met ses brouillons au jour le jour sur écran, hors livre, on se sent plus libre d’associer d’autres matériaux, de passer du coq à l’âne : texte/image, ou vice-versa. Et insensiblement, ça change la donne. On signifie beaucoup en s’exposant à mots couverts : une photo bien placée suffit. On profite de ces contre-champs sensibles pour se couper plus souvent la parole, pour tarir un peu le flux langagier. Ça rééquilibre l’écriture vers son point-limite, non pas l’aporie, mais le sous-entendu visuel. Rien à ajouter, ça en non-dit déjà beaucoup plus long. Suggérer avec des mots ou des pixels, passer de l’un à l’autre inopinément ou solidairement, ça dépend des concordances ou des hiatus. Et voilà que cette drôle d’habitude s’est mise à prospérer à mon insu (invu aussi). D’où un déplacement clandestin du centre de gravité fictionnel. Le contemplatif mutique – ou le mateur amateur, comme on veut –, a peu à peu pris le dessus.
Quelqu’un s’en est aperçu à ma place : Fabienne Pavia, fondatrice d’une maison d’édition dédiée à la photographie contemporaine, le Bec en l’air, à Marseille. Elle est venue me chercher là où je ne m’y attendais pas, de l’autre côté du miroir, hors champ littéraire. Avec un regard bienveillant posé sur les photos qui proliféraient sur ce blog, comme du chiendent entre les lignes de mes articles intempestifs, reportages irréguliers, aphorismes matinaux. Elle m’a donné du temps, des points de repère (ou de fuite), et toute sa confiance. Le projet d’un livre de photos venait de naître, et dans son sillage un lancinant sentiment d’imposture, ou du moins de perplexité panique.
Après avoir établi avec Fabienne un très large échantillon d’images (pour rendre compte du disparate des matériaux que j’avais produit plutôt que la qualité esthétique de chaque document), il m’a fallu inventer une méthode de travail. Affaire d’agencement, de marqueterie, bref de montage, qui a fini par me rappeler le délicat enchaînement des fragments dans Souviens-moi. À ceci près que, très vite, j’ai ressenti la nécessité de me délester de toute interférence langagière. Pas de légende au fil des pages, ni de surcharges typographiques, juste des classifications et des juxtapositions. Avec trois règles de conduite qui auraient pu figurer en exergue du bouquin. Mais ces injonctions intérieures avaient justement vocation à ne pas apparaître. Juste se [dé-]montrer en silence.

Penser/classer disait Perec. Dans ce cas c’était plutôt regarder/garder. Et d’emblée, faire un sort à quelques motifs récurents qui m’obsédaient de longue date (mannequins sous vitrines ou petites annonces murales). Des idées fixes devenues images arrêtées, par centaine pour toujours revenir aux mêmes natures mortes du panorama urbain. Au final, 7 séries – intitulées Monolubies –  destinées à entrecouper l’ensemble d’intermèdes passagers.

Demeurait l’essentiel, l’épine dorsale du livre, son squelette entier : non pas célébrer chaque image pour elle-même, mais lui trouver sa complémentaire. Loin de toute iconographie idolâtre, accoler deux par deux ces brèves de visu sur chaque double-page en vis-à-vis. Apparier deux souvenirs optiques, mettre en regard des regards. Certains de ces binômes – rassemblés sous le titre générique de Binômanies – sont apparus d’évidence immédiate, d’autres se sont découplés dix fois avant de manifester leur fragile solidarité. Le hasard objectif d’une telle rencontre, ça oblige à entrer dans une certaine apesanteur sensible. Travail ascétique qui m’a tenu en retrait trois mois durant, sans pouvoir fictionner autre chose dans ma tête ou par écrit.

Ultime étape de cette fabrique en cours : ne pas omettre de montrer ce qui manque. Donner à voir l’omission même, ou plus littéralement le vaste panorama des occasions manquées, toutes ces photos que je n’ai pas su saisir sur le vif, en retournant parfois in situ pour essayer d’échapper au ratage, en vain. C’est l’ultime dimension du bouquin, intitulée Fiascorama, qui vient entrecouper l’exposition livresque de cadres vides, désespérément ou ironiquement, ça dépend. Et là, pour honorer ces non-événements, il a bien fallu en écrire les légendes. Raconter ces cas de figure fondus au blanc ou au noir, ces béances de la maquette. Petites nouvelles en trois ou quatre lignes de ce qui n’a pas eu lieu. Et retrouver ainsi l’inquiétante familiarité de tout mirage poétique : suggestion imagée du si peu qu’apparemment rien.

