Pour etre tenu au courant
de temps en temps


@ffinités





































































































































































































































































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10 avril 2010
[Texticules et icôneries — Open (très) Space.]

Ici Pôle Emploi, vous avez demandé Bartleby… ne quittez pas.

Boîte vocale occupée par un ex-télévendeur… en fin de droit



9 avril 2010
[Credo pour de faux — 3.]

Qui n’a presque plus rien à ronger en main gauche ou droite, sauf le bout d’un doigt, l’index par exemple, les neuf autres extrémités n’étant plus que bourrelets de peaux à vif, devrait préserver, s’il aime risquer ses économies au petit bonheur la chance, l’ongle indemne six mois durant au minimum et profiter du premier dimanche d’après pour quintupler sa mise à n’importe quelle loterie car sa bonne étoile atteindra alors son zénith, et ses coups de bluff leur vraisemblance la plus indubitable ; mais que durant cette période de probation il vienne à se le rogner encore du moindre millimètre, et sa déveine trop humaine reprendra son cours habituel.




8 avril 2010
[Ouvrages en partage — Luciole's not dead.]

Viens d’achever la lecture de Survivances des Lucioles de Georges Didi-Huberman (éd. De Minuit, 142 p., 13 €). Partant du fameux et tardif article de Pasolini sur la concordance symbolique de la disparition des lucioles avec l’apparition d’un néo-fascisme consumériste ayant déraciné, démonétisé, sinon « exterminé » toutes les valeurs ancestrales de la paysannerie méridionale et du prolétariat sub-urbain, l’auteur confronte cette humeur catastrophiste avec deux autres soleils noirs de la mélancolie critique, Guy Debord et Giorgio Agamben. Quant l’entier monde est corps et âme livré aux fatalités spectaculaires de la «Séparation» ou, pire encore, à la liquidation intérieure de toute «expérience humaine», que nous reste-t-il à faire ? sinon porter le deuil de l’avenir en ressassant un âge d’or rétrologiquement mythologisé. Tout est perdu, sauf l’honneur… d’avoir conscience que… tout est perdu. Tête à queue élitiste typique. Mais d’où nous parlent-ils ces Cassandre de l’impasse généralisée, de quel hors champ inaliénable, de quel piédestal idéalement préservé ? C’est la première question qui se pose. D’autres suivent, difficiles à résumer ici, en deux temps trois mouvements de phrase. D’autant que c’est un essai polémique, mais qui progresse nuance après nuance, sans jargon ni complaisance injurieuse.
En gros, ça critique la nostalgie dialectique simpliste qui voudrait opposer le passif des lendemains qui déchantent aux avenirs radieux qui sont loin derrière nous, depuis le legs de quelque «communisme primitif». Et ça invite à repenser l’Histoire du côté de l’hybride, du composite temporel, des entre-deux de chaque inattendu en devenir, entre archaïsme et invention, attachement et fuite en avant, survivance et renouveau. Dans le sillage d’un certain Walter Benjamin. Mais comme je suis encore sous le choc, ça se bouscule aux portillons. Disons que ce livre conjugue les questions politiques et esthétiques d’une façon si troublante que ça n’existe pas souvent, quelques rares fois par décennie.

On trouvera une autre approche critique du texte sur «la disparition des lucioles» de Pier Paolo Pasolini  dans un article parodique du philosophe italien Paolo Virno consacré à la disparition des “billards électroniques” (autrement dit des flippers) à la fin des années 70, ici même.



25 mars 2010
[Texticules et icôneries — Web à ciel ouvert.]

En arrière-fond, vaguement social :
théorie des grands ensembles flous.

Au premier plan, gravement indisciplinaire :
travaux pratiques de navigation sur la Toile.




5 avril 2010
[Prémonitions sans lendemain — 1.]