Feuilleter un livre de photos sur écran, c’est un défi ophtalmique presque inutile à relever. Ou alors, à si petite échelle [15,5 cm de large], ça tient du flip-book sans corps ni âme, mais on va quand même faire défiler ci-dessous une vingtaine de pages, pour donner un avant-goût miniature de cet objet visuel non-identifié.



4 septembre 2015
[Le Street Art dans tous ses états
Graffiti des 46 dernières années…
extraits d’une collecte illimitée.]

Les graffiti du printemps 68 ont beau avoir été réifiés en pur folklore patrimonial, le phénomène n’a cessé de proliférer – des seventies à l’immédiat aujourd’hui –, n’en déplaise à ceux qui préfèrent traiter les tags au Kärcher sous prétexte de vandalisme barbaresque. Alors, pour donner à voir la permanence clandestine de ces inscriptions murales sur quatre décennies et demi, on a traqué des bouts de phrases à la craie, au marqueur ou à la bombe in situ dans la rue, mais aussi parmi livres, revues et les rares sites consacrés au Street art prenant en compte la dimension textuelle, malgré l’indifférence manifestée par les pros du Graff pour l’expression textuelle, à rebours du carriérisme de ces milieux arty, obnubilés par le technicolorisme XXL à l’aérosol et la fixette narcissique
du blaze territorial.

Et pourtant, les murs ne cessent de reprendre la parole, de produire du sens, entre mots de passe urbains et petites annonces anonymes. Il suffit de prêter attention aux aphorismes doux & rageurs qui font des petits un peu partout : à Quimper ou Prague, Marseille ou Oakland, Lyon ou Montréal, Saint-Ouen ou Montreuil, même si l’implacable efficacité de la vidéosurveillance et des équipes de nettoyage (privées & municipales) gagne chaque jour du terrain.
D’où l’idée d’une compilation, comme un chantier à ciel ouvert, qui voudrait recenser ces bribes d’écritures malhabiles, potaches, dyslexiques, absconses, lapidaires, lacunaires, triviales ou sidérantes, glanées depuis quelques années sur des sites web ou, pour les plus contemporaines, via mon appareil photo à l’affût d’inédites inscriptions, sans oublier l’aide précieuse de comparses amateurs – dont les irascibles dilettantes du Tumblr Graffitivre – qui me font partager leurs découvertes.

Entamé il y a 3 ans, ce recueil provisoire compte déjà près de 4800 graffitis distincts – transcrits tels quels, datés et localisés aussi précisément que possible. Nul souci d’exhaustivité dans cette collecte, puisque la tâche est par nature illimitée, juste le dream in progress d’un recensement partiel & partial, qui un de ces jours deviendra peut-être un gros bouquin, mais dont on peut déjà feuilleter ou télécharger la somme de 425 pages en format pdf ici même… et son diaporama juste là.

Et dans la foulée, pour donner envie à quelques transcripteurs occasionnels de me prêter main-forte, pour enrichir la liste de leurs trouvailles in situ ou pour en inventer d’autres à taguer par ses propres moyens, on lira ci-dessous un lot de messages extraits des nouveautés de ma collecte, piochés parmi tant d’autres.

QUI A COUPE NOS NERFS ?

[Aurillac, 23 août 15]

QUAND DEVIENDRONS
-NOUS CE QUE NOUS
SOMMES ?

[Thorigné-Fouillard, domaine de Tizé, mi-juin 15]

THINGS I HATE :
1. VANDALISM
2. IRONY
3. LISTS

[Rennes, Fac Rennes 2, toilettes BU, 22 mai 15]

DUR DUR
DE PARTIR
TRAVAILLER

[Quimper, rue Saint-Nicolas, mai 15]

MANGEZ
5 ENFANTS
PAR JOUR

Marseille, La Friche, 21 avril 15]

YA WENT TO HIGH SCHOOL
… I WENT TO SCHOOL HIGH

[Montreuil, rue Girard, 12 avril 15]

JE TE RESPIRE

[Niort, 6 avril 15]

SECURITY IS A DANGER

[Brésil, Rio de Janeiro, «Sean Hart»

place des Expedicionario, avril 15]

NO PAIN NO FROMAGE

[Marseille, 23 mars 15]

NI SANG SUR
NI CENSURE

[Paris XI, rue de Malte, 10 janvier 15]

VIVALDI
PLAGIEUR CONFIRMÉ

[Brest, 5 janvier 15]

CRÈVE ADULTE

[Paris XVIII, rue de l’abreuvoir, 1er janvier 15]

JE DÉGRADE PAS
J’AJOUTE DE LA MATIÈRE

[Paris XI, rue Pelée, 22 décembre 14

N’EXAGERONS TOUT !

[Lyon, 7 décembre 14]

NI GAUCHE
NI DROITE
NITROGLYCÉRINE

[Lyon, près place Gabriel Peri, 29 novembre 14]

SEUL ON PEUT RIEN DEVANT CAT WOMAN

[Paris IV, rue Charlemagne, 28 novembre 14]

HORS ZONE TON OMBRE N’EST PLUS

[Paris XX, rue Ramponeau, 17 novembre 14]

PROCRASTINATOR

[Toulouse, 5 novembre 14]

DES FAUX PAPIERS POUR TOUS

[Sète, 3 novembre 14]

MORT AUX SAGES
PLACE AUX SINGES

Albi, place Jean Jaurès, 29 octobre 14]

GUÈRE
SOCIALE

[Lyon, Croix-Rousse, 9 octobre 14]

LE JOUR DE GLOIRE
NE VIENDRA PAS

[La Roche-sur-Yon, rue G. Clemenceau, 11 septembre 14]

LE MOUTON EST UN PERROQUET…
SINON IL FERME SA GUEULE

[Paris XX, bd de Charonne, 7 septembre 14]

BIO
OU
CHIMIO

[Bruxelles, au pochoir, 2 septembre 14]

RECHERCHE
SUR LES
LÈVRES

[Paris XX, rue J.-B. Dumay, 1er septembre 14]

JE REVIENS [DE LOIN]

[Paris XX, rue Auger, 27 août 14]

BAISE LES PSY

[Lyon 7, av. Jean Jaurès, à la craie, 25 août 14]

LE FIL DU RASOIR EST BIEN ETROIT

[Lyon 5, pont de la Feuillée, 22 août 14]

MORT DE FIN

[Paris VI, Cours du Commerce St-André, 2 juillet 14]

JE
PENSÉ
QUE
J’ÉTAIT
QUELQU’UN

[Marseille, 10 avril 14]

LE TRAIN DE TES
INSULTES N’A PAS
DE WAGON-BAR

[Limoges, janvier 14]

PRÉFÉRENCE
INTERNATIONALE

[Sables d’Olonne, au pochoir, 9 mars 12]

DÈS LE DEBUT
IL N’Y AVAIT PAS
DE COMMENCEMENT

[Bruxelles, rue des Chartreux, 19 avril 10]

LOOK
BUSY
JESUS
IS COMING

[UK, Île de Wight, au pochoir, 09]

AUTO
PSY

SI TOI

HYÈNE

[Paris X, au pochoir, 11 avril 07]

LES CORBEAUX VOLERONT SUR LE DOS
POUR NE PLUS VOIR LA MISERE DES TRAVAILLEURS

[Longwy, 94]

NON A L’INTIMATION
POLICIÈRE

[Bron, septembre 82]

NO FUTURE

[Coutances, hall du Lycée agricole, 20 mai 78]

EAT THE RICH

[UK, Londres, Notting Hill, Golborne bridge, 77]

VIVE LA DICTARIAT DU PROLETATURE

[Rennes, fac Villejean, Bâtiment 2, 72-73]

DADA IS
EVERYWHERE

[Londres, Kentish Town, 71]

Et pour conclure en beauté, une petite trentaine d’interventions textuelles photographiées, à deux exception près, par mes soins.