En fin de nuit, tête avachie sur l’oreiller, dans une rue arpentée en plein sommeil, j’ai demandé l’heure à un homme que je ne connaissais pas encore, même s’il me faisait l’effet d’être un de mes proches, sans pouvoir distinguer si son air de famille avec mon père, plus spectral que nature, tenait du sosie accidentel ou d’un plus chimérique assemblage d’attachements : le buste, paternel donc, était posé sur le corps plus svelte d’un adolescent qui aurait dû être mon frère, à ce cruel détail près, un bec de lièvre, expliquant sa voix nasillarde à la Trintignant parasitée par le faux naturel d’une sorte de Belmondo. Ces deux Jean-Louis & Jean-Paul n’en faisaient plus qu’un, confondus dans la pénombre du trottoir, et pour ajouter au trouble de cette surimpression, répondaient à tout un tas de questions que je n’avais même pas posées – dont une portant sur l’immortalité des animaux en général et des ânes en particulier – avant de me balancer, sourire moqueur aux coins des lèvres, une des répliques préférées de mon propre fils : « Même heure qu’hier à la même heure… » – 6h30 d’après le radio-réveil qui, par quelque hasard objectif, s’est mis à gueuler les nouvelles du jour d’après.




4 avril 2010
[@ffinités éclectiques & clic – 1.]

Un site qui vaut le détour – www.cip-idf.org/ – le site de la Coordination des Intermittents & Précaires d’Île-de-France. Énormément de tracts, débats, appels, extraits de livre, & liens pour celles et ceux qui sont tout près de penser que « le plein emploi est mort d’un accident du travail », que l’emploi tout court est de plus en plus discontinu et que, du coup, le « chômdu c’est un dû », de même que les minima sociaux qui permettent un début de redistribution de la productivité collective, loin des préjugés de gauche comme de droite sur les misères comportementales de « l’assistanat ».

Emplois fictifs

Tout ça se discute sur place aussi, au 14-16 quai de Charente, 75019, depuis des années. Mais justement, la Coordination risque sous peu l’expulsion. Pour soutenir cet espace de vie intellectuelle, activiste, culinaire et festive, une pétition en ligne, sous ce titre indémodable : « Nous avons besoin de lieux pour habiter le monde ». Quant aux rendez-vous de l’Université ouverte, le prochain est prévu le 15 avril, à partir de 19h, avec le collectif « choming out », dont le très récent site – www.choming-out.collectifs.net/ – mérite aussi une petite visite.

En attendant la « grève des chômeurs » initiée par quelques collectifs de chômeurs & précaires bretons, avec occupation des antennes de Pôle Emploi prévus à partir du 3 mai 2010. Ça se passera un peu partout, près de chez vous & nous, raison de plus pour y pointer… le bout de son nez.



3 avril 2010
[Ne me prononce pas — Sonda-je 1.]

Imaginez, depuis la naissance de ma fille, six ans avant l’an 2000, le monde aquatique a perdu 19% de ses récifs coralliens. Et c’est pas fini, d’ici la majorité de mon fils, dans une décennie à peine, 15% des mêmes récifs vont encore disparaître. Alors, le troisième enfant, dans ma tête, c’était plus à l’ordre du jour. Et puis l’idée de la famille au grand complet, avec la photo sur la carte de réduction, un fois sur deux, c’est un risque de divorce quand même, non, tout bien réfléchi, je préfère comme ça, au deux tiers c’est mieux, d’ailleurs un môme, tant que ça n’existe pas, c’est abstrait, ça peut pas manquer vraiment, surtout vu l’état de la planète, et des rapports plus ou moins humains, bon, dans le doute, si faut cocher quelque chose, mettez sans opinion.



2 avril 2010
[Allergie à l’air du temps — Vents contraires.]