24 août 2015
[Retour des limbes estivales
roman-photo transversal.]



17 août 2015
[Petit aparté en mémoire de

Solveig Anspach (1960-2015)]

Solveig, on s’est rencontrés il y a un peu plus de vingt-cinq ans, perdus de vue, recroisés, et puis de mieux en mieux connus nous retrouvant voisins à Montreuil, avant de devenir ami adoptif de ta fraternelle tribu et même figurant dans un de tes films.
Et maintenant, ce foutu cancer récidiviste – qui vient de t’emporter –devrait nous obliger à parler de toi à l’imparfait, mais c’est au présent que tu vas nous manquer. Au présent du performatif (ton mode préféré) : fais ce qui te parle…et inversement.

Juste un souvenir qui m’a traversé l’esprit pendant tes obsèques. Il y a trois ans, tu m’avais parlé de ton désir de réactualiser au cinéma le personnage de Fifi Brindacier (la fameuse Pippi Langstrump
suédoise). Ce désir enfantin – parmi tant d’autres projets qui te faisaient tenir debout malgré l’avancée du crabe en toi –, n’a pas abouti. Dommage, ça te ressemblait tellement, cette rouquine à l’insolence inventive. Tu avais l’art de faire naître les mêmes compagnonnages foutraques, les mêmes excentricités bienveillantes, les mêmes astuces chimériques, pour échapper aux normes établies, aux œillères de nos propres préjugés et sales ressentiments. En quête de ce qui surprend chez chacun, et pas du mauvais fond de la bassesse trop humaine. Tu étais beaucoup de «je» à la fois et  toujours autre parmi les autres. Tu étais si nombreuse… Et depuis quelques jours, sans toi, ça nous rend seul(s).



19 juillet 2015
OXI…… MORE
[avec un I grec]

La dialectique casse pas (assez) de briques.



2 juillet 2015
[Images arrêtées & idées fixes
Tremblement d’un fil narratif.]

Suspense qui ne tend vers aucun dénouement.



22 juin 2015
[Grève des loyers, un journal mural (suite)
L'insolvable locataire de la rue de Chantilly
interné par la police & délogé par un huissier.]


À la mi-mai 2012, l’animateur de radio Jérôme V. – rescapé vingt ans durant d’une kyrielle de CDD sur la bande FM et d’une ultime rupture de contrat en CDI jetable – s’est retrouvé incapable de payer le loyer de son studio en rez-de-chaussée du 1 de la rue de Chantilly (Paris IXe). En attendant l’issue du procès au Prud’homme contre son dernier employeur, il décidait alors de rompre le cercle vicieux de la survie : annonçant par voie d’affiche sur sa porte qu’il ne payerait plus son loyer tant qu’il n’aurait pas retrouvé un revenu décent.
On en avait déjà parlé ici et .


Et tant qu’à passer pour un occupant abusif – pire, un de ces «assistés» voué à l’opprobre sociale parce que sa fragilité psychique lui vaut une « pension d’invalidité » –, il a pris le parti de livrer son cas de chômeur en burn out à la publicité. Et de couvrir la façade de son modeste logis d’affichettes à l’usage des passants.


Ce journal mural a pris de l’ampleur pendant les 3 années de résistance de ce Bartleby contemporain qui préférait ne pas… perdre sa vie à gagner le montant de son loyer. Privé de courant par EDF, il a aussi choisi de ses rebrancher par ses propres moyens, pour échapper à la nuit noire de son solitude à huis clos. Une telle énergie du désespoir lui a attiré bien des sympathies, des marques de solidarité, mais aussi l’incompréhension de certains : « T’as qu’à bosser comme tout le monde » » ou « Faut être réglo avec ton proprio ! »

L’hostilité alentour s’est parfois soldée par des altercations sévères, et même des coups et blessures à son encontre. D’où quelques plaintes au commissariat, classées sans suite. Et le passage il y a un an et demi de trois sbires appointés par le syndic pour nettoyer ses placards protestataires au Kärcher.


Début 2015, la pression des huissiers s’est renforcée.

Et sa résistance doublée d’une terrible prophétie à la bombe aérosol.