Il y a trente-sept ans, Walter (alias Benjamin S.) est né dans une bergerie en ruine, surplombant un village vinicole à mi-chemin de Sète et de Port-Bou. Sur cette parcelle de terre caillouteuse, ses parents voulaient fuir les transhumances moutonnières de la grande ville et fonder un havre paisible, à l’écart, le grand écart d’un lieu de vie alternatif. Et il leur en a fallu de la patience, des économies de bouts de ficelle, des nuits à la belle étoile, des coups de main bénévoles, et même une ultime crise conjugale avant séparation, pour faire d’un tas de pierres une discrète demeure à ras de terre sur une colline aride désertée par les derniers bergers.
Aujourd’hui, Walter passe la plupart de ses vacances là-haut, avec sa mère institutrice à la retraite, en totale autosuffisance : chauffage, lumière, douche chaude, grâce à un modèle réduit d’éolienne et quelques panneaux solaires – l’usufruit gratuit de Dame Nature.
Mais depuis cinq ans, ère du développement durable oblige, le petit mas coquet, avec son patio ombragé, ses pièces basses aux plafonds arrondis et juste un cercle vertueux d’énergie renouvelée au-dessus de leur tête, cette utopie concrétisée à toute petite échelle, est désormais cernée par une cinquantaine d’éoliennes géantes d’Est en Ouest ainsi qu’au Nord, aux trois coins de l’horizon donc, avec leurs clignotants nocturnes, leur rumeur entêtante dès que le vent se met à souffler. Ironie de ladite « croissance verte », ces grands pals ondoyant à 70 mètres d’altitude sont gérés à distance, via des capteurs ultrasophistiqués, par une entreprise scandinave qui revend son gain d’énergie à une holding électrique espagnole, sans que les deux ou trois villages à la ronde ne bénéficient du moindre kilowatt.

Faute de pouvoir pomper leur jus à ces girouettes, comme un simple service de proximité, les municipalités touchent des impôts supplémentaires, une taxe exorbitante qu’il faut maintenant dépenser sans compter.

Alors, autant goudronner partout les trottoirs, inventer des ronds-points, tracer des contre-allées, chacune pourvue de coquets lampadaires imités des premières lanternes à pétrole et, comble de gestion dispendieuse mais démocratiquement éclairée, installer un vaste système de vidéosurveillance, pour surprendre la moindre incivilité de quelque gibier de potence, y compris ce tag à la craie sur le mur de l’école primaire :
«Meunier tu dors, ton moulin, ton moulin va trop vite!».



Premier avril 2010
[En roulant en écrivant, stylo-scooter — Pause pipi.]

Persuadé qu’à Paris toutes les vespasiennes ont depuis longtemps disparu – en avril 1977 très précisément, comme je l’avais noté dans Plutôt que rien –, et qu’elles ont été remplacées par des bunkers autonettoyants mais payant, me voilà démenti, sitôt engagé sur le boulevard Arago. J’hallucine: en voilà une, là, sous mes yeux, chiotte vestige avec son double urinoir alvéolaire, au pied du mur d’enceinte de la prison de la Santé.

Je pile net et me gare juste derrière un taxi. Lui, tous feux de détresse clignotant. Moi pareil, clic-clac.

Un presque retraité sort justement des dites toilettes à claire-voie, en l’occurrence le chauffeur du taxi qui redémarre en trombe. À peine le temps de zoomer sur les tags qui couvre le monument d’aisance qu’un deuxième taxi vient se ranger à ma hauteur, puis un autre. Les deux conducteurs s’empressent d’aller faire leurs petits besoins, chacun dans son coin. Aucune valse-hésitation ambiguë, ni jeux de regards troubles, rien qu’une halte hygiénique. En attendant on ne sait trop quel signe de vie – un souvenir passe-muraille de Jean Genet ? –, j’allume une clope sur place, tête en l’air, vers les fenestrons grillagés de la taule en surplomb.

Déjà, les deux soulagés sont sur le départ. Une conversation s’improvise avec le moins pressé. Intarissable sur le sujet, il m’apprend que cette vespasienne est bel et bien la dernière de tout Paris intra muros, conservée en l’état pour la commodité des policiers qui, chargés de surveiller les abords pénitentiaires, pouvaient ainsi aller pisser sans interrompre jamais leur ronde. À ces usagers très particuliers s’en sont donc ajoutés de nouveaux, les damnés du volant qui, vu leurs cadences infernales, n’ont plus trop le temps entre deux courses de décompter la moindre pause pipi au sous-sol d’un café. Drôle d’idée, je me dis, que cette borne taxi clandestine jouxtant une maison d’arrêt. Même s’il ne suffit pas d’avoir une voiture à disposition en bas de chez soi pour réussir à se faire la belle.