Quand on a épuisé tous les recours auprès des guichets sociaux (aveugles et sourds à ses appels), ne reste plus qu’une colère implosive, une bataille contre l’indifférence qu’on livre à ses dépens. Pour l’expulsable en sursis, camper sur ses positions, c’est aussi jouer à la roulette russe plutôt que déposer les armes. C’est, de guerre lasse, prendre le risque de mettre son existence en péril… comme tant de migrants en font la tragique expérience d’une rive à l’autre de la Méditerranée.

Lundi dernier, alors que Jérôme V. s’était une nouvelle fois rendu au commissariat de la rue Chauchat (Paris IXe) pour signaler les menaces de riverains hostiles, on lui a fait comprendre qu’il était surtout une menace pour lui-même, bref que son attitude suicidaire nécessitait une mise en observation à l’infirmerie psychiatrique de la Préfecture. Il y a passé 48 heures à l’isolement. Et jeudi 18 juin au matin, retrouvant sa précaire liberté, il a vite déchanté, une fois retourné chez lui : façade nettoyée et porte close.

Entre-temps, l’huissier mandé par le syndic n’avait pas chômé, profitant de la mise à l’écart du contrevenant pour faire place nette et changer les serrures. Et au terme de cette expulsion médico-légale, une vague promesse de relogement très provisoire en hôtel meublé. Comme pour ses infortunés semblables, les réfugiés de la Chapelle, invisibilisés manu militari. Aux dernières nouvelles, ce SMS envoyé par Jérôme à ses rares soutiens, comme une bouteille à la mer…



8 juin 2015
[Prototype du thriller bas-de-gamme –
en une douzaine de photogrammes.]

Une entrée en matière captivante
de très obscures péripéties
et une issue ouverte



2 juin 2015
[L’escroquerie à l’endettement
spams & mirage du prêt étudiant.]

D’ordinaire remplie d’arnaques pyramidales sous pseudo, chaînes de la bonne (in)fortune ou ventes de viagra XXL, ma boîte mail croule depuis un mois sous les spams proposant un douteux crédit revolving pour pigeons estudiantins endettés jusqu’au cou… enfin, jusqu’au coup de bluff spéculatif suivant. Pour preuve, le tas de courriers indésirables ci-dessous.

Histoire de brouiller les pistes,  ces spams démultiplient  leur «objet» sous de subtiles variantes : Are You Struggling with StudentLoanDebt?, Are You Unable to Pay Your StudentLoans?, Can You Reduce StudentLoans?, Find out How You Can Reduce your StudentLoan Payments, Get Help with StudentLoans Now…Dans un but unique, trouver les naïfs qui contacteront ce numéro de téléphone miracle pour leur offrir un crédit revolving étalé dans le temps et renouvelable, bref une vraie-fausse solution à taux usuraire. Mais comment se plaindre de cette escroquerie en bout de chaîne, puisqu’elle n’est que l’aboutissement logique d’un principe initial : l’endettement forcé qui ont ont déjà pris en traitre des millions de jeunes adultes scolarisés sur l’ensemble du continent américain (du Chili au Canada). Quelques éléments comptables pour prendre la mesure du problème : aux États-Unis, ils sont aujourd’hui 40 millions à avoir souscrit un prêt étudiant qui s’élève à 30 000 dollars en moyenne.

Et comme, depuis un quart de siècle, les frais de scolarité y ont augmenté de 440% (sur le dos des contractants), la bulle spéculative du crédit étudiant made in USA atteint les 1160 milliards de dollars. D’où les faillites personnelles en masse pour ceux qui osent rater leurs examens, changer de filière ou ne pas bosser 365 jours par an le reste de leur vie, insolvabilité qui se cumule avec le poids de l’endettement lié aux frais de santé.

À l’heure où les commissaires du Marché européen tentent d’imposer aux retraités grecs, ces insolvables dépensiers, le passage du minimum vieillesse à 320 euros, sous le seuil de pauvreté donc, on comprend que, que d’un bout à l’autre de la planète, le régime de la dette nous conditionne… de vie à trépas, de la fac à la maison de retraite, et bientôt de la GPA aux soins palliatifs. La faute à qui quoi qu’est-ce ? à notre faute initiale justement, ce «péché originel» qui nous rend débiteur de naissance : depuis que Adam & Eve, selon le credo de trois religions monothéistes, ont commis un célèbre acte de grivèlerie en négligeant qu’après avoir bien profité de l’abondance du jardin d’Eden, il fallait passer à la caisse, comme dans n’importe quel supermarché. D’où la punition de la morale économique obligatoire: soyez insatisfaits et remboursez.

Alors ? Quelle parade à ce système fatalitaire ? une cessation collective de paiement. Certains étudiants états-uniens ont commencé à y penser, dès 2012, avec le mouvement Strike Debt.
Ce n’est qu’un débit, continuons à ne pas…!
Faillis de tous les pays, faisons banqueroute !

Post-scriptum :
Sur ce même sujet, ici à peine ébauché, on pourra en savoir beaucoup plus en lisant : Gouverner par la dette de Maurizio Lazzarato, éditions des Prairies ordinaires ain si que certains extraits ici même.



1er mai 2015
[Après le meurtre policier de Freddie Gray à Baltimore –
l’iconographie sélective des médias français en technicolor.]

Après le passage à tabac de Freddie Gray dans une fourgonnette de police, jusqu’à sa mort dite «accidentelle», le 12 avril dernier, les obsèques ont donné lieu à une violente émeute, suivie de nombreuses manifestations, sur place et dans diverses villes des Etats-Unis. Un bon marronnier pour les médias français : Obama au prise avec la «fracture raciale».  Du Figaro au Monde en passant par 20 minutes ou l’Obs, l’expression fait fureur dans les titrailles de couverture : «fracture raciale». Avec sa variante mimétique en une de Libération :

On aurait pu imaginer un focus sur le racisme anti-noir de la police états-unienne, ce serait prendre parti. Non, il s’agit d’un différend «racial» en général. On aurait pu imaginer un angle plus subtil sur la fracture entre la haute bourgeoisie noire (incarnée par l’actuel président) et les oubliés des ghettos, mais ce serait alors insinuer une fracture sociopolitique, et ça c’est trop complexe et clivant, le «racial» c’est flou, mais ça fédère l’imaginaire du lecteur franco-français.  D’ailleurs pour le choix des photos, c’est pareil. Une révolte raciale, c’est des jeunes blacks encagoulés qui détruisent tout sur leur passage (en l’occurrence une voiture de police qui stationnait dans les parage et qui a servi de très naturel exutoire à la fureur collective). Mais vu de loin, sans autre légende explicative, c’est fait pour ressembler à un affrontement entre des gangs de drug dealers avec des flics qui font ce qu’il peuvent pour ramener le calme. En page intérieur de Libé, ça donne ce très chic & choc tableau vivant en scope (avec un spectaculaire tatoué à la Mapplethorpe qui structure l’ensemble comme une icône gay hors sol).

Trêve de myopie sélective, il suffira d’une minute à n’importe quel internaute pour découvrir l’envers du décor : des manifestations massives de jeunes é plus vieux de toutes couleurs & origines, avec des pancartes aux mots d’ordre anti-flics & anti-racistes, associés à une critique de la ségrégation sociale. Rien d’étonnant à cela puisque cette ancienne ville industrielle a été à la pointe de la lutte pour les Droits civiques, de la contestation étudiante puis du mouvement des Blacks Panthers surant les sixties & seventies. Pour preuve, ce lot d’images empruntées, entre autres, au facebook de OccupyBaltimore.

Ce qu’il Fallait à tout prix ne pas nous montrer. Zoom avant sur un corps social en ébullition :

Quant au mode de représentation de l’émeute, on nous montre rarement ce que peut devenir une attaque massive et ciblée contre les forces surarmées de la répression quotidienne.

Sur cette vidéo, on échappe pour une fois à la subjectivité policière des caméras de surveillance :
https://www.youtube.com/watch?v=8oERciGvVbE#t=22

Autre vidéo, proprement hallucinante, celle montrant un très glamour envoyé spécial de CNN (on dirait le patron de radio-France ou notre ministre de l’économie) au milieu des affrontements en cours.