Post-scriptum du premier avril 2014 :
Au hasard de mes tours et détours via les moteurs de recherche numériques, ces deux photos aperçues sur le site www.gavroche-pere-et-fils.fr, qui viennent confirmer indiscrètement le témoignage ci-dessus.



30 mars 2010
[Portraits crachés — Mâle à propos.]

Au Venezuela, il y a un sacré bail, les Amérindiens ayant survécus aux croisades coloniales d’Amazonie comptaient quatre femmes pour un homme. C’est un très corpulent inconnu qui l’affirme, à l’autre bout de la tablée nocturne, avant de vider son verre d’un trait d’esprit douteux… enfin en moyenne, mais y’en a des pas mal. Ce qui ne fut pas sans conséquences, encore sensible aujourd’hui, enchaîne-t-il doctement en commandant la bouteille suivante. Cet ancestral déséquilibre démographique a laissé des traces profondes, insiste-t-il en resservant les convives d’autorité. D’où cette drôle de coutume qui perdure dans les mœurs du cru : une polygamie sans légitimation religieuse – et hop, il conclut sa phrase cul sec. Chez ces mâles dominants, aucun effort à fournir, ni régime alimentaire, pour plaire au sexe opposé, juste bouffer et picoler tout son saoul.
« Garçon, la même chose ! »
Un peuple d’obèses sans honte, au-delà du bien et du mâle, bien dans sa peau quoi ! triomphe-t-il en trinquant avec son voisin quelque peu réticent. Là-bas, tous avachis les mecs, vu qu’ils ont que l’embarras du choix pour se faire materner, engraisser, dorloter… et plus si affinités. C’est l’occasion ou jamais de porter haut un nouveau toast, dans l’air saturé d’utopie virile. Y’a qu’à lever le petit doigt, et ça emballe sec… d’ailleurs cul sec derechef. Trois petits point de suspension, on s’y croirait presque, ponctué d’un rire gras face à l’auditoire condamné au silence. Et voilà, notre conquistador sexuel a achevé son récit de voyage. Toute langue déliée, il en a plein la bouche de sa surpopulation féminine.
Je me défile au comptoir, et propose à la seule femme ici présente, la serveuse, un arrangement à l’amiable : l’addition s’il vous plaît.



29 mars 2010
[En roulant en écrivant, stylo-scooter — Brûler la politesse.]

Un motard précédant le fourgon pénitentiaire, suivi d’une voiture de police bondée d’hommes en armes, canons braqués à chaque portière, arrive au carrefour des Arts et Métiers. Sans doute un détenu sous bonne escorte. Mais déjà, un deuxième convoi d’exception, du SAMU 93 cette fois, se fraie un chemin vers le même carrefour, toutes sirènes hurlantes, mais plus stridentes encore, au milieu d’un embouteillage monstre.
Qui va brûler la politesse à l’autre et forcer le passage ? Taulard avec menottes ou comateux sur brancard ? Droit de vie ou de mort. Dilemme de la circulation auto-immobile. À cheval sur sa grosse cylindrée, le policier ne va plus tarder à trancher. Il stoppe net, du plat de la main, l’ambulance qui s’apprêtait à doubler par la gauche, et reprend la tête de son transport de prisonnier. « Priorité cellulaire », le mot de la fin m’est venu en allumant ma clope au feu rouge suivant.



28 mars 2010
[Credo pour de faux — 2.]

Femme enceinte qui prend le métro, rate sa station puis s’endort jusqu’au terminus, accouchera prématurément d’un fils si la ligne est paire et d’une retardataire du sexe opposé si elle est impaire ; en outre, si son conjoint, sous l’effet de la couvade, s’assoupit pareillement, il faudra user de grandes cuillères pour sortir le nourrisson, engagé les pieds devant plutôt que tête la première, de son tunnel.



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