Dans la dernière minute, le gentleman-reporter prend à témoin quelques manifestants pour leur reprocher d’avoir cramé le seul drugstore des environs…

La réponse d’une habitante au cheveux gris est si  argumentée et cinglante… que le clown médiatique rend aussitôt l’antenne!

A ne pas manquer, c’est là :
https://www.youtube.com/watch?v=cungbgYd3iE

En guise d’épilogue, rappelons qu’au cours du seul dernier mois, la violence policière en ïle-de-France a provoqué la mort de deux personnes sans défense : Amadou Koume dans le commissariat de la rue Louis Blanc (Paris X) et Pierre Cayet (un Guadeloupéen de 54 ans) dans un commissariat de Seine-Saint-Denis. Sans parler des multiples mutilations au flash-ball à Montreuil, Nantes et ailleurs. Il n’est pas surprenant qu’aucun journaliste (assermenté par les médias officiels) n’ait pensé à faire le lien avec les soi-diant «bavures» de Ferguson ou Baltimore.

Post-scritpum (from Baltimore) :
Curtis Price, le travailleur social qui avait fondé au début des années 90 le journal Street Voice (entièrement écrit par des sans-abris) nous donne – via l’ami Charles Reeve – ses premières impressions du jour, face à l’État de siège qui a été décrété sur place :
«The situation remains quite fluid. In the “good” neighborhoods, life pretty much is going on as before. In the rest of the city, there’s been an effective militarization of the streets. The National Guard and police have a heavy presence. Last night, on my job, which borders one of the riot areas, I saw over 100 police cars silently stream up the street, sirens flashing, followed by rows of National Guard trucks. This stepped up military presence of course is intended to send a message.
This weekend I think will determine how far events go. Several rallies are scheduled in support of the rioters. There’s still a lot of palpable  anger in the poor areas, an anger that will continue to simmer, especially if a whitewash of the police actions in Freddie Gray’s death is issued, which looks likely. Already, the Mayor and police department are attempting to downplay the results of the investigation and may even try to hold off releasing the information. New information is regularly coming out, such as news of a highly unusual and unplanned stop made by the police van carrying Gray on its way to the station. Small groups of protestors have tried to defy the curfew and this weekend, the numbers might grow. Another wildcard is if the nation wide demonstrations in solidarity expand. Contrary to what the authorities are trying to say, that the worst is behind, I think there’s a strong possibility of new eruptions.
It’s impossible to summarize anything now. However, I don’t think the standard left response about poverty, unemployment, the need for jobs, captures the full dynamics of what’s going on. In some ways, the unrest reminds me of what happens in the French suburbs. The young people in the streets Monday night are still unheard; most of the “spokespeople” for the demonstrators are Black college students who don’t always have the raw contact with the street. In contrast to Ferguson, where you had a rebellion against a white-dominated political establishment, in Baltimore, there’s been an entrenched and self-serving Black political leadership ruling the city for decades. In some ways, it can be said the riots have been the first significant rebellion against this type of leadership and it’s been a welcome sign that many protesters see through the  hollowness of this establishment

Ce n’est évidemment pas le point de vue défendu par David Simon – l’ex-journaliste du Baltimore Sun & scénariste de The Wire –, qui tente, lui, de séparer le bon grain de l’ivraie parmi les manifestants : «Now — in this moment — the anger and the selfishness and the brutality of those claiming the right to violence in Freddie Gray’s name needs to cease.  There was real power and potential in the peaceful protests that spoke in Mr. Gray’s name initially, and there was real unity at his homegoing today. But this, now, in the streets, is an affront to that man’s memory and a dimunition of the absolute moral lesson that underlies his unnecessary death.» En se gardant bien de critiquer la mise sous tutelle militaire de  quartiers entiers (comme il avait été fait à la Nouvelle-Orléans après le passage de l’ouragan ouragan
Katrina).

[En amont de cette actualité, on pourra se reporter à l'article que nous avions consacré sur ce pense-bête à «The Wire et Street Voice, deux regards sur l’envers du décor de l’American Dream à Baltimore».



28 avril 2015
[Aux Athéniens qui réinventent notre destin –
Entre l’ancien et le nouveau, roman-photo.]



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